FRANCK SORBIER. PARIS : « Quand la magie du Cirque, se fait magique Haute Couture »



Par Fériel Berraies Guigny. Paris
C’est dans les ateliers de la maison de Couture « Love-Birds » de Franck Sorbier, que nous avons rencontré la nouvelle coqueluche de la haute couture parisienne nouvelle génération. A la rencontre « in private » d’un homme que nous avons découvert humaniste, généreux et surtout visionnaire pour son époque. Dans sa couture, Sorbier a gardé un regard lucide, par rapport à une industrie des plus impitoyable et superficielle. Cette authenticité, on l’a retrouvée tant dans le choix des thématiques de ses spectacles défilés, que dans ses rapports avec les femmes et son implication personnelle, quand il s’agit de créer la pièce « unique ».

Entretien avec le couturier:



Vous avez gardé un regard d’enfant dans votre couture, vous puisez beaucoup dans les univers ludiques et oniriques, « refusez vous de grandir » ?
Un défilé ne se limite pas à un simple aller retour sur un podium, je demande à mes mannequins de jouer des rôles et je crée tout un univers autour de la couture. Par ailleurs, le choix de mes thématiques « légères » est motivé par le fait que je trouve que le monde traverse aujourd’hui beaucoup de drames. Je pense que les gens ont besoin de rêver, de s’échapper. Aujourd’hui la mode est devenue très cynique et les médias réclament des images fortes et donc il y a une espèce de surenchère la dessus. Et donc garder un regard « d’enfant » ce n’est pas plus mal. Par ailleurs, la couture, doit réussir à faire dégager des émotions. Aujourd’hui les défilés contemporains ont perdu cette charge émotionnelle. Mes défilés ont cette particularité d’être de véritables tableaux de vie, des voyages dans le temps et à travers les cultures. Car il faut également donner un cachet universaliste à la création, c’est un langage qui doit rapprocher les peuples et non les diviser. J’ai fait des collections évoquant l’Orient et l’Afrique et l’Opéra et cela permettait aux gens de se retrouver parmi toutes ces histoires. Le rôle des couturiers c’est également de montrer le beau qu’il peut y avoir dans ce monde. Nous devons également mettre la femme en avantage et non l’avilir. Mettre un peu de paillettes pour dire que l’espoir n’est pas perdu.

On vous compte parmi les couturiers les plus créatifs de votre génération, vous en pensez quoi ? avez-vous une muse ? vos sources d’inspiration ? pour cette saison vous avez choisi le ludique et l’imaginaire avec le cirque, pourquoi ?
Je n’ai pas de muse, mais disons que toutes les femmes de ma vie ont été une source d’inspiration. Je fais parti des rares couturiers qui assistent aux essayages et qui suivent de prés les clientes. S’agissant de la mode dans le spectacle, mon expérience avec Myléne Farmer a été très intéressante. Ce fut une très belle aventure. J’ai dessiné les tenues de scènes pour ses 13 concerts à Bercy en janvier 2006. Il est toujours intéressant de travailler avec des gens qui sont conscients de leur image. Pour Myléne et ses choristes on a fait vraiment de la haute couture, on a fait des robes en biais et tout était sur mesure. Avec Myléne, comme on était plus habitués à son côté « garçon », il était intéressant d’exploiter le côte féminin qui est justement en accord avec sa maturité actuelle. J’ai également fait de la haute couture pour Johnny Hallyday cette année.
Comment voyez vous la femme qui porte votre griffe ?
on me pose toujours cette question et il est vrai qu’il n’y a pas véritablement une « femme Franck Sorbier » mais des « femmes Franck Sorbier » c'est-à-dire celles qui ont fait parti de ma biographie. J’habille les femmes qui me plaisent et le privilège de la Haute Couture c’est également de pouvoir travailler avec des personnes tout en ayant un contact étroit. Chose que l’on ne fait pas dans le prêt-à-porter puisque l’on habille la masse. Je suis présent durant les essayages et les grands couturiers ont tendance à ne plus le faire. J’ai eu le privilège d’habiller plusieurs fois la princesse Catherine Aga Khan .Pour ce qui est tailles et de l’âge, on va de la robe de mariée c'est-à-dire des femmes de 18 à 30 ans mais nous avons également des femmes mûres de soixante ans. La haute couture n’impose pas, c’est ce qui est intéressant et nous tenons compte des particularités d’une cliente, sa personnalité, ses goûts.
Que pensez vous d’une Couture devenue de plus en plus « trash » caractérisant certaines grandes marques contemporaines ?
C’est vrai qu’aujourd’hui si la mode est particulière et provocatrice c’est aussi parce qu’il y a un marché demandeur, on aime les images chocs. Le sensationnel est toujours vendeur. Mais ce qui est important dans la haute couture, c’est qu’il y ait une vraie identité de griffe. Les marques relativement récentes qui sont très marketing comme par ex Donna Karan ou Calvin Klein, ont du mal à se distinguer des autres. D’un autre côté même dans la Haute Couture il y a le noir ou le blanc, on aime ou on n’aime pas. Mais tout le monde a le droit d’exister. Personnellement, je suis pas toujours d’accord avec la vision de John Galliano s’agissant de la femme, même s’il ne fait que suivre le reflet des temps actuels, après tout « le monde est un peu zinzin ». Je suis peut être pas en accord avec le monde d’aujourd’hui mais je préfère projeter des images positives que destructrices. Un corps dévoilé, c’est pas ce qu’il y a de plus excitant ! Suggérer c’est plus important et la volupté ne doit pas toujours être mise en évidence.
Votre technique, vos couleurs et matières de prédilection ?
On essaie surtout de transformer beaucoup les tissus et c’est ce qu’on fait avec la dentelle où l’on peut avoir plusieurs types de dentelle sur une même pièce. Au niveau des formes je reste simple. Les volumes restent assez naturels pour ne pas cacher le corps de la femme. Il y a deux types de travaux dans ma couture : ce que je couds avec ma machine et j’aime particulièrement le travail sur le tulle surpiqué. Sinon il y a également un travail artisanal, entièrement fait à la main, comme les broderies etc. On essaye ensuite de mélanger les deux. Mon envie dans la couture c’est de pouvoir marquer par un style à part. La compression pour moi reste notre particularité. Dans l’histoire de la compression il y a beaucoup de surpiqûre mais aucune couture. On dirait que cela est fait sur un moule qui enveloppe le corps. Pour se faire un nom, il y a la présentation, la couture et le style des matières. C’est ainsi que nous marquons notre territoire. Pour ce qui est des couleurs, j’adore le rouge et sous toutes ses formes. En Europe, cette couleur est associée avec le diable, pourtant ailleurs elle est source de vie et de passion. La collection sur les sentiers de l’encens, a eu d’ailleurs beaucoup de succès, c’était principalement en rouge. On avait créé un tableau orientaliste qui aurait pu faire penser à un tableau de Delacroix, il y avait des tapis persans et des joueurs de luth iraniens. Un des mannequins qui était grec avait même fait la danse du ventre. C’est une collection que nous avons beaucoup vendue.
Songeriez vous au prêt-à-porter ou à la moyenne Couture ?
au début de ma carrière j’ai commencé par le prêt-à-porter et j’ai eu beaucoup de succès au Japon et aux Etats-Unis. Aujourd’hui étant très absorbé par la Haute Couture, j’ai de moins en moins de temps. Si j’avais à y revenir, il faudrait que j’en refasse qui soit véritablement différente de la première. Quant à la moyenne couture, c’est un concept qui je pense est peu réaliste, car la Haute Couture prend déjà beaucoup de temps et il y a une qualité de travail et une charge assez onéreuse qui fait que si nous faisions de la moyenne couture, cela nous reviendrait extrêmement chère et nous travaillerions à perte. Et puis il y a des standards de qualité qu’il faut que l’on continue à respecter.
La femme européenne par rapport à la femme orientale ?
S’agissant des orientales c’est un vrai bonheur que de les habiller, je pense même que c’est culturel, c’est la même chose pour la notion d’hospitalité, de cuisine chez vous. Mais les européennes, c’est moins évident, pour certaines c’est un véritable calvaire que de faire des essayages. D’ailleurs la parisienne brille actuellement par son désir de ne pas s’habiller, elle considère cela comme « ringard » elle préfère le jeans et les baskets et c’est une attitude de snobisme plus qu’autre chose ! De plus il y a une notion de « jeunisme » qui fait que les femmes recherchent plus les jeans diesel taille basse que le pantalon à pinces. Nous avons fait des robes pour quelques femmes moyen orientales, surtout saoudiennes. Mais c’est un marché restreint On fait par contre beaucoup de parutions dans les journaux arabes. Mais ma clientèle reste française.
Songeriez vous à d’autres marchés ?
pour l’instant notre maison de Couture essaye de répondre aux besoins de la clientèle parisienne et européenne, mais nous sommes également vendus aux Etats-Unis au Japon, nous vendons au Koweït et au Liban. Mais il est vrai que le marché nord africain qui est nouveau pour nous, serait très intéressant à découvrir.
Merci monsieur Sorbier


BIOGRAPHIE FRANCK SORBIER
Après des débuts très remarqués chez Chantal Thomas et Thierry Mugler, Franck Sorbier présente sa première collection en 1987.
Puis des grands magasins : Bergdorf Goodman, Neiman Marcus aux USA, Seibu au Japon le remarquent. Il en profite pour lancer sa propre marque afin de commercialiser des vêtements féminins haut de gamme, sous son nom.
En 1994, tout s'enchaîne très vite. Son chemin rencontre celui de la Maison Cartier qui lui offre dès mars 1995 la possibilité de présenter sa collection automne hiver 95/96 dans la cour des grands, au Carrousel du Louvre.
En 1996, la Fédération Française de la Couture et du Prêt à porter des Couturiers et Créateurs de Mode l'intègre en qualité de membre, parrainé par Jean Paul Gaultier et Sonia Rykiel. Il ne lui aura fallu que six années pour se hisser parmi les grands, une prouesse inhabituelle dans ce milieu très fermé et exigeant.
En 1999 -Yves Salomon célèbre fourreur, croisera sa route, puis Vuarnet, pour qui Franck créera un modèle de lunette. La même année, sur un nombre important de dossiers présentés au cercle prestigieux de la HAUTE COUTURE, deux seront cooptés, Franck Sorbier est l'un d'eux. Il présentera sa première collection, sous les applaudissements d'un public charmé.
Depuis, il évolue à grands pas de géant, toujours accompagné de sa fidèle Paulette, sa complice des premiers jours, sa fidèle machine à coudre Singer ...
Ses dernières collections n’ont de cesse que de nous faire rêver. Poésie et créativité au rendez vous. Chacun de ses défilés nous ouvre la porte d’un monde enchanteur et onirique. Pour la collection hivernale 2007, le poète de la Haute Couture française, nous transporte dans l’univers ludique du Cirque. Qui a donc dit que la Haute Couture pouvait manquer de fantaisie et rimer avec mortel ennui ?
En 2008, une rétrospective sur Franck Sorbier sera présentée au musée des tissus à Lyon.
Thématique de sa dernière Collection : « Piste des Etoiles, automne 2006 hiver 2007.
Depuis quelques saisons, Franck Sorbier nous avait habitués au Lido pour ses défilés. Cette saison, il change de cadre pour mieux nous enchanter et a choisi : le Cirque d'hiver Bouglione. Un lieu de prédilection pour le couturier, un espace à la mesure de sa créativité. Pour sa ligne hivernale, Franck Sorbier revisite le costume de l'artiste de cirque à travers le philtre enjôleur de la haute couture avec une élégance toute féminine. L'humour est de mise avec une dompteuse en robe longue et des petits garnements, des femmes clowns, des jongleurs et des trapézistes. Thématique reprise près de 70 ans après Elsa Schiaparelli, qui avait placé sa collection sous le thème du cirque. Cette collection est abondante en broderies, pour le plus grand bonheur de ces dames, noir et or sur un tutu compressé, métal sur un manteau, paillettes bleues sur une veste. Eblouissement avec cette robe entièrement constituée de perles plates de passementerie noire rebrodée de perles de Tahiti. Magie des yeux et merveille des sens, le couturier nous a offert un spectacle de toute beauté, saupoudré de la magie d’une scène toujours en mouvement. Merci monsieur Sorbier pour ce petit plongeon dans notre enfance, vous avez le talent de nous faire rêver encore et toujours.


Fériel Berraies Guigny

www.journaliste.montaf.com
feriel.book.fr


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