Maisons tunisiennes : quels styles ?



A quels styles se référaient les architectes dessinant les toutes premières villas en Tunisie ?


Des maisons « extraverties » dans un pays où traditionnellement le cœur d’une maison est son patio.



Le terme latin villa désignait, dans la Rome impériale, une propriété de colon ou une résidence seigneuriale, liée à une exploitation agricole ou à la villégiature. «La villa est considérée, avec raison, comme un phénomène véritablement italien, il n’existe aucun équivalent du terme dans les autres langues. Soit il est conservé tel quel, soit il est traduit par le biais de mots désignant généralement des châteaux, des palais ou des métairies», écrit l’historien de l’art Ovidio Guaita*.


La typologie de la villa de la Renaissance italienne a été assimilée ensuite, assez tardivement, par les autres pays européens.


Les Européens qui arrivent en Tunisie vers le début du XIXe siècle ont été surpris par les architectures locales. Et surtout par l’intimité des maisons à patio.

Ces demeures dont le centre s’ouvre sur le ciel ne s’adaptent toutefois pas au mode de vie français ou italien (en 1900, à Tunis, vivaient 50.000 Européens pour 100.000 Tunisiens). Une population qui s’implante dans les nouvelles banlieues en prenant pour modèles d’habitation la villa.


Dans les années vingt, des architectes comme Victor Valensi ou Raphael Guy étudient en profondeur le patrimoine architectural tunisien. Ils veulent conjuguer les différences, métisser les styles et orner des bâtiments modernes par des détails et une décoration inspirés de l’art local. Un répertoire de colonnes, d’arcs outrepassés, de tuiles vernissées, de bandeaux de stuc et de « bortal» traditionnellement utilisés à l’intérieur des demeures enfouies dans les médinas.


Commencent alors à fleurir des édifices officiels, des immeubles et des villas inspirés de «l’arabisance» ou du style arabo-mauresque. Les nouvelles villas composées de façades tournées vers la rue et dotées de façades apparaissent. Elles illustrent bien cette «architecture du devant», selon l’expression de Serge Santelli. Des maisons dont l’organisation des espaces intérieurs est calqué sur des modèles européens.


Elles tentent la bourgeoisie locale qui commence à quitter la ville arabe pour les banlieues nouvelles : Montfleury, Cité Jardins, Notre-Dame …Et anciennes : Radès, Sidi Bou Saïd, LaMarsa…


Valensi contribue à imprégner La Marsa de ce charme particulier en dessinant ses plus belles villas aussi bien que le café El Alya.


L’arabisance continue à faire fortune après la Seconde Guerre mondiale. Les architectes de la reconstruction, à savoir Marmet et Zeherfuss, lui donnent un nouveau souffle en l’épurant au maximum.


«Malgré une pénurie de matériaux, ils arrivent à recréer une ambiance faite de voûtes, de coupoles et de murs chaulés. Une ambiance enracinée dans l’architecture vernaculaire et qui s’intégre parfaitement au paysage», souligne Zoubeïr Mouhli, architecte travaillant à l’Association de sauvegarde de la Médina de Tunis.


«Pourquoi ne pas considérer ce patrimoine là comme une source d’inspiration pour les villas modernes ?», s’interroge Z. Mouhli.


Olfa BELHASSINE

La Presse


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