Par Fériel Berraies Guigny. Le Dr Salem Chouaib chercheur franco-tunisien exerce depuis 1994 dans l’unité de recherches, « immunologie des tumeurs humaines » l’Unité INSERM 753 à l’institut Gustave Roussy. Il organise en Tunisie le second symposium sur la cancérologie euro med (1) qui se tiendra à l’Hôtel Yasmine Hammamet, du 17 au 20 octobre 2007. Cette rencontre s’intéressera prioritairement au cancer dans les pays émergeants. Elle réunira des spécialistes du monde entier, tous oeuvrant pour une meilleure connaissance et appréhension du phénomène.
Ce second symposium aura pour but d’identifier les progrès les plus marquants de la cancérologie et de les mettre à la disposition des oncologues Maghrébins sous une forme synthétique présentée par les spécialistes les plus éminents de la région.
L’autre objectif de cette réunion sera de créer des ponts entre les chercheurs et cliniciens Maghrébins et leurs homologues européens, notamment Français. L’Europe est le cadre nouveau dans lequel la recherche Maghrébine doit imaginer son avenir. 150 participants Maghrébins auront l’opportunité de présenter leurs travaux et d’initier le renforcement d’une dynamique de coopération et de partenariat scientifique et médical entre les structures de recherche Maghrébines et Européennes.
Parlez nous du thème du Congrès : les thérapeutiques ciblées
Nous assistons à une révolution avec l’arrivée de nouvelles molécules qui sont à l’origine d’un renouveau conceptuel de la thérapeutique. Les thérapeutiques ciblées représentent une avancée majeure de la cancérologie, une nouvelle aventure aussi fascinante que celle qui a débuté il y a cent ans avec la radiothérapie, ou que celle qui a débuté il y a cinquante ans avec la chimiothérapie.
Elles sont efficaces, elles sont toxiques, elles sont coûteuses : il faut donc que les oncologues se donnent les moyens de les utiliser au mieux, qu’ils sachent identifier les patients qui peuvent en bénéficier.
Ce congrès va traiter de l’innovation diagnostique et thérapeutique en cancérologie. Il s’inscrit à l’intersection entre recherche et applications cliniques : de la paillasse au malade, et vice versa, afin que l’innovation diagnostique et thérapeutique puisse entrer dans la pratique clinique et que les cliniciens puissent être à la source de l’inspiration des biologistes.
La recherche thérapeutique est une des missions les plus importantes pour combattre la maladie cancéreuse, pouvez vous nous dire l’état de cette recherche en France et en Tunisie ?
En France comme vous le savez, la recherche scientifique a connu une crise sans précédent, due en partie à la mauvaise organisation des universités comme des institutions de recherche et à leur statut comme le CNRS et l’INSERM. Un diagnostic lucide sur la situation a permis de revisiter le dispositif de recherche et de formuler des propositions visant à traiter non seulement les symptômes mais également les causes profondes de cette crise. Quant à la situation en Tunisie, la recherche scientifique a également ses propres difficultés comme tous les pays émergeants. Toutefois, des atouts et des indicateurs encourageants témoignent d’une vraie volonté en vue d’impulser la recherche biomédicale.
Toutefois cette recherche a besoin d’être plus performante et mérite de tendre vers plus d’excellence pour s’adapter à un contexte international de haute compétitivité. Un continuum doit être assuré entre recherche et soin du malade, en associant médecins, chercheurs et patients. La recherche thérapeutique actuellement se porte relativement bien grâce en partie, à l’implication de firmes pharmaceutiques, principaux promoteurs des essais cliniques. Néanmoins, s’agissant de la Tunisie, la recherche nécessite un plus grand élan. En cancérologie, plus que dans d’autres disciplines médicales, la recherche clinique et les soins sont très liés puisque l’objectif est de toujours progresser dans un domaine où beaucoup de traitements sont encore inefficaces.

nous avons signé une convention de coopération dans le domaine de la santé avec la France fin 2005, dont notamment la Convention entre l’Institut Salah AZAIEZ de Cancérologie et le cancéropôle du grand Sud Ouest de France. Quels sont selon vous, les avantages de cette coopération médicale bilatérale ?
SC : Le cancer est emblématique de nos espoirs et de nos peurs face aux progrès scientifiques. La complexité de cette maladie dans l’intégralité de ses dimensions biologiques, humaines et sociales renforce la nécessité d’articuler sciences de la vie et sciences humaines et sociales. La convention signée est un exemple d’une bonne coopération entre les deux pays. Cela signifie que le cancer ne connaît pas de frontières. Notre cancérologie pourrait par ailleurs, s’inspirer des évènements majeurs qui ont révolutionné la paysage cancérologique Français : la création de l’INCA (institut national du cancer) qui a élaboré une feuille de route de lutte contre le cancer. Prévention, dépistage, réorganisation de l’offre des soins, réorganisation de la recherche sont les principales actions à mener dans le cadre du plan de lutte contre le cancer. La convention entre le cancéropôle du sud ouest et l’institut de Salah Azaiez est une excellente initiative. Une telle coopération devrait permettre de réduire le gap existant entre la cancérologie Française et Tunisienne et favoriser l’égalité des chances pour les traitements et l’accès aux soins. Aujourd’hui, la Tunisie fait face à d’importantes disparités régionales et une dispersion de l’offre de soins. S’ajoute à ces déficits, un accès aux soins de soutien psychologique insuffisant. Comprendre la fréquence de certains cancers qui augmente, instaurer une bonne stratégie de dépistage et de prévention, développer une recherche épidémiologique, mieux organiser notre registre des cancers sont des actions qui pourraient inéluctablement être renforcées grâce à cette coopération.
Pouvez vous nous parler de votre rôle au sein de l’Institut Gustave Roussy ?
Comme responsable d’une structure de recherche, j’ai des obligations envers ma propre structure INSERM dont la mission est une recherche autour de l’implication du système immunitaire d’un patient ayant un cancer dans l’éradication de sa tumeur et surtout sur l’identification de nouvelles approches susceptible de doper ce système pour le rendre plus efficace.
Outre cette mission, je participe également de manière active à la vie scientifique et médicale de cet institut. J’assume des responsabilités au niveau de l’enseignement et de la formation. Je joue un rôle dans le transfert des connaissances fondamentales vers des applications thérapeutiques qui demeure une des principales missions de tout chercheur impliqué dans la recherche en cancérologie. Bien évidemment, notre mission dépasse largement le cadre géographique de notre institut et de la France car la recherche n’a pas de frontière. Je me sens utile un peu partout et c’est avec beaucoup d’enthousiasme que j’apporte ma modeste aide à ceux qui me sollicitent dans les domaines ou j’estime posséder une certaine expertise.
Pensez vous un jour que nous parviendrons à obtenir un vaccin contre le cancer d’une part et de l’autre à rendre le traitement moins coûteux ? on a plutôt l’impression dans nos pays que la prévention et le dépistage, voire le traitement sont également liés à des contraintes financières, qu’en pensez vous ?
La lutte contre le cancer représente un grand engagement universel dont notre société ne saurait être absente. Même si les contraintes financières sont une réalité pour nos pays, il faut essayer de surmonter ces difficultés financières pour sauver les patients de leur souffrance et leur faire profiter du traitement approprié. Il nous appartient d’identifier et de mobiliser nos forces pour mener ce combat. L’un des grands enjeux de la lutte contre le cancer est la prévention qui, elle aussi nécessite une formidable synergie de compétences scientifiques, de techniques, pédagogiques et institutionnelles, pour parvenir à la réduction effective des substrats de comportement et d’environnement du risque cancéreux. Réduire l’incidence des cancers constitue pour notre société une forme d’évolution nécessaire de notre relation au monde et à l’autre.
En théorie, les vaccins représenteraient un moyen non toxique d’induire des réponses immunitaires contre la tumeur primaire et les métastases. Ils pourraient également prévenir les récidives. La spécificité fine d’action des vaccins, à la base de leur non toxicité, représente un avantage par rapport à la chimiothérapie, qui atteint sans discrimination toute cellule en division. La vaccination vise à stimuler le système immunitaire du patient, réfractaire aux traitements conventionnels, afin d’activer ses défenses spécifiquement contre la tumeur primaire et les métastases. L’un des aspects inhabituels de la vaccination anti-tumorale est qu’elle est thérapeutique, et non préventive, c’est-à-dire qu’elle s’adresse à des patients porteurs de tumeur. La vaccination fait l’objet d’une grande médiatisation qui, à mon sens, n’est pas à la hauteur de l’espoir attendu à l’heure actuelle. Si cette approche innovante a montré des résultats au niveau expérimental, chez l’homme les résultats sont très modestes et mitigés.
Crédits : Fériel Berrraies Guigny
F.B.G Communication
Ce second symposium aura pour but d’identifier les progrès les plus marquants de la cancérologie et de les mettre à la disposition des oncologues Maghrébins sous une forme synthétique présentée par les spécialistes les plus éminents de la région.
L’autre objectif de cette réunion sera de créer des ponts entre les chercheurs et cliniciens Maghrébins et leurs homologues européens, notamment Français. L’Europe est le cadre nouveau dans lequel la recherche Maghrébine doit imaginer son avenir. 150 participants Maghrébins auront l’opportunité de présenter leurs travaux et d’initier le renforcement d’une dynamique de coopération et de partenariat scientifique et médical entre les structures de recherche Maghrébines et Européennes.
Entretien :
Parlez nous du thème du Congrès : les thérapeutiques ciblées
Nous assistons à une révolution avec l’arrivée de nouvelles molécules qui sont à l’origine d’un renouveau conceptuel de la thérapeutique. Les thérapeutiques ciblées représentent une avancée majeure de la cancérologie, une nouvelle aventure aussi fascinante que celle qui a débuté il y a cent ans avec la radiothérapie, ou que celle qui a débuté il y a cinquante ans avec la chimiothérapie.
Elles sont efficaces, elles sont toxiques, elles sont coûteuses : il faut donc que les oncologues se donnent les moyens de les utiliser au mieux, qu’ils sachent identifier les patients qui peuvent en bénéficier.
Ce congrès va traiter de l’innovation diagnostique et thérapeutique en cancérologie. Il s’inscrit à l’intersection entre recherche et applications cliniques : de la paillasse au malade, et vice versa, afin que l’innovation diagnostique et thérapeutique puisse entrer dans la pratique clinique et que les cliniciens puissent être à la source de l’inspiration des biologistes.
La recherche thérapeutique est une des missions les plus importantes pour combattre la maladie cancéreuse, pouvez vous nous dire l’état de cette recherche en France et en Tunisie ?
En France comme vous le savez, la recherche scientifique a connu une crise sans précédent, due en partie à la mauvaise organisation des universités comme des institutions de recherche et à leur statut comme le CNRS et l’INSERM. Un diagnostic lucide sur la situation a permis de revisiter le dispositif de recherche et de formuler des propositions visant à traiter non seulement les symptômes mais également les causes profondes de cette crise. Quant à la situation en Tunisie, la recherche scientifique a également ses propres difficultés comme tous les pays émergeants. Toutefois, des atouts et des indicateurs encourageants témoignent d’une vraie volonté en vue d’impulser la recherche biomédicale.
Toutefois cette recherche a besoin d’être plus performante et mérite de tendre vers plus d’excellence pour s’adapter à un contexte international de haute compétitivité. Un continuum doit être assuré entre recherche et soin du malade, en associant médecins, chercheurs et patients. La recherche thérapeutique actuellement se porte relativement bien grâce en partie, à l’implication de firmes pharmaceutiques, principaux promoteurs des essais cliniques. Néanmoins, s’agissant de la Tunisie, la recherche nécessite un plus grand élan. En cancérologie, plus que dans d’autres disciplines médicales, la recherche clinique et les soins sont très liés puisque l’objectif est de toujours progresser dans un domaine où beaucoup de traitements sont encore inefficaces.

nous avons signé une convention de coopération dans le domaine de la santé avec la France fin 2005, dont notamment la Convention entre l’Institut Salah AZAIEZ de Cancérologie et le cancéropôle du grand Sud Ouest de France. Quels sont selon vous, les avantages de cette coopération médicale bilatérale ?
SC : Le cancer est emblématique de nos espoirs et de nos peurs face aux progrès scientifiques. La complexité de cette maladie dans l’intégralité de ses dimensions biologiques, humaines et sociales renforce la nécessité d’articuler sciences de la vie et sciences humaines et sociales. La convention signée est un exemple d’une bonne coopération entre les deux pays. Cela signifie que le cancer ne connaît pas de frontières. Notre cancérologie pourrait par ailleurs, s’inspirer des évènements majeurs qui ont révolutionné la paysage cancérologique Français : la création de l’INCA (institut national du cancer) qui a élaboré une feuille de route de lutte contre le cancer. Prévention, dépistage, réorganisation de l’offre des soins, réorganisation de la recherche sont les principales actions à mener dans le cadre du plan de lutte contre le cancer. La convention entre le cancéropôle du sud ouest et l’institut de Salah Azaiez est une excellente initiative. Une telle coopération devrait permettre de réduire le gap existant entre la cancérologie Française et Tunisienne et favoriser l’égalité des chances pour les traitements et l’accès aux soins. Aujourd’hui, la Tunisie fait face à d’importantes disparités régionales et une dispersion de l’offre de soins. S’ajoute à ces déficits, un accès aux soins de soutien psychologique insuffisant. Comprendre la fréquence de certains cancers qui augmente, instaurer une bonne stratégie de dépistage et de prévention, développer une recherche épidémiologique, mieux organiser notre registre des cancers sont des actions qui pourraient inéluctablement être renforcées grâce à cette coopération.
Pouvez vous nous parler de votre rôle au sein de l’Institut Gustave Roussy ?
Comme responsable d’une structure de recherche, j’ai des obligations envers ma propre structure INSERM dont la mission est une recherche autour de l’implication du système immunitaire d’un patient ayant un cancer dans l’éradication de sa tumeur et surtout sur l’identification de nouvelles approches susceptible de doper ce système pour le rendre plus efficace.
Outre cette mission, je participe également de manière active à la vie scientifique et médicale de cet institut. J’assume des responsabilités au niveau de l’enseignement et de la formation. Je joue un rôle dans le transfert des connaissances fondamentales vers des applications thérapeutiques qui demeure une des principales missions de tout chercheur impliqué dans la recherche en cancérologie. Bien évidemment, notre mission dépasse largement le cadre géographique de notre institut et de la France car la recherche n’a pas de frontière. Je me sens utile un peu partout et c’est avec beaucoup d’enthousiasme que j’apporte ma modeste aide à ceux qui me sollicitent dans les domaines ou j’estime posséder une certaine expertise.
Pensez vous un jour que nous parviendrons à obtenir un vaccin contre le cancer d’une part et de l’autre à rendre le traitement moins coûteux ? on a plutôt l’impression dans nos pays que la prévention et le dépistage, voire le traitement sont également liés à des contraintes financières, qu’en pensez vous ?
La lutte contre le cancer représente un grand engagement universel dont notre société ne saurait être absente. Même si les contraintes financières sont une réalité pour nos pays, il faut essayer de surmonter ces difficultés financières pour sauver les patients de leur souffrance et leur faire profiter du traitement approprié. Il nous appartient d’identifier et de mobiliser nos forces pour mener ce combat. L’un des grands enjeux de la lutte contre le cancer est la prévention qui, elle aussi nécessite une formidable synergie de compétences scientifiques, de techniques, pédagogiques et institutionnelles, pour parvenir à la réduction effective des substrats de comportement et d’environnement du risque cancéreux. Réduire l’incidence des cancers constitue pour notre société une forme d’évolution nécessaire de notre relation au monde et à l’autre.
En théorie, les vaccins représenteraient un moyen non toxique d’induire des réponses immunitaires contre la tumeur primaire et les métastases. Ils pourraient également prévenir les récidives. La spécificité fine d’action des vaccins, à la base de leur non toxicité, représente un avantage par rapport à la chimiothérapie, qui atteint sans discrimination toute cellule en division. La vaccination vise à stimuler le système immunitaire du patient, réfractaire aux traitements conventionnels, afin d’activer ses défenses spécifiquement contre la tumeur primaire et les métastases. L’un des aspects inhabituels de la vaccination anti-tumorale est qu’elle est thérapeutique, et non préventive, c’est-à-dire qu’elle s’adresse à des patients porteurs de tumeur. La vaccination fait l’objet d’une grande médiatisation qui, à mon sens, n’est pas à la hauteur de l’espoir attendu à l’heure actuelle. Si cette approche innovante a montré des résultats au niveau expérimental, chez l’homme les résultats sont très modestes et mitigés.
Crédits : Fériel Berrraies Guigny
F.B.G Communication





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