Les journalistes tunisiens désertent les journaux pour le web



A la recherche d'une plus grande liberté d'expression et d'une plus grande souplesse professionnelle, un nombre toujours croissant de journalistes tunisiens abandonnent la presse écrite en faveur des news sur lnternet.
La journaliste Senda Baccar a déclaré à Magharebia le 28 mars, date du lancement de son site web, Risha, qu'elle se tournait vers lnternet pour "donner aux journalistes tunisiens un plus grand espace d'expression et un moyen de communiquer plus aisément entre eux."
Les rédacteurs tunisiens ont souvent recours au journalisme en ligne "parce qu'ils ne bénéficient pas de la reconnaissance professionnelle et sont financièrement peu satisfaits", a expliqué Moncef Mahroug à Magharebia.
M. Mahroug, qui s'est fait une réputation en travaillant dans des journaux et des magazines francophones, est actuellement rédacteur du Web Manager Center, un portail d'informations en ligne. Il a renoncé au journalisme écrit, explique-t-il, à cause du manque de liberté. Son site attire désormais quelque dix mille visiteurs par jour.

Il explique que les journalistes tunisiens ne peuvent établir un équilibre entre avantages professionnels et reconnaissance. "La diffusion du journalisme électronique leur donne cependant la chance d'envoyer leurs propres écrits, leur assurant ainsi une certaine liberté."
Il est extrêmement difficile d'obtenir la licence pour créer un journal et les coûts de fonctionnement en sont bien plus élevés, alors qu'en revanche, la création d'un portail d'informations en ligne est une chose aisée. La création d'un portail d'information ne requiert aucune procédure légale ou administrative, si ce n'est la signature d'un contrat avec le principal fournisseur d'accès à l'lnternet tunisien, l'Agence Tunisienne de l'Internet, qui est prête à accueillir des sites webs pour 500 dinars par an.
Mohammed Jaibi, qui travaille actuellement pour le quotidien national La Presse, explique : "Lorsque j'ai renoncé à obtenir une licence pour un journal imprimé, j'ai lancé mon e-journal, Le Journal. Un an et demi plus tard, j'ai dû le fermer malgré le grand succès qu'il rencontrait, essentiellement pour des raisons financières. Je ne pouvais pas continuer à payer les journalistes professionnels que j'avais engagés."
En dépit de l'attrait très particulier des médias en ligne, certains reconnaissent qu'il subsiste des obstacles. Outre les problèmes financiers, la liberté d'expression n'est pas exactement sans limites. Bien que le gouvernement ferme généralement les yeux sur ces sites – dès lors qu'ils ne franchissent pas certaines limites – il ne délivre aucune accréditation aux journalistes sur lnternet, expliquant que la législation tunisienne n'a pas encore codifié le journalisme électronique.
Les journalistes en ligne en Tunisie restent privés des accréditations et de toute représentation au sein de l'Union Tunisienne des Journalistes. "Ils ont droit à une carte de presse, parce qu'ils ne sont pas différents des autres journalistes professionnels", explique le responsable de ce syndicat, Neji Bghouri, promettant de défendre leurs droits lors de la prochaine réunion de la commission paritaire.
Il y a environ deux ans, les autorités s'étaient engagées à déposer un projet de loi visant à réglementer le journalisme électronique sur le bureau du parlement, mais ce projet de loi n'a pas encore été rendu public.
Selon les chiffres officiels compilés par l'Agence Tunisienne de l'Internet, le nombre d'internautes en Tunisie dépasse largement 1 700 000, estimation faite fin 2007.
Jamel Arfaoui
Source Magharebia


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