La jeunesse du Maghreb rejoint la communauté virtuelle



« Facebook est devenu le seul moyen de savoir ce qui se passe autour de nous », explique Thamir al-Ayyadi, un étudiant tunisien.
Al-Ayyadi est l'une des innombrables personnes dans le monde entier à dépendre d'un réseau social pour trouver des informations et se connecter avec d'autres. Des millions de personnes au Maghreb utilisent aujourd'hui des sites comme Facebook et YouTube. Facebook, par exemple, compte 1,3 million d'abonnés au seul Maroc.
Ces sites de réseau offrent de nouvelles opportunités pour un dialogue plus vaste. Les journalistes citoyens utilisent des blogs, des photoblogs et des sites de vidéo en ligne pour diffuser des informations sans tomber sous les restrictions imposées sur les médias officiels. D'autres utilisent le caractère anonyme de l'internet pour critiquer le gouvernement, comme l'ont fait les internautes qui ont protesté contre la censure de l'internet en Tunisie.
Les médias sociaux ont également fait apparaître de nouveaux problèmes comme l'isolement et d'addiction à l'internet dans le Maghreb. Mais alors que l'accès à l'internet poursuit sa marche en avant, l'avenir des médias sociaux est prometteur dans la région.

Les habitants du Maghreb sont ravis de ces nouvelles possibilités de connexion.
"Avant, je me sentais seul", explique Hamid Bekkali, informaticien au Maroc. "Aujourd'hui, je suis en permanence entouré de connaissances."
Certains utilisateurs soulignent que les longues distances ne séparent plus des habitants des nombreuses communautés virtuelles de l'internet.
"J'aime beaucoup la communauté virtuelle sur le web", explique Chrief Ould Moulay, 25 ans, salarié dans une société de gestion en Mauritanie. Aujourd'hui, j'ai des amis dans tous les Etats du Maghreb, en Europe et aux Etats-Unis, même si je ne suis jamais allé à l'étranger."
Tarik ben Younis, habitant de Tunis, utilise Facebook pour parler à des gens qui partagent ses opinions.
"Grâce à ce site web, j'ai pu me connecter avec des gens autour de moi et dans le monde, avec des hommes et des femmes qui partagent mes idées. S'il n'y avait pas eu ce site, je n'aurais pas pu les rencontrer et apprécier le plaisir de leur compagnie."La jeunesse du Maghreb rejoint la communauté virtuelle
Mais les médias sociaux peuvent aussi ne pas modifier au mieux les relations, souligne le professeur d'université tunisien Amel Grami, qui a mené une enquête en profondeur sur les internautes tunisiens.
"Ils conduisent en fait à l'émergence de maladies sociales", explique-t-elle. "Cela s'ajoute aux changements que nous constatons dans le comportement d'un grand nombre d'utilisateurs."
L'anonymat permet aux utilisateurs d'assumer différentes identités, explique-t-elle.
"Un [utilisateur] peut ouvrir un compte sous un nom de fille et utiliser cette identité à la place de la sienne", explique-t-elle. "Certains autres prétendent avoir des problèmes, mais ils utilisent cet argument uniquement pour devenir des stars dans le monde virtuel. Au bout du compte, l'isolationisme et l'individualisme deviennent des valeurs essentielles, et l'hypocrise sociale devient un mot d'ordre."
L'addiction à l'internet est également un problème croissant.
"Je suis accro à Facebook, comme tous mes amis", explique Moulay. "Pas un seul jour ne se passe sans que je consulte ce qui a été publié."
"Je passe plus de trois heures par jour à l'utiliser", ajoute Chahda Snoussi. "Pour moi, c'est un outil indispensablle pour rester connectée aux évènements, qu'ils soient liés à mes amis ou à la vie universitaire, ou aux dernière tendances mondiales dans le domaine des arts et de la politique."
Les médias sociaux sont particulièrement attrayants pour les jeunes, ajoute Mouchtaba Ould Ahmed, analyste social en Mauritanie.
"Parce qu'elle est si ouverte, la communauté virtuelle accueille les jeunes Mauritaniens les bras ouverts lorsque leur propre société semble leur tourner le dos", explique-t-il. "L'espace virtuel est devenu le lieu où l'on échange ses sentiments, sa biographie, ses rêves et ses aspirations, loin de l'autorité conventionnelle de la société."
Mais tous ne trouvent pas ces médias sociaux aussi accueillants.
"Franchement, cela m'effraie un peu", affirme Samira Badili.
Badili, 25 ans, travaille dans la fonction publique au Maroc. Chaque jour, elle reçoit une douzaine de demandes d'ajout d'amis sur Facebook, mais n'y répond jamais, explique-t-elle. Elle n'utilise l'internet que pour les courriers électroniques et pour chercher des informations.
"Je ne veux pas personnaliser mes expériences en ligne", explique-t-elle. "Mes amis me disent que je rate beaucoup d'occasions. Peut-être."
Les médias sociaux donnent aux jeunes des opportunités sans précédent de s'exprimer, explique le psychologue marocain Mohamed Mrani. Mais des problèmes peuvent survenir lorsque les médias sociaux deviennent un substitut des relations directes.
"L'utilisation de réseaux sociaux virtuels est une pratique sociale positive", affirme-t-il. "C'est l'abus qui est préoccupant, car ce phénomène est nouveau au Maroc."
Si les médias sociaux créent de nouvelles relations, ils créent aussi la possibilité d''exprimer plus librement des convictions politiques.
"C'est un outil démocratique incomparable", affirme Fairouz, militante politique en Algérie.
"Les activités de mon parti ne sont pas médiatisées par la télévision d’Etat", explique-t-elle. "Grâce à Youtube, Facebook ou Dailymotion nos sympathisants y ont accès. On balance tout ce qui touche les manifestations pour les droits de l’homme, les rassemblements de rue."
Des tendances similaires ont fait leur apparition ailleurs au Maghreb.
Facebook et Twitter représentent "pour de nombreux Tunisiens l'entrée dans un espace où ils peuvent exprimer ce qui leur traverse l'esprit", explique Raoudha Rezgui, "notamment leurs opinions sur la politique et les politiciens."
Les médias sociaux donnent également un accès sans précédent à l'information, ajoute Ahmed.
"C'est une révolution de l'information qui envahit chaque foyer mauritanien", explique-t-il. "Les filles étaient auparavant clouées chez elles, mais aujourd'hui, elles font partie d'une communauté virtuelle qui se trouve là où elles vivent."
Ces communautés virtuelles sont souvent plus égalitaires que les homologues du monde réel.
Facebook est devenu "un véritable tube à essai où toutes les classes sociales se retrouvent sur un pied d'égalité", explique Mohamed, un informaticien algérien. "Cela vous donne une idée des tendances que le pays connaîit actuellement."
Les autorités gouvernementales ont parfois tenté de censurer ces médias sociaux en ligne, avec un succès très limité.
Le journaliste Ziad El Heni a intenté une action en justice devant un tribunal tunisien contre l'Agence nationale de l'internet en 2008, accusant cette agence de bloquer Facebook. Les autorités sont intervenues au bout de six semaines et ont fait débloquer le site.
Le Tunisien Adel Khammassi se félicite de l'apparition de ces médias sociaux.
"Grâce à ces sites de réseaux sociaux, nous n'avons plus à demander à quiconque la permission d'exprimer nos propres opinions", explique-t-il.


Commentaires


1 de 1 commentaires pour l'article 26933

Tounsi  (Tunisia)  |Vendredi 19 Mars 2010 à 20h 07m |           
C'est bien beau le monde virtuel ; mais il y a une menace pour les gens qui veulent vivre paisiblement .examinez les forums , ils sont bourrés d'intégristes les plus radicaux .et les responsables de ces forums ne font rien pour les chasser .et puis ils sont solidaires et toujours en groupe dans le même forum !