Au départ, c’était un défi qu’avait voulu lancer Tahar Chériaâ. Celui de permettre aux cinéastes du Sud de se rencontrer à intervalle régulier pour confronter leurs productions respectives et discuter de l’ensemble des problèmes politiques, sociaux et économiques qui se posent à leurs cinémas nationaux. Ce fut le début d’une belle aventure que M. Chedly Klibi, ministre des Affaires culturelles de l’époque, qualifiait ainsi : «Que ces JCC réussissent non pas tant à réaliser une compétition brillante et chaude, qu’à tisser les fils subtils et combien plus précieux d’une fraternité d’art, d’une coopération fructueuse pour tous». Une aventure qui se voulait une plate-forme pour la mise en place d’un dispositif qui permettrait le rapprochement des peuples à travers l’image.
L’institution d’un marché commun
Désormais, les films arabes et africains qui, jusqu’alors, s’ignoraient mutuellement et souffraient d’un boycottage systématique de la part des holdings et distributeurs occidentaux ne seraient plus confinés aux seuls festivals, pourraient sortir de leur anonymat et, cela, par le biais d’un marché commun. En clair, le combat était carrément engagé contre les grands manitous américains qui avaient la mainmise sur l’industrie cinématographique arabo-africaine.
C’était le vœu pieux de Tahar Chériaâ et la finalité que s’était assignée le comité d’organisation. Des principes solennellement proclamés et qui, hélas, n’ont pas eu de suite. Malgré le fait que d’une session à une autre, ils étaient de nouveau confirmés.
La cérémonie d’ouverture
L’ouverture des premières Journées cinématographiques de Carthage eut lieu le dimanche 4 décembre 1966 à la salle Le Palmarium. Le choix du film américain Les Russes arrivent ! est très significatif. Et dire qu’on était en pleine euphorie socialiste. Cinquante et un films en provenance de trente et un pays participaient à cette première session dont six pays arabes, l’Algérie, le Koweït, le Liban, la Libye, le Maroc et la Tunisie, et quatre pays africains : le Côte d’Ivoire, le Guinée, le Sénégal et le Zaïre.
Le jury que présidait Tahar Chériaâ attribua le Tanit d’or au film sénégalais de Sembène Ousmane, La Noire de…. L’auteur y décrivait, avec beaucoup de sincérité et une profonde conviction, les méfaits du déracinement et les conditions arbitraires d’une jeune domestique africaine larguée en France, tout en dépassant largement les frontières du continent noir. Le Tanit d’argent devait revenir au film tchèque de Jaroslav Jires Le premier cri.
Parmi les vedettes invitées à cette session inaugurale des JCC, Gérard Barray, un acteur français tout en physique, spécialisé dans les films de cape et d’épée, Jacques Charrier, ex-mari de Brigitte Bardot, l’Anglaise Juliet Mills et le couple de choc du cinéma libanais, Sami Attar et Mona Saâd. Tous deux étaient l’objet de fascination et la coqueluche du public. Ils devaient présenter leur film Intissar el mohtazam (La victoire du vaincu) de Samir Nasri.
Surnommé le James Bond libanais, Sami Attar devait périr, deux ans plus tard, en compagnie de la superbe Mona Saâd, dans un tragique attentat survenu sur le plateau du film Nous sommes tous des Fedaïns du Libanais Cary Garebadian, sur la résistance palestinienne. Toute l’équipe qui était sur le tournage devait disparaître suite à cet attentat terroriste dont il n’était guère difficile de désigner les vrais commanditaires.
Un cinéma sans artifices ni tralala
Après quatre décennies ou presque, on peut d’ores et déjà prétendre que les JCC ont eu «le mérite de se constituer en un pôle stratégique œuvrant pour une décolonisation accélérée des cinémas dominés. Ce sont les JCC qui ont fait prendre conscience à l’Occident d’un autre cinéma». Un cinéma sans artifices ni tralala, réalisé par de jeunes cinéatès enthousiastes et sincères. Des noms, jusque-là inconnus, vont émerger et briller :Youssef Chahine et Tawfik Salah d’Egypte, Borhan Alaouieh, Jean Camoun, Randa Chahal-Sabbagh du Liban, Michel Khleïfé et Elie Sleïman de Palestine, Mohamed Lakhdhar-Hamina et Merzak Allouach d’Algérie, Sembène Ousmane du Sénégal, Med Hondo de Mauritanie, Nouri Bouzid, Férid Boughedir, Moufida Tlatli, Brahim Babaï, Abdellatif Ben Ammar, Rachid Ferchiou de Tunisie.
De jeunes cinéastes qui ont eu le grand mérite, d’une session à une autre, de faire les beaux jours de ce festival avec des films devenus, depuis, des classiques du cinéma contemporain.
La Presse
L’institution d’un marché commun
Désormais, les films arabes et africains qui, jusqu’alors, s’ignoraient mutuellement et souffraient d’un boycottage systématique de la part des holdings et distributeurs occidentaux ne seraient plus confinés aux seuls festivals, pourraient sortir de leur anonymat et, cela, par le biais d’un marché commun. En clair, le combat était carrément engagé contre les grands manitous américains qui avaient la mainmise sur l’industrie cinématographique arabo-africaine.
C’était le vœu pieux de Tahar Chériaâ et la finalité que s’était assignée le comité d’organisation. Des principes solennellement proclamés et qui, hélas, n’ont pas eu de suite. Malgré le fait que d’une session à une autre, ils étaient de nouveau confirmés.
La cérémonie d’ouverture
L’ouverture des premières Journées cinématographiques de Carthage eut lieu le dimanche 4 décembre 1966 à la salle Le Palmarium. Le choix du film américain Les Russes arrivent ! est très significatif. Et dire qu’on était en pleine euphorie socialiste. Cinquante et un films en provenance de trente et un pays participaient à cette première session dont six pays arabes, l’Algérie, le Koweït, le Liban, la Libye, le Maroc et la Tunisie, et quatre pays africains : le Côte d’Ivoire, le Guinée, le Sénégal et le Zaïre.
Le jury que présidait Tahar Chériaâ attribua le Tanit d’or au film sénégalais de Sembène Ousmane, La Noire de…. L’auteur y décrivait, avec beaucoup de sincérité et une profonde conviction, les méfaits du déracinement et les conditions arbitraires d’une jeune domestique africaine larguée en France, tout en dépassant largement les frontières du continent noir. Le Tanit d’argent devait revenir au film tchèque de Jaroslav Jires Le premier cri.
Parmi les vedettes invitées à cette session inaugurale des JCC, Gérard Barray, un acteur français tout en physique, spécialisé dans les films de cape et d’épée, Jacques Charrier, ex-mari de Brigitte Bardot, l’Anglaise Juliet Mills et le couple de choc du cinéma libanais, Sami Attar et Mona Saâd. Tous deux étaient l’objet de fascination et la coqueluche du public. Ils devaient présenter leur film Intissar el mohtazam (La victoire du vaincu) de Samir Nasri.
Surnommé le James Bond libanais, Sami Attar devait périr, deux ans plus tard, en compagnie de la superbe Mona Saâd, dans un tragique attentat survenu sur le plateau du film Nous sommes tous des Fedaïns du Libanais Cary Garebadian, sur la résistance palestinienne. Toute l’équipe qui était sur le tournage devait disparaître suite à cet attentat terroriste dont il n’était guère difficile de désigner les vrais commanditaires.
Un cinéma sans artifices ni tralala
Après quatre décennies ou presque, on peut d’ores et déjà prétendre que les JCC ont eu «le mérite de se constituer en un pôle stratégique œuvrant pour une décolonisation accélérée des cinémas dominés. Ce sont les JCC qui ont fait prendre conscience à l’Occident d’un autre cinéma». Un cinéma sans artifices ni tralala, réalisé par de jeunes cinéatès enthousiastes et sincères. Des noms, jusque-là inconnus, vont émerger et briller :Youssef Chahine et Tawfik Salah d’Egypte, Borhan Alaouieh, Jean Camoun, Randa Chahal-Sabbagh du Liban, Michel Khleïfé et Elie Sleïman de Palestine, Mohamed Lakhdhar-Hamina et Merzak Allouach d’Algérie, Sembène Ousmane du Sénégal, Med Hondo de Mauritanie, Nouri Bouzid, Férid Boughedir, Moufida Tlatli, Brahim Babaï, Abdellatif Ben Ammar, Rachid Ferchiou de Tunisie.
De jeunes cinéastes qui ont eu le grand mérite, d’une session à une autre, de faire les beaux jours de ce festival avec des films devenus, depuis, des classiques du cinéma contemporain.
La Presse





Abdelhalim Hafed - موعود
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