Lors d'une récente table ronde organisée dans la capitale tunisienne, des experts et des jeunes se sont réunis par parler des facteurs qui conduisent parfois les jeunes du pays à embrasser des idéologies extrémistes.
Par Jamel Arfaoui - Magharebia -
Des experts de la politique et du droit ont rencontré de jeunes responsables et représentants syndicaux lors d'un colloque qui s'est tenu le 26 septembre à Tunis, pour discuter de la jeunesse et de l'extrémisme. Les participants ont appelé la société et l'Etat à élargir l'horizon de la jeunesse, à intégrer leurs avis dans les décisions officielles, et à écouter attentivement leurs demandes.
Ce colloque, organisé par DV Media et le groupe de médias Dar Assabah, en coopération avec l'Initiative américaine de Partenariat pour le Proche Orient (MEPI), a vu la participation de spécialistes des questions politiques et sociales, de jeunes dirigeants d'un large évental de partis politiques, de spécialistes du droit, et du secrétaire général de l'Union Générale des Etudiants Tunisiens.
Ridha Kefi, qui animait les débats, a déclaré que l'objectif de cette table ronde était de répondre à deux questions : "La première a trait aux causes psychologiques, sociologiques, économiques et politiques qui favorisent l'extrémisme chez les jeunes. La seconde concerne l'examen des solutions nécessaires à apporter à ce grave problème, qui entraîne la confusion dans les sociétés arabo-musulmanes et entravent leur développement."
L'extrémisme prend racine, a expliqué M. Kefi, "lorsque le rejet d'un point de vue différent se transforme en violence verbale et physique".
Parlant des raisons qui poussent les jeunes à l'extrémisme, Fathi Touzri, professeur de psychologie et membre du bureau politique du Parti Démocratique Progressiste, a expliqué que le chômage et d'autres problèmes alimentent une incertitude généralisée quant à l'avenir au sein de la jeunesse tunisienne.
Selon lui, ces malaises sociaux "accroissent les sentiments de nationalisme et de respect de préceptes religieux [et] les catalysent, incitant les jeunes à adhérer à des mouvements violents, djihadistes radicaux".
Hichem Skik, du mouvement Attajdid, a parlé de l'apathie chez les jeunes Tunisiens. "Nous ne constatons chez eux aucune envie de participer à la vie politique comme c'était le cas dans les années 1970", a-t-il déclaré. "Ils ont été élevés pour obéir, que ce soit chez eux, dans leur famille, ou à l'école."
Pour sa part, Mokhtar Jellali, avocat et ancien député, a expliqué qu'il est naturel pour les jeunes d'être attirés par des "actes d'héroïsme", que ce soit de gauche ou de droite.
Très rodé aux affaires concernant des jeunes poursuivis aux termes de la loi sur le terrorisme, Me Jellali s'est demandé "si nous n'étions pas en train de créer des terroristes du fait du vide terrifiant dans lequel vit la jeunesse."
Confronté à cette sinistre perspective, il a souligné que "les jeunes [sont] très rapidement influencés par certains cheikhs... chez lesquels ils trouvent les objectifs qu'ils cherchernt depuis longtemps".
Abdelwaheb Mahjoub, professeur de psychosociologie à l'université de Tunis, a mis en garde contre le fait de faire trop "porter le chapeau" aux prêcheurs musulmans. "Nous devons nous poser les questions suivantes : quelles informations avons-nous apportées à nos jeunes pour qu'ils ne suivent pas aveuglément ces gens-là ? Leur avons-nous offert une éducation saine, basée sur une lecture attentive et une analyse scientifique leur permettant de ne pas tomber dans le piège de l'extrémisme ?"
Les jeunes ne sont pas intéressés par les affaires publiques ou la politique, a expliqué Ezziddine Zaatour, secrétaire général de l'Union Générale des Etudiants Tunisiens. Il s'est déclaré partisan d'une "immunisation" des jeunes par des idées de rationalisme et d'engagement civique, affirmant que grâce à de tels outils, ils "ne seront jamais influencés par Ayman al-Zawahiri."
Imene Belhadi, membre de l'Union Nationale des Femmes de Tunisie, a déclaré que les citoyens devaient s'éloigner du pessimisme habituel concernant l'avenir de la jeunesse tunisienne, affirmant qu'une enquête très récente montre que 96 pour cent des jeunes rejettent la violence et l'extrémisme.
"Cela montre que la violence dans notre société n'est pas un phénomène", a-t-elle expliqué. "Bien plus, elle est adoptée par une minorité par suite de raisons économiques, sociales et culturelles ; toutes choses qui génèrent le rejet de l'autre, l'hostilité envers les différences et envers la diversité religieuse et culturelle."
Elle a également défendu la stratégie sécuritaire souvent décriée du gouvernement pour lutter contre l'extrémisme. "La solution sécuritaire est un mal nécessaire", a-t-elle affimé, "mais ce n'est pas suffisant."
"Tarir les sources de l'extrémisme exige des solutions sociales et économiques, comme la suppression du chômage et de la pauvreté, et la propagation d'une culture de la tolérance et de l'acceptation de l'autre", a ajouté Mme Belhadi.
Elle a terminé en appelant les participants à ne pas adopter des positions extrémistes lors d'un débat sur l'extrémisme.
Source magharebia.com
Photo credits : Jamel Arfaoui
Par Jamel Arfaoui - Magharebia -
Des experts de la politique et du droit ont rencontré de jeunes responsables et représentants syndicaux lors d'un colloque qui s'est tenu le 26 septembre à Tunis, pour discuter de la jeunesse et de l'extrémisme. Les participants ont appelé la société et l'Etat à élargir l'horizon de la jeunesse, à intégrer leurs avis dans les décisions officielles, et à écouter attentivement leurs demandes.

Ce colloque, organisé par DV Media et le groupe de médias Dar Assabah, en coopération avec l'Initiative américaine de Partenariat pour le Proche Orient (MEPI), a vu la participation de spécialistes des questions politiques et sociales, de jeunes dirigeants d'un large évental de partis politiques, de spécialistes du droit, et du secrétaire général de l'Union Générale des Etudiants Tunisiens.
Ridha Kefi, qui animait les débats, a déclaré que l'objectif de cette table ronde était de répondre à deux questions : "La première a trait aux causes psychologiques, sociologiques, économiques et politiques qui favorisent l'extrémisme chez les jeunes. La seconde concerne l'examen des solutions nécessaires à apporter à ce grave problème, qui entraîne la confusion dans les sociétés arabo-musulmanes et entravent leur développement."
L'extrémisme prend racine, a expliqué M. Kefi, "lorsque le rejet d'un point de vue différent se transforme en violence verbale et physique".
Parlant des raisons qui poussent les jeunes à l'extrémisme, Fathi Touzri, professeur de psychologie et membre du bureau politique du Parti Démocratique Progressiste, a expliqué que le chômage et d'autres problèmes alimentent une incertitude généralisée quant à l'avenir au sein de la jeunesse tunisienne.
Selon lui, ces malaises sociaux "accroissent les sentiments de nationalisme et de respect de préceptes religieux [et] les catalysent, incitant les jeunes à adhérer à des mouvements violents, djihadistes radicaux".
Hichem Skik, du mouvement Attajdid, a parlé de l'apathie chez les jeunes Tunisiens. "Nous ne constatons chez eux aucune envie de participer à la vie politique comme c'était le cas dans les années 1970", a-t-il déclaré. "Ils ont été élevés pour obéir, que ce soit chez eux, dans leur famille, ou à l'école."
Pour sa part, Mokhtar Jellali, avocat et ancien député, a expliqué qu'il est naturel pour les jeunes d'être attirés par des "actes d'héroïsme", que ce soit de gauche ou de droite.
Très rodé aux affaires concernant des jeunes poursuivis aux termes de la loi sur le terrorisme, Me Jellali s'est demandé "si nous n'étions pas en train de créer des terroristes du fait du vide terrifiant dans lequel vit la jeunesse."
Confronté à cette sinistre perspective, il a souligné que "les jeunes [sont] très rapidement influencés par certains cheikhs... chez lesquels ils trouvent les objectifs qu'ils cherchernt depuis longtemps".
Abdelwaheb Mahjoub, professeur de psychosociologie à l'université de Tunis, a mis en garde contre le fait de faire trop "porter le chapeau" aux prêcheurs musulmans. "Nous devons nous poser les questions suivantes : quelles informations avons-nous apportées à nos jeunes pour qu'ils ne suivent pas aveuglément ces gens-là ? Leur avons-nous offert une éducation saine, basée sur une lecture attentive et une analyse scientifique leur permettant de ne pas tomber dans le piège de l'extrémisme ?"
Les jeunes ne sont pas intéressés par les affaires publiques ou la politique, a expliqué Ezziddine Zaatour, secrétaire général de l'Union Générale des Etudiants Tunisiens. Il s'est déclaré partisan d'une "immunisation" des jeunes par des idées de rationalisme et d'engagement civique, affirmant que grâce à de tels outils, ils "ne seront jamais influencés par Ayman al-Zawahiri."
Imene Belhadi, membre de l'Union Nationale des Femmes de Tunisie, a déclaré que les citoyens devaient s'éloigner du pessimisme habituel concernant l'avenir de la jeunesse tunisienne, affirmant qu'une enquête très récente montre que 96 pour cent des jeunes rejettent la violence et l'extrémisme.
"Cela montre que la violence dans notre société n'est pas un phénomène", a-t-elle expliqué. "Bien plus, elle est adoptée par une minorité par suite de raisons économiques, sociales et culturelles ; toutes choses qui génèrent le rejet de l'autre, l'hostilité envers les différences et envers la diversité religieuse et culturelle."
Elle a également défendu la stratégie sécuritaire souvent décriée du gouvernement pour lutter contre l'extrémisme. "La solution sécuritaire est un mal nécessaire", a-t-elle affimé, "mais ce n'est pas suffisant."
"Tarir les sources de l'extrémisme exige des solutions sociales et économiques, comme la suppression du chômage et de la pauvreté, et la propagation d'une culture de la tolérance et de l'acceptation de l'autre", a ajouté Mme Belhadi.
Elle a terminé en appelant les participants à ne pas adopter des positions extrémistes lors d'un débat sur l'extrémisme.
Source magharebia.com
Photo credits : Jamel Arfaoui





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