Ce soir à  Carthage Amina Fakhet: Du talent pur...



«J’ai une admiration toute particulière pour une artiste étonnante qui n’a pas eu sa chance en Orient. Je la considère comme l’une des meilleures chanteuses arabes. Je suis triste qu’elle n’ait pas eu sa chance au Caire. Je n’ai jamais pu oublier son interprétation de Abdelwahab dans Min addi ih konna hina. Si je pouvais revivre ce moment, je m’enfermerais pour la regarder chanter et apprécier son talent et ses capacités vocales sans limites !» C’était, mot à mot, ce que pensait d’Amina Fakhet le grand poète Abderrahmen Al Abnoudi chez Adam Fethi (la Galerie des Livres, le 26-5-2004). Comment ne pas croire ce fin connaisseur qui avait fait les beaux jours de Abdelhalim Hafedh, Chédia et Najet Essaghira, entre autres ?


Du talent pur à l’anticonformisme



Dans un dialogue à cœur ouvert avec elle, nous avons constaté une certaine confiance en ses capacités, la difficulté évidente pour les autres de la cerner et surtout de la mettre dans un moule, et, enfin, un grand besoin d’amour.


Depuis un certain temps, Amina s’est faite rare:
pas beaucoup de galas, pratiquement pas de déclarations. Elle a pris le temps de réfléchir et considère que cela lui a permis de former une équipe autour d’elle et que son manager lui apporte beaucoup de sérénité. Elle dit avoir besoin qu’on croit en elle pour qu’elle puisse se surpasser.


Comment perçoit-elle le sentiment des gens à son égard ? Se sent-elle victime d’une incompréhension ou d’une injustice lorsqu’ils la jugent ? Elle répond alors avec beaucoup d’assurance notamment par rapport à tout ce qui s’écrit sur elle. «Moi, j’aime vivre normalement, dit-elle, comme je le ressens, même sur scène.
Or, il se trouve que les gens ont le refus de la simplicité; ils donnent de l’importance aux apparences et aux futilités.» Nous avons profité à ce moment précis pour avoir son avis sur les nouvelles chanteuses qui ont plus recours aux attributs du corps qu’au talent. Elle confirme son faible pour la beauté physique mais seulement quand la voix est capable de toucher au plus profond des sens.


Quant à l’amour que les gens lui vouent, il semble clair que son public est formé d’hommes et de femmes. En la narguant et comme pour lui arracher ces réponses osées dont elle a le secret, nous avons supposé que les hommes l’aimaient plutôt par recherche d’évasion, et que les femmes, elles, ressentaient avec elle une certaine liberté. «Les hommes sont ce qu’ils sont mais on les aime tellement.» Pour ce qui est des femmes, elle considère que «la femme tunisienne est libre, très libre.»


Carthage 2004 et après ?…


Samedi 7 août à Carthage est un rendez-vous important pour elle et son manager ne laisse échapper aucun détail. Elle reste assez muette sur le contenu détaillé du programme mais elle semble vouloir tout mettre en œuvre pour faire un tabac. La notion de programme semble d’ailleurs l’énerver car elle considère que le contenu se fera aussi sur le tas, avec le public. Ce qui est évident, c’est d’abord la nouvelle dimension qu’apporteront les textes de Seghaïer Ouled Ahmed et qui ont une fibre plutôt engagée. Elle dit de lui qu’il a «des idées profondes, qu’il va au fond des choses et qu’avec lui, la réalité est plus vraie. Son recueil Al Wassia est génial.»
Ensuite, l’apport du compositeur Hichem Hemrit qui a opté pour une musique différente basée sur des rythmes de jazz avec les instruments adéquats. D’ailleurs, les musiciens étrangers qui ont pris part à l’enregistrement à Nice des trois nouvelles chansons sont déjà à Tunis et seront là, avec elle, sur la scène de Carthage, au grand bonheur de Sami Gasmi, son manager. Ces chansons s’appellent Baladi, Liberté où elle souhaite voir une statue dédiée à Abou Gharib surplomber la mer à la manière de la statue de la liberté; enfin une chanson réaliste Saat, qui, pour nous, sera un tube. Elle considère en outre ce spectacle comme important dans sa carrière mais ne peut oublier celui de Carthage 2002 où nous avons estimé que le gagnant ce soir-là s’appelait Hédi Donia. Elle n’hésite pas en guise de réponse à dire que le gagnant, c’est la chanson populaire.


Quant à l’après-Carthage 2004, Amina choisira-t-elle plutôt le tourath, la chanson populaire ou la chanson engagée ? Nous sommes convaincus qu’elle sera toujours un mélange de tout cela; elle trouvera probablement autre chose pour nous plaire car elle a vraiment envie de plaire et d’apporter du bonheur à ceux qui veulent bien croire en elle. C’est ce que nous avons lu dans ses yeux pleins de mystère dans un entretien plein de sincérité. Bonne chance !
La Presse



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