Par Fériel Berraies Guigny. Paris
Le 23 mars 2003, un déluge de bombes s’abattait sur Bagdad. Aujourd’hui en Irak, l’heure est au bilan. Si l’on essaye de comprendre les motifs de cette offensive politico-militaire, à savoir, empêcher certains pays de l’« Axe du mal », de se doter d’armes de destruction massive (ADM). Armes dont la présence il faut le préciser, reste très douteuse, force pour nous est de constater qu’il y au eu imposture. Même si L’Iran revendique jusqu’à aujourd’hui le droit de produire de l’énergie nucléaire à usage civile et que la Corée du Nord continue de défier les grandes puissances, l’invasion irakienne a été une grave violation de la légalité internationale. Cette guerre, outre le fait qu’elle a été provoquée par supercherie, puisque aujourd’hui même le Département d’Etat américain a reconnu qu’il n’y avait jamais eu d’armes nucléaires en Irak, a été commise en infraction sur les droits de l’Homme.
Fériel Berraies Guigny a rencontré pour l’hebdomadaire tunisien « Réalités » Bruno Carré, spécialiste de la politique de défense britannique et des relations anglo-moyen orientales, un entretien très informel, nous a permis de discuter de la stratégie britannique et des limites de sa « Pax Britannica ».
Biographie
Bruno L.G.Carré, 55 ans, est Docteur d'Etat ès Sciences
Economiques. Entre 1976 et 1979 il est chargé d'enseignement en économie du développement et internationale à l'Université de Paris 2 et chargé de recherches à l'ANVAR et au CNRS.
En 1979, il est détaché comme économiste et attaché commercial près l'ambassade de France en Grande Bretagne, responsable des affaires politiques, industrielles et commerciales des secteurs de l'énergie, des transports, des constructions navales et aéronautiques. Pendant cette période, il est responsable national de l'agence pétrolière du temps de guerre de l'OTAN. Début 1985, il rejoint comme associé le courtier maritime et consultant londonien JPT (U.K.) dont il restera administrateur jusqu'en 1995. De 1986 à 2006, il crée, développe et dirige Gracemoor Consultants (U.K.) Ltd, société de représentation, conseil en stratégie, relations publiques, géopolitique et intelligence économique du secteur de la défense; membre de la Defence Manufacturer Association (DMA) Gracemoor est rapidement reconnue pour sa connaissance de la politique de défense britannique et des relations franco-britanniques et anglo-moyenorientales.
Aujourd'hui indépendant, Bruno Carré est conseiller et chercheur dans les domaines de stratégie d'entreprises, affaires publiques et relations internationales. Il continue à porter une attention particulière aux secteurs de la défense et de l'armement franco-britannique et à l'économie et à la politique de la Grande-Bretagne. Il garde également un intérêt pour les affaires du Proche-Orient.
Bruno Carré est membre du Royal United Service Institute (RUSI) et de l'Euro Atlantic Group (EAG) de Londres et du Centre d'Etudes du Développement International et des Mouvements Economiques et Sociaux (Institut CEDIMES) à Paris. Il est Chevalier dans l'ordre national du Mérite.
Dans un discours prononcé le 1e août 2006 à la tribune du Los Angeles World Affairs Council, M. Blair a affirmé que : « la sécurité du monde au cours du 21e siècle, dépendra des moyens que l’alliance américano-britannique mettra, pour enrayer le terrorisme musulman ». Ne trouvez vous pas que cette affirmation est pour le moins excessive et que l’extrémisme et la violence que connaît le monde ne sont pas l’apanage des seuls islamistes ?
C’est restrictif bien sûr comme affirmation, la phrase en entier est un raccourci. Mais il est vrai que les « moyens » sont une volonté et une condition nécessaire pour lutter contre le terrorisme, mais cette solution à elle seule n’est pas suffisante. Il s’agit aussi de bien cerner la définition même du terrorisme. Ce qu’il faut savoir c’est que « la nature ayant horreur du vide » il fallait trouver un bouc émissaire et la remplacer par une autre menace et aujourd’hui l’Islam porte le chapeau, comme ce fut le cas bien avant elle, avec le communisme. A mon avis la question est plutôt de savoir si les américains et les britanniques sont les seuls à pouvoir régler le problème ? La réponse est non.
Je me pose la question dans le même sens que l’on aurait pu la poser du temps du communisme. Question, rappelons le qui avait été envisagée différemment du temps de Mme Thatcher s’agissant de l’alliance anglo américaine. Alliance dont elle a été la restauratrice, car depuis 1945 les rapports entre les deux puissances étaient houleux. Même du temps des conversations entre Churchill, Roosvelt, Truman et Staline. Il est donc faux de croire que les britanniques « sont les caniches des américains ». Et du reste, que l’on veuille ou non, aujourd’hui il y a une grande puissance et ce sont les américains. C’est une grave erreur de critiquer à tout vent les américains car je crois que la France et l’Europe en général, et d’autres pays comme l’Australie, doivent jouer un rôle dans la lutte contre le terrorisme. Et pour revenir à l’affirmation de Monsieur Blair, il ne faut y voir que le reflet de l’orgueil britannique.
Devant l’entêtement de l’administration américaine de poursuivre une politique qui a échoué en Irak, l’Ex Président Carter a récemment déclaré qu’il tenait le premier Ministre britannique, pour le principal responsable de l’enlisement progressif des troupes d’occupation, n’ayant pas été de bon conseil pour le Président Bush. Partagez vous le
même sentiment ?
Les « vieux Présidents feraient mieux de se taire et partir à la retraite », la question n’est pas de savoir « qui entraîne qui » ou si cela est justifié. L’histoire le dira, dans cinquante ans car on aura peut être pas la même vision des choses. Mais je pense, qu’il y avait certainement des raisons d’y aller. Mais « une fois qu’on y est, que faire ? Partir » ? C’est ce qu’a dit le Président Carter dans une de ses interviews. Mais cela ne veut rien dire ! Une fois sur le terrain « tout le monde se tire dessus » les chiites contre les sunnites, les gens du parti Baath etc. En Irak, il y avait une dictature qui avait une main mise terrible sur le pays, la raison était toute trouvée. Les britanniques et les américains, voyaient dans ce pays la menace d’une idéologie qui était à même de regrouper toutes les forces non démocratiques et anti américaines de la région. A terme, et ce indépendamment des ADM, il y avait une sérieuse chance, alimentée par le foyer israélo palestinien, alimentée par les extrémistes de tous bords, de créer un courant général anti américain. Courant, qui avait la particularité non pas d’être bipolaire comme du temps du communisme, mais multipolaire. Dés lors on voyait mal, l’Occident nucléariser la moitié de la planète. Les américains pensaient qu’en frappant l’Irak, ils pouvaient frapper dans le cœur du rassemblement des extrémistes anti occidentaux. A tort ou à raison, mais « il faut se mettre dans la peau des américains » depuis le 11 septembre. Ce n’est pas tout d’essayer de comprendre l’Islam, les musulmans, de justifier l’extrémisme, il faut aussi comprendre la position des occidentaux. Le monde n’est pas régi par les lois internationales, c’est une duperie et la seule vérité c’est que les peuples s’attaquent les uns les autres. Le réalisme impose de dire « qu’il n’ y a pas des bons et des mauvais » mais ce qu’il y a « ce sont des intérêts ».
Comment jugez vous la situation actuelle en Irak ? la paix dans le monde s’en est elle trouvée consolidée ? et le terrorisme affaibli ?
Pour l’alliance anglo britannique, frapper
l’Irak était premièrement le moyen de stopper le regroupement des extrémistes. Deuxièmement ce qu’il faut savoir, c’est que les britanniques n’entendent pas céder la place totalement aux américains. C’est une pierre d’échauffement entre les américains et les britanniques depuis toujours. Même du temps de la doctrine Monroe d’il y a cinquante ans, les américains étaient très en désaccord avec la vue impérialiste ex colonialiste des britanniques. Bien sûr à l’époque c’était le côté « idéal » des américains, et il était authentique. L’Irak étant une de leur création avec les français en 1917. L’intérêt pour ce pays, il faut le dire n’est pas uniquement lié aux raisons pétrolières mais il est stratégique. Ensuite ce qu’il faut savoir, c’est que les britanniques sans les américains « ne sont rien » et ce, doublement. D’une part, ils ne veulent pas faire partie d’une Europe intégrée, c’est véritablement ancré dans leurs gènes. Et de l’autre, c’est la séparation de l’église catholique avec Henri XVIII et plus tard avec Elizabeth I, qui explique ce refus de « prendre ses instructions » ailleurs qu’auprès de Westminster. Leur intérêt avant tout, c’est de garder leur puissance nucléaire, mais sans les américains ils n’ont pas les moyens financiers de la conserver. Il y a donc là un « bargain » entre les deux puissances. En échange d’une certaine légitimité internationale donnée par les britanniques, les américains leur donne à très bas prix une puissance nucléaire.
Pensez vous que l’alliance anglo américaine ramènera le calme ? et que deviendra l’Irak ?
Les britanniques accordent un grand intérêt dans ce rôle de « courtier » qu’ils jouent auprès des américains et de l’Europe. L’histoire nous l’a prouvée avec la Guerre de Corée où sans les britanniques on aurait pu s’attendre à une guerre nucléaire. C’est donc aujourd’hui, inepte de dire « pliez bagages et partez » cela ne tient pas debout. Il faut reconstituer l’Irak, que le territoire ne soit pas éparpillé entre la partie Chiite et Sunnite, les kurdes en haut etc.
Il faut essayer de faire en sorte que l’Iran et la Syrie jouent un rôle si possible. Il faut que le plus rapidement possible les forces irakiennes reprennent 100% du pouvoir militaire et il est impératif de corriger la vision actuelle « d’un gâchis militaire ». Non il faut démontrer que les anglo américains et l’Occident « sont intervenus pour effectivement
éradiquer un foyer de terrorisme international » et abattre le régime de Saddam Hussein qui était très nocif. Je ne vois pas les britanniques, faire autre chose ou penser autrement. Pas un mot des discours de M. Blair, ces trois dernières années, ne laisse penser autre chose. Par ailleurs, les limites budgétaires britanniques imposent un retrait prochain de l’Irak et de l’Afghanistan. L’armée britannique aujourd’hui tourne à 100% de ses effectifs. Donc il faut arrêter de dire des « sottises », car l’impérialisme britannique et les colonies n’ont jamais rapporté d’argent et aucune étude n’a été capable de le prouver. Pour sauver l’Irak, il faudra un retour à la prospérité économique, relancer l’ouverture du commerce international. Et dans tous les discours de Blair, on retrouvera cette constante : « le libre échange » à lui seul serait capable de sauver le Monde.
Quel est le bilan de l’Irak, selon vous? Et s’agissant du sort de Saddam, une pensée ?
A très court terme, on ne peut se permettre de « compter le nombre de morts du temps de Saddam Hussein à aujourd’hui », oui le bain de sang est là et la guerre a été horrible. Oui il y a eu une « overreaction des américains » après les attentats du 11 septembre. Et il est vrai qu’ils ont une vision raccourcie du Monde. Mais le but recherché de cette guerre dans l’absolu, c’était de « permettre au peuple irakien de s’exprimer librement ». Sans avoir la menace de détentions arbitraires, de torture ou d’assassinats. C’était la volonté initiale des américains, bien sûr les dérapages sont inévitables dans toute guerre. Donc il faut arrêter « d’accuser les américains » ils ne sont pas coupables de tout. S’agissant du droit et du devoir d’ingérence, il faut rappeler les mots de Bernard Kouchner « il faut aller là où ça va pas » ! « Pourquoi pas au Darfour et plutôt en Irak » me direz vous ? Et bien c’est simple, le Darfour ne représente aucune menace aujourd’hui pour le monde, peut être demain.
Il faut donc « arrêter cette vision de Tintin et Milou du monde » ! Le monde est un amalgame de relations menaçantes. Le jugement de Saddam Hussein, il est vrai est très délicat, et les américains commettent une erreur fondamentale et absolue à vouloir le juger car « ils vont en faire un martyr » ! Il aurait fallu laisser cette tâche à un tribunal pénal international mais cela aurait signifié que l’Europe aurait un rôle à jouer.
On dit que la puissance d’un Etat doit être utilisé à des fins morales. Quel doit être le prix à payer par la victime pou mériter la rédemption ?
Mon opinion tout à fait personnelle, c’est que la résistance nationale doit se faire par les militaires et toujours par eux. Les cibles doivent être aussi militaires. Quand on touche les civiles, c’est inacceptable. Il ne faut pas mélanger les femmes et les enfants avec les combattants. Appriori on pourrait espérer « que nous avons fait suffisamment de progrès pour que la démocratie l’emporte ». Je crois fondamentalement, qu’il faudra régler le problème d’Israël et de la Palestine. Je suis pour un plan Marshall de la région, s’agissant de la Palestine. Il faudra provoquer une rupture et rendre les gens « des consommateurs ». Je raisonne ici en tant que capitaliste. A mon humble avis, c’est la seule solution pour faire revivre toute la région qui était déjà dans l’histoire, le fief du commerce. Je suis ici totalement britannique, et je reste convaincu que tout ce qui pourrait empêcher le libre commerce, serait une grave erreur.
Merci monsieur Carré.
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Fériel Berraies Guigny
www.journaliste.montaf.com
feriel.book.fr
Le 23 mars 2003, un déluge de bombes s’abattait sur Bagdad. Aujourd’hui en Irak, l’heure est au bilan. Si l’on essaye de comprendre les motifs de cette offensive politico-militaire, à savoir, empêcher certains pays de l’« Axe du mal », de se doter d’armes de destruction massive (ADM). Armes dont la présence il faut le préciser, reste très douteuse, force pour nous est de constater qu’il y au eu imposture. Même si L’Iran revendique jusqu’à aujourd’hui le droit de produire de l’énergie nucléaire à usage civile et que la Corée du Nord continue de défier les grandes puissances, l’invasion irakienne a été une grave violation de la légalité internationale. Cette guerre, outre le fait qu’elle a été provoquée par supercherie, puisque aujourd’hui même le Département d’Etat américain a reconnu qu’il n’y avait jamais eu d’armes nucléaires en Irak, a été commise en infraction sur les droits de l’Homme.
Fériel Berraies Guigny a rencontré pour l’hebdomadaire tunisien « Réalités » Bruno Carré, spécialiste de la politique de défense britannique et des relations anglo-moyen orientales, un entretien très informel, nous a permis de discuter de la stratégie britannique et des limites de sa « Pax Britannica ».
Biographie
Bruno L.G.Carré, 55 ans, est Docteur d'Etat ès Sciences
Economiques. Entre 1976 et 1979 il est chargé d'enseignement en économie du développement et internationale à l'Université de Paris 2 et chargé de recherches à l'ANVAR et au CNRS.En 1979, il est détaché comme économiste et attaché commercial près l'ambassade de France en Grande Bretagne, responsable des affaires politiques, industrielles et commerciales des secteurs de l'énergie, des transports, des constructions navales et aéronautiques. Pendant cette période, il est responsable national de l'agence pétrolière du temps de guerre de l'OTAN. Début 1985, il rejoint comme associé le courtier maritime et consultant londonien JPT (U.K.) dont il restera administrateur jusqu'en 1995. De 1986 à 2006, il crée, développe et dirige Gracemoor Consultants (U.K.) Ltd, société de représentation, conseil en stratégie, relations publiques, géopolitique et intelligence économique du secteur de la défense; membre de la Defence Manufacturer Association (DMA) Gracemoor est rapidement reconnue pour sa connaissance de la politique de défense britannique et des relations franco-britanniques et anglo-moyenorientales.
Aujourd'hui indépendant, Bruno Carré est conseiller et chercheur dans les domaines de stratégie d'entreprises, affaires publiques et relations internationales. Il continue à porter une attention particulière aux secteurs de la défense et de l'armement franco-britannique et à l'économie et à la politique de la Grande-Bretagne. Il garde également un intérêt pour les affaires du Proche-Orient.
Bruno Carré est membre du Royal United Service Institute (RUSI) et de l'Euro Atlantic Group (EAG) de Londres et du Centre d'Etudes du Développement International et des Mouvements Economiques et Sociaux (Institut CEDIMES) à Paris. Il est Chevalier dans l'ordre national du Mérite.
Entretien avec Bruno Carré :
Dans un discours prononcé le 1e août 2006 à la tribune du Los Angeles World Affairs Council, M. Blair a affirmé que : « la sécurité du monde au cours du 21e siècle, dépendra des moyens que l’alliance américano-britannique mettra, pour enrayer le terrorisme musulman ». Ne trouvez vous pas que cette affirmation est pour le moins excessive et que l’extrémisme et la violence que connaît le monde ne sont pas l’apanage des seuls islamistes ?
C’est restrictif bien sûr comme affirmation, la phrase en entier est un raccourci. Mais il est vrai que les « moyens » sont une volonté et une condition nécessaire pour lutter contre le terrorisme, mais cette solution à elle seule n’est pas suffisante. Il s’agit aussi de bien cerner la définition même du terrorisme. Ce qu’il faut savoir c’est que « la nature ayant horreur du vide » il fallait trouver un bouc émissaire et la remplacer par une autre menace et aujourd’hui l’Islam porte le chapeau, comme ce fut le cas bien avant elle, avec le communisme. A mon avis la question est plutôt de savoir si les américains et les britanniques sont les seuls à pouvoir régler le problème ? La réponse est non.
Je me pose la question dans le même sens que l’on aurait pu la poser du temps du communisme. Question, rappelons le qui avait été envisagée différemment du temps de Mme Thatcher s’agissant de l’alliance anglo américaine. Alliance dont elle a été la restauratrice, car depuis 1945 les rapports entre les deux puissances étaient houleux. Même du temps des conversations entre Churchill, Roosvelt, Truman et Staline. Il est donc faux de croire que les britanniques « sont les caniches des américains ». Et du reste, que l’on veuille ou non, aujourd’hui il y a une grande puissance et ce sont les américains. C’est une grave erreur de critiquer à tout vent les américains car je crois que la France et l’Europe en général, et d’autres pays comme l’Australie, doivent jouer un rôle dans la lutte contre le terrorisme. Et pour revenir à l’affirmation de Monsieur Blair, il ne faut y voir que le reflet de l’orgueil britannique.
Devant l’entêtement de l’administration américaine de poursuivre une politique qui a échoué en Irak, l’Ex Président Carter a récemment déclaré qu’il tenait le premier Ministre britannique, pour le principal responsable de l’enlisement progressif des troupes d’occupation, n’ayant pas été de bon conseil pour le Président Bush. Partagez vous le
même sentiment ?Les « vieux Présidents feraient mieux de se taire et partir à la retraite », la question n’est pas de savoir « qui entraîne qui » ou si cela est justifié. L’histoire le dira, dans cinquante ans car on aura peut être pas la même vision des choses. Mais je pense, qu’il y avait certainement des raisons d’y aller. Mais « une fois qu’on y est, que faire ? Partir » ? C’est ce qu’a dit le Président Carter dans une de ses interviews. Mais cela ne veut rien dire ! Une fois sur le terrain « tout le monde se tire dessus » les chiites contre les sunnites, les gens du parti Baath etc. En Irak, il y avait une dictature qui avait une main mise terrible sur le pays, la raison était toute trouvée. Les britanniques et les américains, voyaient dans ce pays la menace d’une idéologie qui était à même de regrouper toutes les forces non démocratiques et anti américaines de la région. A terme, et ce indépendamment des ADM, il y avait une sérieuse chance, alimentée par le foyer israélo palestinien, alimentée par les extrémistes de tous bords, de créer un courant général anti américain. Courant, qui avait la particularité non pas d’être bipolaire comme du temps du communisme, mais multipolaire. Dés lors on voyait mal, l’Occident nucléariser la moitié de la planète. Les américains pensaient qu’en frappant l’Irak, ils pouvaient frapper dans le cœur du rassemblement des extrémistes anti occidentaux. A tort ou à raison, mais « il faut se mettre dans la peau des américains » depuis le 11 septembre. Ce n’est pas tout d’essayer de comprendre l’Islam, les musulmans, de justifier l’extrémisme, il faut aussi comprendre la position des occidentaux. Le monde n’est pas régi par les lois internationales, c’est une duperie et la seule vérité c’est que les peuples s’attaquent les uns les autres. Le réalisme impose de dire « qu’il n’ y a pas des bons et des mauvais » mais ce qu’il y a « ce sont des intérêts ».
Comment jugez vous la situation actuelle en Irak ? la paix dans le monde s’en est elle trouvée consolidée ? et le terrorisme affaibli ?
Pour l’alliance anglo britannique, frapper
l’Irak était premièrement le moyen de stopper le regroupement des extrémistes. Deuxièmement ce qu’il faut savoir, c’est que les britanniques n’entendent pas céder la place totalement aux américains. C’est une pierre d’échauffement entre les américains et les britanniques depuis toujours. Même du temps de la doctrine Monroe d’il y a cinquante ans, les américains étaient très en désaccord avec la vue impérialiste ex colonialiste des britanniques. Bien sûr à l’époque c’était le côté « idéal » des américains, et il était authentique. L’Irak étant une de leur création avec les français en 1917. L’intérêt pour ce pays, il faut le dire n’est pas uniquement lié aux raisons pétrolières mais il est stratégique. Ensuite ce qu’il faut savoir, c’est que les britanniques sans les américains « ne sont rien » et ce, doublement. D’une part, ils ne veulent pas faire partie d’une Europe intégrée, c’est véritablement ancré dans leurs gènes. Et de l’autre, c’est la séparation de l’église catholique avec Henri XVIII et plus tard avec Elizabeth I, qui explique ce refus de « prendre ses instructions » ailleurs qu’auprès de Westminster. Leur intérêt avant tout, c’est de garder leur puissance nucléaire, mais sans les américains ils n’ont pas les moyens financiers de la conserver. Il y a donc là un « bargain » entre les deux puissances. En échange d’une certaine légitimité internationale donnée par les britanniques, les américains leur donne à très bas prix une puissance nucléaire. Pensez vous que l’alliance anglo américaine ramènera le calme ? et que deviendra l’Irak ?
Les britanniques accordent un grand intérêt dans ce rôle de « courtier » qu’ils jouent auprès des américains et de l’Europe. L’histoire nous l’a prouvée avec la Guerre de Corée où sans les britanniques on aurait pu s’attendre à une guerre nucléaire. C’est donc aujourd’hui, inepte de dire « pliez bagages et partez » cela ne tient pas debout. Il faut reconstituer l’Irak, que le territoire ne soit pas éparpillé entre la partie Chiite et Sunnite, les kurdes en haut etc.
Il faut essayer de faire en sorte que l’Iran et la Syrie jouent un rôle si possible. Il faut que le plus rapidement possible les forces irakiennes reprennent 100% du pouvoir militaire et il est impératif de corriger la vision actuelle « d’un gâchis militaire ». Non il faut démontrer que les anglo américains et l’Occident « sont intervenus pour effectivement
éradiquer un foyer de terrorisme international » et abattre le régime de Saddam Hussein qui était très nocif. Je ne vois pas les britanniques, faire autre chose ou penser autrement. Pas un mot des discours de M. Blair, ces trois dernières années, ne laisse penser autre chose. Par ailleurs, les limites budgétaires britanniques imposent un retrait prochain de l’Irak et de l’Afghanistan. L’armée britannique aujourd’hui tourne à 100% de ses effectifs. Donc il faut arrêter de dire des « sottises », car l’impérialisme britannique et les colonies n’ont jamais rapporté d’argent et aucune étude n’a été capable de le prouver. Pour sauver l’Irak, il faudra un retour à la prospérité économique, relancer l’ouverture du commerce international. Et dans tous les discours de Blair, on retrouvera cette constante : « le libre échange » à lui seul serait capable de sauver le Monde.Quel est le bilan de l’Irak, selon vous? Et s’agissant du sort de Saddam, une pensée ?
A très court terme, on ne peut se permettre de « compter le nombre de morts du temps de Saddam Hussein à aujourd’hui », oui le bain de sang est là et la guerre a été horrible. Oui il y a eu une « overreaction des américains » après les attentats du 11 septembre. Et il est vrai qu’ils ont une vision raccourcie du Monde. Mais le but recherché de cette guerre dans l’absolu, c’était de « permettre au peuple irakien de s’exprimer librement ». Sans avoir la menace de détentions arbitraires, de torture ou d’assassinats. C’était la volonté initiale des américains, bien sûr les dérapages sont inévitables dans toute guerre. Donc il faut arrêter « d’accuser les américains » ils ne sont pas coupables de tout. S’agissant du droit et du devoir d’ingérence, il faut rappeler les mots de Bernard Kouchner « il faut aller là où ça va pas » ! « Pourquoi pas au Darfour et plutôt en Irak » me direz vous ? Et bien c’est simple, le Darfour ne représente aucune menace aujourd’hui pour le monde, peut être demain.
Il faut donc « arrêter cette vision de Tintin et Milou du monde » ! Le monde est un amalgame de relations menaçantes. Le jugement de Saddam Hussein, il est vrai est très délicat, et les américains commettent une erreur fondamentale et absolue à vouloir le juger car « ils vont en faire un martyr » ! Il aurait fallu laisser cette tâche à un tribunal pénal international mais cela aurait signifié que l’Europe aurait un rôle à jouer.
On dit que la puissance d’un Etat doit être utilisé à des fins morales. Quel doit être le prix à payer par la victime pou mériter la rédemption ?
Mon opinion tout à fait personnelle, c’est que la résistance nationale doit se faire par les militaires et toujours par eux. Les cibles doivent être aussi militaires. Quand on touche les civiles, c’est inacceptable. Il ne faut pas mélanger les femmes et les enfants avec les combattants. Appriori on pourrait espérer « que nous avons fait suffisamment de progrès pour que la démocratie l’emporte ». Je crois fondamentalement, qu’il faudra régler le problème d’Israël et de la Palestine. Je suis pour un plan Marshall de la région, s’agissant de la Palestine. Il faudra provoquer une rupture et rendre les gens « des consommateurs ». Je raisonne ici en tant que capitaliste. A mon humble avis, c’est la seule solution pour faire revivre toute la région qui était déjà dans l’histoire, le fief du commerce. Je suis ici totalement britannique, et je reste convaincu que tout ce qui pourrait empêcher le libre commerce, serait une grave erreur.
Merci monsieur Carré.
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