Défilé féérique au Georges V: Collection couture été 2007 de Yahya El Bishri



Par Fériel Berraies Guigny. Paris
L'artiste saoudien de passage à Paris, pour la présentation de sa collection Haute Couture printemps été 2007, a accepté de répondre aux questions de Fériel Berraies Guigny. C'est dans son appartement parisien, que le talentueux couturier nous a livré tous ses secrets.

Entretien avec Yahya:



Qui est Yahya El Bishri ?
Je suis avant tout un homme de défi. C’est ce qui me motive dans ma création depuis toujours. J’ai combattu énormément pour imposer mon Art en Arabie Saoudite. J’ai défrayé la chronique pendant un temps et ce ne fut pas facile, à mes débuts. On ne comprenait pas mes combats pour la femme saoudienne. Un ex, durant ma première carrière de journaliste, je voulais que l’on crée des salles de sports pour les femmes. Elles ont tendance à ne rien faire et à se laisser aller, même pour cela il a fallu combattre bien
des tabous, pour changer les mentalités. Quand j’ai commencé la mode, c’était encore plus difficile. Mais je suis parvenu avec le temps, à casser les stéréotypes négatifs. J’ai changé la vision que l’on avait sur la mode et la création. J’ai gagné le respect, j ai pu changer les mentalités et j’ai réhabilité l’Art dans mon pays.

Pour vous l’Art est l’expression d’une vision, d’une émotion ou d’une sensation ?
C’est avant tout la vision, qui produit l’imaginaire créatif. Je m’inspire beaucoup des différentes cultures qui peuplent notre planète. La vision est partout elle ne se limite pas uniquement au monde de la mode, il faut simplement se laisser imprégner. C’est la base de toute création, d’être un bon technicien ne suffit pas.

Comment en êtes vous venu à votre parcours d’aujourd’hui ? Les carcans traditionalistes de votre pays d’origine ne vous ont-ils pas découragé ?
Il est vrai que j’avais pas mal d’appréhension à mes débuts car je voulais absolument m’établir dans mon pays. Il n’était pas question pour moi de m’établir en Europe ou en Amérique pour ma couture. Je voulais produire dans mon pays, pour créer d’une part de l’emploi, mais également pour faire connaître ma ville et mon pays. Je voulais aussi que ma couture, libère en quelque sorte la femme saoudienne. La femme saoudienne aime s’habiller, et s’amuser. J’avais à cœur, que l’on comprenne toutes ses motivations. Mais il est vrai que j’ai été confronté à toute une société et à sa façon de penser. On faisait aisément des confusions entre tradition et religion, et donc ce que je voulais exprimer ne passait pas. Aujourd’hui avec le recul et la persévérance, je suis heureux de voir que j’ai gagné mon pari.J’ai réussi à démontrer que la couture n’est pas un métier qui se limite à devenir un simple tailleur, mais que c’est un véritable Art qui demande du travail et surtout d’être doué. Il ne suffit pas de sortir d’une école de mode pour devenir designer.


C’est la faute que l’on fait dans nos pays. Et la récompense suprême est venue quand notre propre roi m’a félicité en faisant de moi le pionnier de la mode dans mon pays.

pour quelles femmes créez vous ?
La femme est multiple pour moi donc, internationale. Mais il faut savoir que mes sources d’inspiration ne se limitent pas à elle, mes voyages, mes découvertes personnelles, la nature, les éléments, tout m’inspire. Et les thématiques de mes créations sont une question de feeling, mais aussi des hasards de la vie.



Quelle sont les personnalités féminines qui vous ont le plus inspiré ? J’ai été profondément marqué par ma rencontre avec feu Lady Di, elle était charismatique et surtout je l’admire pour avoir tout fait pour imposer la mode britannique dans le monde. Aujourd’hui, grâce à elle, elle défile sur Paris aux côtés des grands noms. C’est ce qui manque à nos pays, où on a tendance à promouvoir la couture étrangère. Nous avons des talents et il est temps de les propulser.

Zya la star du R&B chinois est votre nouvelle égérie pour cette collection ? Oui, je vous avais bien dit que la femme Yahya est multiple et pluriculturelle et bien sûr notre rencontre est un autre hasard de la vie et une idée lumineuse de mon attaché de Presse, Suna Ahmed.

Parlez nous de votre collection actuelle, le choix des matériaux
Ma thématique s’est inspirée de tous les éléments de la nature, du plus petit insecte qui tisse de la soie, à l’écorce de bois qui devient du lin. La nature regorge de merveilles et de secrets et j’ai essayé de transposer cela dans ma ligne estivale. J’ai choisi des couleurs qui reflètent les mutations climatiques, les levers et les couchers de soleil, le jour et la nuit. L’idée était de démontrer que la nature est multi facettes, comme la femme que j’habille qui est très charismatique. On s’incline toujours devant la beauté de la nature. La femme qui porte une de mes créations doit la transcender. La beauté intérieure est très importante. Pour les tissus, j’ai choisi, le shantung, la soie, le taffetas, le lin, le tulle, l’organza, la dentelle. J’ai même fait des peintures à la main sur certaines créations. Ce sont des matériaux très luxueux et le travail était très minutieux. Mais j’essaye aussi de ne pas charger en broderies.

Quel marché visez vous ? Tous les marchés, car la haute couture est un langage international, d’autant que l’on défile sur Paris. J’essaye bien sûr, de garder ma touche orientaliste et elle très appréciée par les européennes.

Connaissez vous le marché nord africain ? La femme tunisienne ? Je connais très bien votre pays et j’y ai des amis, j’ai été à Hammamet, Mehdia, Sidi Bou Said. Et par ailleurs, j’ai eu l’illustre honneur d’habiller la fille de quelqu’un très important de votre pays, elle est venue sur Jeddah et m’a acheté une robe du soir rouge. J’apprécie beaucoup la femme tunisienne car elle a su allier modernité et tradition. Elle a gardé son identité et s’est aussi émancipée.


Merci Monsieur El Bishri
Photos du défilé: Courtesy of Tao-Taoufik Zemzemi www.taozemi.com
Créations: Collection Haute Couture printemps été 2007 de Yahya El Bishri. Paris et Jeddah
Attaché de Presse: Mlle Suna Ahmed Paris ( First Sun Communications Paris).





Fériel Berraies Guigny

www.journaliste.montaf.com
feriel.book.fr




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