Faouzia ZOUARI nous raconte l’exil au féminin



De la journaliste Fériel Berraies Guigny, Paris.
Fawzia Zouari, née au Kef, vit en France depuis 1979. Docteur en littérature française et comparée, elle est aujourd’hui journaliste à Jeune Afrique. Elle a présidé le Cercle des intellectuels maghrébins à Paris et le Comité des femmes créatrice arabes. Elle a travaillé 10 ans pour l’Institut du Monde Arabe à différents postes et notamment en tant que rédactrice du magazine “Quantara”. Aujourd’hui elle nous revient avec la retournée, un roman où elle va en quête d’elle-même. L’histoire de Rym, qui revient au pays à la mort de sa mère, et qui doit assumer sa condition de retournée . ( Le mot désigne en Tunisie ceux qu'on accuse de traîtrise et de reniement ).
Thème de l’exil cher à ceux qui sont expatriés, intellectuels ou pas et que nous retrouvons également dans la première fiction de l’algérien Sabah Ameur Zaimeche présentée à Cannes en hors compétition, dans « Bled Number One ». Soit le retour aux sources et le mal être qu’il provoque quand il est forcé. Cet écartèlement entre la patrie d’origine et la patrie d’adoption où l’on a grandi, est le grand problème aujourd’hui de toute une génération d’enfants nés de l’immigration ou de mariages mixtes. La vision de Fawzia Zouari est lucide et touchante, elle nous raconte cet exil vécu au féminin et tout l’opprobre social qu’il constitue quand une femme décide de retourner à un pays qui ne l’a pas vu grandir. Choc culturel, rejet social, tabous sont aux premier plan.
La bi-culturalité vécu dans ses plus grands tourments, alors que de tout temps elle fut source de richesse. Le poids des traditions versus la modernité et la liberté. L’émancipation de la femme occidentale qui vient encore une fois narguer la femme arabe et lui rappeler qu’il y a encore bien du chemin à faire dans les mentalités, qu’importe qu’il y ait un code du statut personnel ou pas. La femme qui « a vendu son âme » en s’expatriant ou en se mariant avec un étranger, est par définition fautive, voilà toute une polémique sociale qui n’est pas prête de s’estomper dans nos sociétés arabes. Ces femmes qui partent, presque considérées comme des femmes de mauvaise vertu, alors que leur seul objectif était d’aspirer à un avenir meilleur. Fawia Zouari a publié, Pour en finir avec Shahrazad , (Cérès, Tunis, 1996), Essai ; Ce pays dont je meurs , (Ramsay, 1999), Roman et La retournée (Ramsay, 2002) paru en 2006 en livre de poche.


C’est aux côtés de youssef Seddik, agrégé de philosophie et anthropologue,chargé de conférence à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, que la romancière a évoqué lors de son dernier passage ce mois de juin en Tunisie, le statut d’intellectuel tunisien en France. Le dialogue ayant été axé sur les derniers ouvrages, mais également sur la construction entre la culture arabe et la culture européenne. Une thématique récurrente que l’on retrouve aussi bien dans les réflexions des écrivains maghrébins de langue française, comme Tahar Bekri, Tahar Ben Jalloun, Hélé Béji, Assia Djebbar et Amin Maalouf. Ou la francophonie en question dans un monde qui vire dangereusement vers le modèle unique de l’arabisation. Au grand dam de certains de ces écrivains qui continuent de défendre la langue francaise envers et contre tout. Complexité, trahison ou la richesse ? là est tout le débat !
A rappeler que Youssef Seddik est né à Tozeur, il est agrégé de philosophie et anthropologue. Chargé de conférences à l’ةcole des hautes études en sciences sociales, il a enseigné la pensée islamique moderne à la Sorbonne. Directeur d’une maison d’édition spécialisée dans les livres pour la jeunesse entre 1984 et 1987, il fut également grand reporter au journal la Presse entre 1975 et 1983. Il a publié de nombreux essais et traductions autour du patrimoine classique arabe et islamique. Dans Qui sont les barbares ?, paru en mai 2006 aux éditions Cérès, il se présente à travers sa culture arabe et islamique en affirmant que la culture occidentale, qu’il connaît bien, n’a jamais vraiment eu prise sur lui. Il a publié de nombreux ouvrages dont : à l’Aube, Le Coran, autre lecture, autre traduction (2002), Nous n’avons jamais lu le Coran (2004) et Le Grand Livre de l’interprétation des rêves (2005).
Il nous revient en Tunisie ce mois de juin pour discuter justement de sa dernière publication « Nous n’avons jamais lu le Coran ».
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Fériel Berraies Guigny

www.journaliste.montaf.com
feriel.book.fr

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