Marqueteurs ou sentinelles (Par S Hammami)



Depuis que l'homme a créé les nouvelles technologies. Et depuis que ces nouvelles technologies ont envahi l'espace public et la sphère privée, nous vivons une sur-médiatisation puissante d'un monde virtuel fait de machines communicantes de toutes sortes, où l'homme est censé naviguer dans des océans d'images, de sons et de textes, accomplissant un rêve millénaire : accéder librement à tous les savoirs du monde et communiquer sans contraintes, ni obstacles...


Sous ce discours irrésistible se cachent des enjeux beaucoup plus terre à terre, des ambitions commerciales et des stratégies très pernicieuses.
Du coup, et si on va un peu plus loin dans l'analyse de ce qui se dit et s'écrit sur les nouvelles technologies ici et là, on voit s'estomper cette frontière nécessaire entre l'information et le marketing le plus vulgaire. Et on découvre qu'au-delà de la grande aventure de la communication, il y a aussi des intérêts économiques puissants qui risquent de transformer les internautes, ces êtres supposés libres, en simples consommateurs de rêves très rentables.




Mais voilà que les choses changent. Passée l'ère de la découverte et de l'émerveillement, les utilisateurs se rendent compte que dans cet univers, une attitude critique est plus que nécessaire. D'ailleurs, partout dans le monde, pouvoirs publics, associations, intellectuels...
S'activent pour protéger l'utilisateur de l'appétit des grandes multinationales de la communication. Les procès intentés contre certaines entreprises illustrent cette volonté de protéger ces utilisateurs contre les monopoles.



La plupart des médias se sont aussi engagés dans cette voix. La presse spécialisée s'est progressivement transformée en un outil nécessaire à l'utilisateur : bancs d'essai, comparatifs, guide d'achat, articles expliquant les défaillances techniques des ordinateurs et des logiciels.... D'un autre côté, les médias généralistes n'hésitent plus à abandonner un discours simpliste sur les nouvelles technologies pour faire découvrir à l'opinion publique les enjeux réels d'un univers où les intérêts supplantent souvent les rêves. Que dire alors quand on voit certains médias se transformer en simples espaces de marketing et de publicité vantant l'épopée de telle ou telle marque ?


Les médias et les journalistes assument un rôle fondamental. Ils sont responsables de la maturité de la société face aux nouvelles technologies.
Ils peuvent continuer à parler des épopées des marques et du génie de leur dirigeants, à relayer les discours fermés et stéréotypés de certains ingénieurs et chefs d'entreprises sur la technologie. Mais en choisissant cette manière de parler de la technologie, ils ne font que retarder la maturité nécessaire de la société.



C'est une responsabilité grave qu'assument les médias. L'ancrage culturel des nouvelles technologies dans la société, la réussite d'un pays dans l'économie immatérielle, la valorisation de la créativité, l'épanouissement de l'innovation ne naissent pas ex-nihilo. C'est un processus complexe auquel participent plusieurs acteurs.

Les médias peuvent privilégier l'information comme credo, grâce à laquelle les gens peuvent choisir, comprendre, maîtriser la technologie en utilisateurs avertis capables de saisir en tant que citoyens ses enjeux les plus décisifs. Ou alors, ils seraient un territoire de communication pour les entreprises. Et ils feraient de nous des proies faciles aux marques et à leur marketing le plus féroce, des cibles publicitaires et des consommateurs passifs de la société de la connaissance et du savoir.


d'une place au soleil parmi les vainqueurs.


Hammami sadok
Réalités

Hammami Sadok :Docteur en sciences de l'information et de la communication de l’université de Grenoble III

Enseignant chercheur a l'IPSI Département communication

Chronique


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