La BAD publie les Perspectives économiques en Afrique : Prévision de 6 % de croissance pour l’Afrique en 2007



Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a lance dimanche à Shanghai, en Chine le rapport sur les perspectives économiques du continent africain. Le rapport, publié conjointement avec l’Organisation de coopération et de développement économique, donne une bonne photographie de l’état économique du continent et des défis auxquels il est confronté.

Les Perspectives économiques en Afrique (PEA) s’appuient sur l’expérience et les compétences de l’OCDE et de la Banque africaine de développement (BAD) pour livrer chaque année un instantané de la situation économique de pays africains. Au delà de leurs frontières, cet ouvrage de référence propose un bilan de santé du continent tout entier, qui intègre le contexte international, le jeu des facteurs internes et l’influence de l’économie mondiale.


S’exprimant a cette occasion, l’économiste en chef de la BAD, M. Louis Kasekende a souligné que la performance économique de la Chine donne l’espoir aux pays africains qu’une forte croissance économique soutenue peut être atteinte et des millions de personnes peuvent ainsi sortir de la pauvreté, ajoutant que « le continent a enregistré au cours des deux dernières décennies, les taux de croissance les plus élevés, avec un taux moyen annuel de croissance du PIB de près de six pour cent en 2007. Cette croissance concernait tous les secteurs d’activités, ainsi que l’ensemble des pays, y compris les pays non-producteurs du pétrole. Toutefois, nous devons accélérer et soutenir le niveau de croissance de 7 à 8 pour cent pour atteindre l’objectif du développement du millénaire (ODM) consistant à réduire de moitie, d’ici à 2015, la frange des personnes vivant dans l’extrême pauvreté. »

L’activité économique en Afrique a progressé de l’ordre 5.5 pour cent en 2006. Cette tendance devrait se maintenir en 2007 et 2008, à respectivement 5.9 et 5.7 pour cent de croissance. Les pays exportateurs de pétrole distancent néanmoins nettement les autres pays. En outre, certains pays sont toujours aux prises avec de graves difficultés – notamment la catastrophe humanitaire du Darfour au Soudan, le naufrage de l’économie au Zimbabwe, les conflits et l’instabilité politique en Côte d’Ivoire, en Éthiopie et en Somalie, ou encore les problèmes de sécurité dans la région pétrolifère du delta, au Nigeria. Tous ces événements risquent d’assombrir leurs perspectives de croissance. Pour autant, la situation de la plupart des pays africains reste hautement favorable. Malgré un léger fléchissement, l’expansion mondiale persistante continue à soutenir la demande de pétrole et d’autres matières premières industrielles, à des cours assez élevés. Ces bonnes perspectives économiques sont confortées par une augmentation significative de l’APD (aide publique au développement) à l’Afrique, en grande partie grâce aux allégements de dette et à l’aide d’urgence, mais facilitée aussi par la consolidation de la stabilité macro-économique. La croissance, de son côté, est dopée par l’augmentation de la production de pétrole en Afrique australe et centrale et par un certain recul de l’insécurité.

L’inflation a cependant franchi à nouveau la barre des 10 pour cent dans les pays importateurs nets de pétrole, sous l’effet principalement de la flambée des cours. La balance commerciale s’est améliorée dans de nombreux pays, les exportateurs de pétrole et de minerais métallifères enregistrant les progressions les plus importantes, tandis que certains pays ont vu leur facture d’importations s’alourdir et les cours de plusieurs produits agricoles (le cacao et le coton notamment) se replier. Les bénéfices exceptionnels liés aux cours des produits de base ont favorisé un redressement des finances publiques, surtout dans les économies exportatrices nettes de pétrole. Ces recettes devront être judicieusement gérées – en affectant une part substantielle à des investissements dans les transports et autres infrastructures ainsi que dans le développement des ressources humaines – afin de poser les jalons d’une croissance économique durable une fois retombé l’emballement du prix des matières premières.



À cet égard, les Perspectives économiques en Afrique mettent en lumière les efforts récents d’un certain nombre de pays exportateurs de pétrole pour accroître la transparence des opérations de leur secteur pétrolier et introduire des règles budgétaires relatives à l’utilisation de la manne pétrolière. Pour les pays importateurs nets de pétrole, le problème est radicalement différent. Alors que les estimations tablent sur le maintien d’une croissance alerte du PIB en 2007 et 2008, l’inflation à deux chiffres a fait son retour avec une répercussion plus directe de l’augmentation des produits pétroliers sur les consommateurs. Mais toute tentative pour ramener l’inflation en deçà de 10 pour cent pourrait avoir des effets néfastes sur la croissance. En outre, les prévisions de croissance du PIB avancées dans cette édition misent sur un creusement des déficits des comptes courants, lié à l’augmentation persistante des prix du pétrole alors que l’envolée des produits non pétroliers semble en fin de course.



Les prévisions tablent donc sur un afflux imminent de fonds additionnels indispensables au financement des déficits. Cette panoplie de défis menaçant la politique macroéconomique est l’une des ombres au tableau qu’il faut garder en tête au moment d’évaluer les perspectives économiques présentes de l’Afrique. Mais le creusement des déséquilibres, déjà conséquents, de l’économie mondiale est lourd d’autres menaces. En cas de réponse désordonnée – avec de brusques écarts des taux de change – un repli précipité de la production mondiale et, partant, de la demande en produits exportés par l’Afrique, n’est pas à exclure. Par ailleurs, en dehors des négociations de Doha, la levée des quotas commerciaux dans la filière textile-habillement, depuis le début de l’année 2005, a posé de sérieuses difficultés aux pays africains exportateurs (Afrique du Nord, Madagascar et Maurice), exposés à la concurrence venue d’Asie, en particulier de Chine.



En net déclin au fil des années 90, le niveau de l’aide remonte depuis quelques années ; le continent africain en est le premier bénéficiaire. Le lancement du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique), le consensus de Monterrey sur le financement du développement (2002), la mise en œuvre de l’initiative PPTE (pays pauvres très endettés) renforcée et les engagements pris lors du sommet du G8, à Gleneagles (2005) – qui devraient encore sensiblement alléger le fardeau de la dette extérieure – ont tous fortement contribué à augmenter les flux financiers vers l’Afrique au titre du développement.



Reste à savoir si l’aide va continuer à augmenter, au delà de la hausse conjoncturelle liée aux allégements de dette et à l’aide d’urgence. Les bailleurs seront-ils en mesure de mobiliser suffisamment de ressources pour tenir leurs engagements – déjà nettement inférieurs aux montants nécessaires pour permettre à la plupart des pays d’atteindre leurs objectifs de développement du Millénaire (ODM) d’ici 2015.



Les Perspectives économiques en Afrique sont publiées dans le cadre des Assemblées annuelles de la BAD qui se tiennent à Shanghai. Ces assises réunissent plusieurs Chefs d’état, des ministres des finances de 77 pays membres du Groupe de Banque, ainsi que les dirigeants de grandes entreprises, des représentants de la société civile et d’organisations non gouvernementales. Ces rencontres ont pour thème : « Afrique-Asie : Partenaires au développement », et offrent un cadre idéal pour l’institution financière panafricaine pour attirer les investisseurs asiatiques vers l’Afrique.
BAD

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