Mayodi : « Les Cabarets ont donné leurs lettres de noblesse à la danse du ventre » !



Par Fériel Berraies Guigny. Paris
Rencontre inopinée et Casual dans un des cafés les plus branchés durant les « eighties » à Paris : Le Café de l’industrie, prés de l’Opéra Bastille. Le maître de la danse orientale à Paris, Mayodi, caché sous des lunettes noires nous parle de son vécu, de son expérience et de ses amours : la danse, la danse et la danse.

En face de nous est assis un personnage bien atypique. Un amoureux de son art comme on en trouve de moins en moins. Une belle leçon d’opiniâtreté de persévérance et de talent, dans un monde où les clichés circulent bon gré mal gré, à dessein ou à défaut, s’agissant de la danse du ventre. En orient, c’est une danse quasi divinatoire et pourtant, elle est née dans les bas fonds, dans les cabarets, dans ces lieux de « perdition » dit-on mais où sont nées les plus grandes légendes et les plus grandes stars de la danse, tels que Tahya Carioca, Samia Gamal, et Naima Afaief. Tous ont commencé, par le cabaret.


Que sait on de la danse du ventre, ou danse orientale, comme certains aiment la qualifier ? Très peu de choses, on se base sur des dits et des oui dires, des clichés ou des images parfois faussées d’un art qu’on a relégué à des fêtes populaires, un peu païennes, un peu tabou, alors qu’elle exulte et sacralise ce qu’il y a de plus beau en l’humain : le corps et les sens.
Pourquoi Mayodi est atypique ? Et bien parce que c’est un homme dans tous les sens du terme et qu’il danse aussi bien qu’une femme.

Mayodi danse sur Paris depuis prés de vingt ans. Il a commencé la danse du ventre très jeune et de cette passion est né un véritable métier. Aujourd’hui danseur reconnu il est aussi chorégraphe, le seul dans son genre à former des professionnels et des amateurs. Il a participé à de nombreux spectacles dans le monde, invité par les monarchies, les vip en tout genre, participé à des chorégraphies en ouverture de prestigieux défilés de mode…




Il s’est battu pour donner à la danse du ventre la place qu’elle mérite et surtout le regard qu’elle mérite, au Maroc, dans le monde Arabe et aussi en Occident. Il a su imposé un style, formé de grandes danseuses. Il a su réinventer le langage du corps, faisant fi des tabous et des carcans, qui l’ont toujours assimilée à une danse du péché.
« Hchouma, Hiib et Haram » les trois « H » ont été vite balayés au gré d’un talent désormais reconnu.
Il s’est même laissé aller à une confidence en disant que son père est sa groupie numéro un « Aujourd’hui, mon père est là pour me donner un coup de main, à chaque ouverture de spectacle » mais « cela n’a pas été évident, au début »…
Quelques jours plus tard, nous le rencontrons au Centre des Arts Vivants, quartier Bastille, en plein cours, nous avons alors l’opportunité de voire le maître en pleine création. Sérieux, mais sans jamais se départir d’une touche d’humour pour aider les élèves et les encadrer. Le talent du photographe tunisien Taoufik Zemzemi, a pu immortaliser quelques moments de ce cours.
Nous remercions le fair play et la grâce des élèves de Mayodi qui ont donné corps et cœur à ce cours, malgré la pression que pouvait représenter, notre présence. Un petit clin d’œil, également à Yasmine Talig qui est une de ses élèves les plus assidue, outre le fait d’être une amie.

Voici donc le récit de Mayodi, nous l’avons découvert à travers une discussion à cœur ouvert où il a nous confié son parcours, ses rêves et ses combats.



Qui est Mayodi ? Je suis danseur chorégraphe. Je suis un danseur qui vibre par la musique. Et je revendique le droit de bouger mon corps et de vibrer par lui.

Vous revendiquez le terme « danse du ventre » et non celui de « danse orientale » ?
oui. Un ventre c’est joli, pourquoi donc le cacher ? il ne faut pas avoir honte. j’ai même eu un débat avec leila Haddad qui préfère utiliser le terme danse orientale, en disant entre autre qu’elle veut permettre à la danse orientale de se produire dans des théâtres. Et bien pour tout vous dire, si l’on se réfère aux danseurs mythiques de samia Gamal ou Carioca, tous ont commencé dans le cabaret. Mais la danse du ventre est noble en elle-même, il n’y a pas de vulgarité, et ce n’est pas l’endroit ou cette danse se produit, qui l’anoblit. Mais comment on la danse. Dans la culture arabe, on est fasciné par les danseuses du ventre mais l’hypocrisie sociale, fait que personne n’en veut dans sa famille.




L’évolution des mentalités, alors c’est pour quand par rapport à cette danse ?
l’évolution ne viendra que de l’extérieur et il faudra aussi se débarrasser de la vision caricaturée que l’on a par rapport à cette danse. Il faut faire bouger les mentalités, progressivement. Et c’est un début de victoire en soi. Au début du siècle, il est vrai que les danseuses étaient assimilées aux courtisanes, on les considérait comme des femmes perdues. C’est plus tard, avec des étoiles comme la Pavlova, que l’on a pu comprendre qu’il y avait des nuances. Aujourd’hui, le monde arabe fonctionne encore au travers de clichées quelque peu faussés. Bien sûr le rôle des mères chez nous est crucial pour faire évoluer les mentalités à ce sujet.

Votre vocation, elle est venue comment ?
j’ai commencé à regarder des films orientaux très jeune, j’étais fasciné par la période de la nahda, la renaissance arabe. Je me suis mis à danser très vite, d’abord en famille, auprès de mes amis ensuite au travers de soirées privées. C’est à vingt ans que j’ai commencé à vraiment m’y intéresser. J’ai suivi une formation auprès de grandes danseuses, ensuite j’ai commencé à enseigner

Vous vous êtes produit dans des pays arabes ?
Oui j’ai dansé au Maroc, en Tunisie, au Moyen Orient. Et s’agissant de mon pays d’origine Je suis d’autant plus heureux que j’ai dansé dans des théâtres prestigieux. Et j’ai réussi à faire passer mon message, c’était le plus important.



Où enseignez vous ?
A Paris et je dirige des master class en Province et à l’étranger et pour toute culture et nationalité confondues. La danse orientale n’a pas de couleurs et s’adapte à toutes les cultures. Le langage du corps est universel.


des événements Vips ?
oui j’en ai fait plusieurs mais le plus récent j’en reviens. C’est un très grand événement au Maroc où l’on a associé pour la première fois, danse orientale et haute couture. Dans une toute nouvelle démarche, cela s’est déroulé dans un ancien palais à Fès, il y avait tout le gratin marocain et prés de 22 ambassadeurs. C’était l’événement « de fil en aiguilles », organisé par une grande créatrice de mode de chez nous, Zhor Rais.

Des projets futurs ?
je suis à l’heure actuelle en pleine création, je monte un one man show avec trois musiciens qui joueront du oud, de la derbouka, du violon et du clavier. Il s’agit de mon parcours personnel au travers des différents milieux de la danse. Le spectacle s’intitulera « Yallah Mayodi : confidences d’un danseur du ventre". Il est prévu pour la mi juin à Paris. Nous envisageons également une tournée à travers la France et pourquoi pas plus tard, effectuer une tournée sur l’international.



Crédits :
Photos Tao/Taoufik Zemzemi. Paris
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Article de Presse : Courtesy of Fériel Berraies Guigny. Paris
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Agence de Presse représentant Mayodi : Firt Sun Communication. Paris
Attachés de Presse :Fériel Berraies Guigny et Suna Ahmed
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Fériel Berraies Guigny

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