De jeunes ingénieurs tunisiens aux prises avec de faux contrats de travail



Dans l''espoir de réduire leurs coûts, certains entrepreneurs contournent les règles en embauchant des chômeurs et en sous-payant de jeunes ingénieurs diplômés.


La Tunisie espère faire passer le nombre de ses ingénieurs de 4 000 à 7 000 à l''horizon 2011, mais des chefs d''entreprises peu scrupuleux et un marché du travail contraint pourraient obliger les nouveaux diplômés du secteur à contourner la loi pour un maigre salaire seulement.

Certains chefs d''entreprises et des agences de consultants signent de faux contrats de 400 à 800 dinars avec de jeunes ingénieurs et techniciens pour pouvoir montrer aux responsables du projet qu''ils se conforment à la législation. De nombreux projets nécessitent qu''un certain nombre d''ingénieurs travaillent sur un projet donné.
Ali, diplômé en ingénierie, s''est présenté pour un travail et s''est vu demander de signer un tel contrat.
"Après avoir signé ce contrat, je n''ai jamais été rappelé et ils ont commencé à devenir très évasifs chaque fois que je leur parlais", a-t-il expliqué à Magharebia. "Puis j''ai découvert que l''entreprise n''avait pas vraiment besoin d''un ingénieur, mais seulement d''un document à présenter à l''administration en charge du projet" pour prouver qu''elle avait fait appel aux services d''un ingénieur.



Aida, une jeune architecte spécialisée dans l''ingénierie de terrain, a également gagné quelques sous après avoir signé des contrats frauduleux. Elle a expliqué que les entreprises étaient motivées par des raisons financières pour se livrer à de telles pratiques : "Au lieu d''embaucher trois architectes, [le chef d''entreprise] n''en emploie qu''un et les deux autres sont fictifs, et il achète des contrats sans avoir à verser un salaire mensuel."
De tels projets portent atteinte à la qualité des projets tunisiens et réduisent le nombre des opportunités pour les jeunes ingénieurs diplômés, selon les spécialistes de la question.
Ghlem Dabbeche, président de l''Ordre des ingénieurs tunisiens dans la capitale, se dit inquiet de l''effet de ces contrats frauduleux sur le domaine de l''ingénierie.
"Le réel danger est le manque d''engagement de certaines institutions contractantes envers leur responsabilité de garantir la qualité dans la réalisation de projets", explique-t-il.
Pour appliquer des exigences de projets strictes, cette agence de contrôle doit vérifier les documents et surveiller de près les travaux en cours, ajoute-t-il.
"Si l''administration attire l''attention sur les pratiques illicites de certains entrepreneurs et consultants, cela pourrait mettre un terme à ces pratiques, qui font tort à la profession. Tout ce qui peut être fait [de notre part] est de dire aux jeunes ingénieurs de ne pas signer de faux contrats qui affectent leur carrière professionnelle et risquent de les envoyer devant les tribunaux", ajoute-t-il.
Une enquête conduite par Magharebia a montré que l''administration chargée du contrôle de ces contrats est au courant du problème, mais qu''elle doit prendre des mesures pour lutter contre de telles pratiques.
La législation tunisienne ne traite pas directement la question des contrats frauduleux, ce qui complique les choses, a expliqué à Magharebia Me Mohammed Lazhar Akrami (photo).
"La seule partie de la loi consacrée à ce type de délits est le chapitre 193 sur la fraude et l''utilisation de faux documents, qui prévoit une peine d''emprisonnement de trois ans ou plus pour les personnes qui font usage de faux documents", souligne cet avocat.
Mais cette pratique se poursuivra tant que les jeunes diplômés devront faire face à un chômage de longue durée ou aux faibles salaires offerts par leur profession. Comme le dit Aida, une jeune ingénieur, "c''est mon faible salaire qui m''a poussé dans cette voie".
Les derniers chiffres de l''Institut tunisien de la statistique établissent le taux de chômage dans le pays en 2008 à 21,67 pour cent, contre 17,5 pour cent en 2007.
Houda Trabelsi
(Magharebia)
Photo credits: Abdou Tajeddine

Commentaires


4 de 4 commentaires pour l'article 26718

Farhoud  (Tunisia)  |Mardi 09 Mars 2010 à 08h 05m |           
Ma7soub les ingénieurs tawa chnouwa leurs niveau !!!
esm3ouni il faudra mieux ne plus parler de l'education en tunisie puisque un maitrisard (et même des ingénieurs) qui passe le capes et en plus icheddouh ifaski !!!!!!!!!!
sans commentaire.

Ines (canada)  (Canada)  |Lundi 08 Mars 2010 à 20h 31m |           
A moins ils eliminent le cycle preparatoire
(etudes forcees, discipline...)???!!!!
avoir 15/20 de moyenne (a mon epoque et meme plus mnt) pour acceder aux instituts preparatoires est vraiment tresssssss different de 9/20 ( de moyenne avec le 25% la ) pour entrer aux facultes des sciences!!!!!!!

quel niveau d`ingenieurs vous attendez la ????

pauvre tunisie!!!!!

Sahbi  (Tunisia)  |Vendredi 05 Mars 2010 à 10h 00m |           
Moi je propose a l'état de créer une lois pénalisant les sociétés engageants des retraités les (anticipées) a une trés forte amende en plus du retrait pour 6 mois de la retraite pour le retraité qui travaille
mon fils a 2 maitrise (droit anglais)2 master droit il touche 400dinars est ca fait 3 mois qu'il na rien touché le pauvre

Titeuff  (Canada)  |Vendredi 05 Mars 2010 à 06h 06m |           
Kol chasy tebna fi touness ech mazel ingenieurs bech yetkharjou brabbi ech bech yebniw :) wallaghi chay ybekki