ABD EL MALIK : le Jacques Brel du Rap remporte le prix Constantin



Par Fériel Berraies Guigny. Paris
Chanteur des cités, slammeur de cœur, se disant « un pur produit républicain, démocrate, laïc, noir, musulman et alsacien » Abd el Malik a décidemment arpenté tous les chemins de la vie pour arriver à celle de la réussite.
De la violence à la religion, il a vécu tous les extrêmes. Mais bien qu’ayant arpenté les chemins de la « haine », il a choisi de s’en affranchir. Il a été guidé par sa bonne étoile et par une foi inébranlable en « l’autre ». Il s’est tourné ensuite vers les livres, la culture, le soufisme et son regard sur le monde s’en est trouvé changé. Pourtant il avait tout pour échouer, fils d’immigré, noir, pauvre, élevé par une mère seule avec six frères et sœurs. Il a connu la délinquance des cités : vols et trafics en tous genres, argent facile, frime et rapports de force. Ce chanteur, d’origine congolaise, s’est converti à l'islam, il a parcouru les routes de France pour prêcher dans des mosquées de fortune. Il ne compte plus ceux de ses compagnons qui ont été victimes de la violence, qui sont morts d'overdose ou ont cédé à un islamisme agressif, en marge de la société.
Abd al Malik avait tout pour entrer dans l'univers de « la haine », pour franchir le pas qui va de la rébellion adolescente à la violence concrète. Leader du groupe de rap NAP (New African Poets), il a choisi la rédemption. Et la bénédiction qu'il appelle aujourd'hui sur son pays d'accueil embrasse juifs, chrétiens ou laïcs, et les femmes. Abd El Malik a trouvé sa voie dans le soufisme, islam lumineux centré sur l'amour universel qui l'a réconcilié avec l'esprit de la citoyenneté, et l'a fait entrer dans le « Face à face des cœurs ».

Avec son premier roman « Qu’Allah bénisse la France » aux Editions Albin Michel, Abd El Malik explique que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, mais que l’espoir est en chacun de nous, tout comme le message de Martin Luther King, le disait « Ne croupissons pas dans la vallée du désespoir…»
A travers sa poésie, ses métaphores et ses chansons, le chanteur redessine le monde. En 2004, son premier album sort, et son livre, tous deux porteurs d’un message, d’une envie de toucher par les mots. Ce troubadour urbain, a su allier une langue où se reflètent la philosophie des lumières, et la prose de l’écriture. Sa musique est un subtil mélange de soul avec un accompagnement instrumental volontairement sobre. Cultiver le rythme, l’esprit avec cet air du temps qui lui est si particulier. Récompensé par le prix Constantin ce mois de novembre 2006, ce chanteur nous propose avec son second album « Gibraltar » une musique de l'âme et de l'esprit qui n'a jamais aussi bien porté son nom. Mélange de jazz et de slam , à découvrir.


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Fériel Berraies Guigny

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