L'après-Arafat a commencé



L'après-Arafat a déjà commencé sous nos yeux. Avec pour théâtre une ancienne caserne à moitié en ruines où le héros de la cause palestinienne, reclus depuis trois ans, a probablement livré son dernier combat. Avec pour spectateurs immédiats tout un peuple qui redoute sa mort comme un nouveau malheur après tant d'é preuves.


L'homme au keffieh, qui sera soigné à Paris, restera, jusqu'à son dernier souffle, l'icône des Palestiniens. Son épopée, qui a résonné tout autour du globe, s'achève sur cet enfermement misérable à la Moukatta, symbole de l'impasse dans laquelle il a conduit les siens.




Les Palestiniens ont raison de trembler. Il ne leur sera pas facile de tourner la page, tant le vieux raïs a imposé son pouvoir personnel à la manière d'un despote oriental, tissant un complexe réseau d'allégeances pour empêcher l'émergence de tout rival ou successeur.


Aucun de ceux qui ont vécu dans son ombre ne peut espérer reprendre le flambeau sans attiser les rivalités, sans risquer la guerre civile.



Depuis trois ans, les Israéliens, avec la complicité de l'Amérique, ont tout fait pour hâter ce moment. En confinant Arafat à Ramallah, ils ont voulu le marginaliser, réussissant seulement à accroître l'identification des Palestiniens avec leur vieux chef emmuré dans son image de victime.



Maintenant que la fin paraît proche, Israël mesure le temps perdu. Qu'adviendra-t-il lorsque Arafat aura réellement disparu ? Ariel Sharon trouvera-t-il l'inter lo cuteur qu'il se plaignait de ne pas avoir ? La phase très incertaine qui vient de s'ouvrir incite à en douter.



Pour le premier ministre israélien, comme pour l'homme qui sera élu mardi à la Maison-Blanche, il ne suffira plus de dire qu'Arafat est un obstacle à la paix. Il faudra faire des propositions, favoriser l'émergence de dirigeants modérés dans le camp palestinien. Bref, renouer, enfin, avec la diplomatie.



L'après-Arafat était tellement attendu que le monde semble démuni au moment où il se produit. Ariel Sharon venait de se lancer dans l'entreprise délicate que suppose le retrait de Gaza. Le voilà pris de court. L'évacuation sera-t-elle maintenue ? Il le faut. Mais, pour éviter le chaos, une opération aussi importante devra désormais s'accompagner de consultations avec les Palestiniens. Chacun devra s'y employer.



Les ةtats-Unis en premier lieu. Empêtrée dans l'im broglio irakien, en pleine élection présidentielle, voilà que l'Amérique, elle aussi, est prise de court. Le conflit israélo-arabe ressurgit comme une priorité, au moment où l'on s'en serait bien passé.


La France, dont la diplomatie a choisi de rester fidèle à Arafat, devra jouer tout son rôle pour permettre qu'une véritable transition s'opère enfin en Palestine. C'est une occasion à saisir, pour justifier un choix souvent mal compris.

Pierre Rousselin


Source : Le Figaro





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