De la journaliste franco tunisienne à Paris, Fériel Berraies Guigny
Après des études à l’École des Beaux-arts de Montréal, Tahani Rached s’engage très vite dans le milieu communautaire et syndical, où elle fera ses premières armes en production vidéo. Son premier film, en 1972, Pour Faire Changement est un documentaire produit par Le Vidéographe qui annonce l'ensemble de son oeuvre.
Son premier long-métrage, Les voleurs de jobs, examinera le rapport au travail des nouveaux arrivants. « On enferme souvent l’immigration dans un rapport à la culture, alors que c’est un phénomène déterminé par l’obligation de travailler. Immigrer, ce n’est pas une décision que l’on prend de gaieté de cœur. C’est un arrachement. » .Elle enchaînera ensuite en tournant pour Radio Québec une série de six demi-heures sur la communauté arabe du Québec. Elle rejoint officiellement les rangs de l’ONF (Office National du Film) en 1980 jusqu’à 2004. Pour elle, la guerre, la violence, l’identité, l’appartenance, l’exil et les affres de l’immigration sont autant de thèmes qui ont profondément influencé sa vision du monde et ses œuvres cinématographiques.
Le cinéma de Tahani Rached est un cinéma de la vie, un cinéma à l’écoute comme quand elle est partie dans les territoires occupées pour parler des femmes palestiniennes et qu’en ces mots elle disait simplement que son cinéma était « l’oreille grande ouverte pour entendre ce que les femmes ont à raconter ». Sans complaisance ni exagération, sa caméra est empreinte de vérité, et a abordé bien des thèmes sensibles : la guerre, dans Beyrouth! À Défaut d'être Mort (1983); les ressources des démunis, dans les chansons d’Au Chic Resto Pop (1990); le combat d'un médecin contre le sida, dans Médecins du Cœur (1993). Dans Quatre Femmes d'Égypte (1997), quatre personnes totalement différentes ne font qu'une pour parler de quête de sens et de tolérance à travers cinquante ans d'histoire de l'Égypte moderne. Toute une équipe d'une salle d'urgence témoigne de la souffrance au travail dans Urgence! Deuxième souffle (1999). Avec À Travers Chants (2001), elle va chercher dans une chorale la substance qui permet de renouer avec les rapports sociaux, d'élever l'âme et de créer de la beauté. Amoureuse de ses racines, pour elle l’Egypte qu’elle a quittée trop tôt est une partie indissociable d’elle-même, une partie qui a fait d’elle une femme proche des questions qui touchent les femmes arabes. En 2003, avec Soraida, une Femme de Palestine, elle explore le questionnement, l'imaginaire, l'âme d'une Palestinienne, sa famille, son quartier, une Nation qui fait l'impossible pour survivre à la guerre et à l'enfermement.
Enfin, en 2006, c’est en Égypte qu’elle tourne El-Banate Dol (Ces Filles-Là), le film le plus récent produit par Studio Masr. Film qui sera présenté hors compétition (le 21 et le 22 mai) au Festival de Cannes et qui nous a amené à la rencontrer dans « les coulisses » et avant les festivités. Long-métrage documentaire, ce film est en sélection officielle hors compétition - Cannes 2006. Produit par le mythique Studio Masr, le foyer où s’est écrit le cinéma égyptien. Avec, les vedettes qui l’ont incarné de l’éternelle diva Om Kalsoum à Farid El Attrach ou encore Soad Hosni. Ce film est une production cent pour cent égyptienne.
La cinéaste a gracieusement accepté de répondre aux questions de Réalités, en nous donnant une interview en exclusivité à Paris, le 16 mai, la veille de son départ au Festival de Cannes.
Tahani RAched, votre cinéma est authentique, et on dit que vos protagonistes prennent en charge leur propre histoire, expliquez nous ?
C’est ma manière de travailler. Avant d’entamer un
documentaire, je fais toujours de longues recherches, je choisis des personnages qui me touchent. Après cela, il est vrai que je donne à mes personnages la possibilité de choisir la « place qu’ils veulent prendre dans le film ». Je ne dirige pas vraiment, je privilégie l’échange. Bien sur, je garde un regard particulier sur les « choses » mais je ne l’impose pas et à travers ce regard, il n’y a aucun jugement.
Votre cinéma est humaniste, est-il le découlement naturel de votre parcours?
Les personnes avec qui je travaille sont plus que des « personnages de parcours » ce sont des personnes avec qui j’établis et entretiens une relation véritable et durable dans le temps. J’ai un véritable rapport d’amour et d’amitié avec mes personnages. J’ai des relations qui datent d’il y a trente ans, à partir des films que j’ai fait. Je « vis avec ce que je filme ». J’aime mes personnages et je voudrais que le spectateur les aime également. Alors qui, on peut dire que ma « vision « est humaniste autant qu’elle est engagée.
Dans votre dernier film documentaire « El Banate Dol » qui va paraître au festival de Cannes, vous abordez un problème social « les enfants des rues » pourquoi avoir choisi les filles ?
Pourquoi pas ? J’ai rencontré à une certaine époque le producteur Karim Gamel El Dine, avec qui j’ai entretenu des rapports d’amitiés depuis des années. Je l’avais revu dernièrement et à cette période là, j’ai été en contact avec une personne qui travaillait avec les enfants des rues. J’en ai ensuite parlé à Karim Gamel El Dine en lui disant « ça c’est un beau sujet de film ». Les années ont passé, je suis retournée travailler au Canada. En 2004, mon contrat avec l’Office National du Film, étant terminé, j’ai décidé de retourner en Egypte pour voir ma famille. J’ai revu donc mon ami producteur. J’ai ensuite été mise en contact avec une personne qui s’occupait des filles des rues, elle m’a fait découvrir son travail dans le « milieu » et je me suis retrouvée avec des filles, pour qui j’ai développé un véritable rapport affectif. J’ai passé trois à quatre mois dans la rue avec les « filles », j’ai continué à fréquenter « hind » la dame qui s’occupe de cette association de bénévoles. Et trois à quatre mois après j’ai commencé à tourner mon documentaire.
Vous a t-il été facile de les approcher, au vu des contraintes sociales et du regard des autres ? Quel est le message que vous voudriez passer ?
Cela dépend de la façon dont on approche les enfants des rues. En Egypte il y a une prise de conscience réelle de la situation des enfants des rues. Maintenant, il est vrai que mon film pose peut être la problématique de façon plus directe et sans barrière. Néanmoins, y a un tissu social en Egypte qui est très fort, une sorte de solidarité dans la misère, une humanité restée très forte et c’est ce que j’ai essayé de démontrer à travers le documentaire. J’ai été par ailleurs très étonnée de constater qu’en Egypte, cette réalité n’était pas occultée. Les gens ne sont pas heureux de cette situation mais ce n’est pas pour autant, qu’ils font de la dénégation. Le message de mon film est clair j’ai voulu démontrer toute la force et la volonté de ces filles qui font face à leur destin. Ce ne sont pas des victimes, elles ont choisi « leur vie » : certaines ont choisi de fuir le foyer familial, d’autres étaient abandonnées dans des orphelinats, d’autres ont tenté de fuir la misère. Ce qu’il faut retenir avant tout, c’est que les enfants des rues ne sont pas « perdus » mais des enfants « en danger » !
Mais ils restent porteur de vie et d’espoir, car il se battent au quotidien, et qu’ils sont par conséquent, plus forts que les autres enfants. J’espère simplement, que ces enfants de la rue que « l’on croise sans jamais voir, seront plus visibles » après ce documentaire.
Quel effet cela vous fait de le présenter à Cannes ?
Et bien je suis extrêmement heureuse, je suis « sur un petit nuage » et je pense que cela sera une expérience mémorable pour moi.
le 25 mai, dans la rubrique « un certain regard » à Cannes il y aura la journée du film tunisien, connaissez vous la Tunisie, le cinéma tunisien ?
Oui j’ai eu quelques expériences tunisiennes à vrai dire. En 1976 j’ai passé six mois en Tunisie dans le cadre d’un projet financé par une ONG, qui m’avait demandé de travailler en collaboration avec les fédération tunisienne des cinéastes amateurs, en vue de mettre sur pied une unité de production vidéo. A l’époque je travaillais dans la vidéo au Canada. C’est à cette occasion que j’ai connue votre beau pays. Je suis retournée en Tunisie plusieurs années après, pour tout vous dire, il y a trois ans pour le festival de Carthage, à l’occasion de mon film « Soraida » une femme de Palestine. Et l’année dernière, j’étais au festival de Kélibia, comme membre du jury de la fédération tunisienne des cinéastes amateurs. A travers les années et mes voyages, j’ai rencontré beaucoup de personnalités du cinéma tunisien, dont Ridha El Bahi et Moufida Tlatli que j’adore ! J’ai particulièrement aimé son dernier film « la saison des hommes ».
Elle nous a confié par ailleurs, la profonde affection qu’elle voue à notre pays et à une de nos cinéastes tunisiennes « Moufida Tlatli ». « Une rencontre formidable et un gros coup de cœur » ajoute-t-elle !
Pensez vous que le septième art arrivera à démystifier l’image négative du monde arabe ?
Ma vision des choses est simple et elle n’a pas changé, depuis le début et surtout après le film les « quatre femmes d’Egypte », qui est situé avant le 11 septembre et après la chute du Mur de Berlin. Ma mère et ma grand mère m’ont éduquée à être une femme arabe forte ! Donc pas de victimisation ! Si les autres me regardent différemment, c’est leur problème, moi j’ai ma propre identité et personne n’a le droit de m’enfermer dans son regard. Le gouvernement de Bush nous a relégué, il est vrai à des stéréotypes criminels que je réfute et qui sont dangereux pour nos sociétés. Mais mon cinéma se limite à nos propres réalités et à mes propres convictions surtout. La solitude en Occident aujourd’hui me sidère, pourtant ce sont des sociétés plus nanties. En contraste, notre monde et notre culture ont su malgré tout, garder une certaine humanité face à la dureté de la vie et à la misère. Il y a véritablement, un rapport solidaire qui a su traverser les classes et le temps. Il est vrai qu’aujourd’hui, faute de moyens nos gouvernements ont beaucoup de travail à faire, mais l’essentiel c’est que l’on est loin d’être déshumanisés.
Merci Tahani Rached
El-Banate Dol
Synopsis :
El-Banate Dol Ces Filles-là est un long-métrage
documentaire qui nous plonge dans l'univers des adolescentes qui vivent dans les rues du Caire, une rue qui est tout à la fois un espace de violence, d'oppression et de liberté. Y vivre, c'est vivre au coeur de la violence, obligatoirement dans l'instant présent, en dehors de toutes normes et prescriptions, mais toujours au gré de son coeur et de ses désirs. Marginalisées et rejetées, Tata, Mariam, Abir et Donia sont étonnement modernes et libres dans une société si prude et normative.
Fiche Technique :
Réalisateur: Tahani Rached
Producteur: Karim Gamal El Dine
Production: Studio MASR, Egypte, Sortie: 2006
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Fériel Berraies Guigny
www.journaliste.montaf.com
feriel.book.fr
Après des études à l’École des Beaux-arts de Montréal, Tahani Rached s’engage très vite dans le milieu communautaire et syndical, où elle fera ses premières armes en production vidéo. Son premier film, en 1972, Pour Faire Changement est un documentaire produit par Le Vidéographe qui annonce l'ensemble de son oeuvre.
Son premier long-métrage, Les voleurs de jobs, examinera le rapport au travail des nouveaux arrivants. « On enferme souvent l’immigration dans un rapport à la culture, alors que c’est un phénomène déterminé par l’obligation de travailler. Immigrer, ce n’est pas une décision que l’on prend de gaieté de cœur. C’est un arrachement. » .Elle enchaînera ensuite en tournant pour Radio Québec une série de six demi-heures sur la communauté arabe du Québec. Elle rejoint officiellement les rangs de l’ONF (Office National du Film) en 1980 jusqu’à 2004. Pour elle, la guerre, la violence, l’identité, l’appartenance, l’exil et les affres de l’immigration sont autant de thèmes qui ont profondément influencé sa vision du monde et ses œuvres cinématographiques.
Le cinéma de Tahani Rached est un cinéma de la vie, un cinéma à l’écoute comme quand elle est partie dans les territoires occupées pour parler des femmes palestiniennes et qu’en ces mots elle disait simplement que son cinéma était « l’oreille grande ouverte pour entendre ce que les femmes ont à raconter ». Sans complaisance ni exagération, sa caméra est empreinte de vérité, et a abordé bien des thèmes sensibles : la guerre, dans Beyrouth! À Défaut d'être Mort (1983); les ressources des démunis, dans les chansons d’Au Chic Resto Pop (1990); le combat d'un médecin contre le sida, dans Médecins du Cœur (1993). Dans Quatre Femmes d'Égypte (1997), quatre personnes totalement différentes ne font qu'une pour parler de quête de sens et de tolérance à travers cinquante ans d'histoire de l'Égypte moderne. Toute une équipe d'une salle d'urgence témoigne de la souffrance au travail dans Urgence! Deuxième souffle (1999). Avec À Travers Chants (2001), elle va chercher dans une chorale la substance qui permet de renouer avec les rapports sociaux, d'élever l'âme et de créer de la beauté. Amoureuse de ses racines, pour elle l’Egypte qu’elle a quittée trop tôt est une partie indissociable d’elle-même, une partie qui a fait d’elle une femme proche des questions qui touchent les femmes arabes. En 2003, avec Soraida, une Femme de Palestine, elle explore le questionnement, l'imaginaire, l'âme d'une Palestinienne, sa famille, son quartier, une Nation qui fait l'impossible pour survivre à la guerre et à l'enfermement.
Enfin, en 2006, c’est en Égypte qu’elle tourne El-Banate Dol (Ces Filles-Là), le film le plus récent produit par Studio Masr. Film qui sera présenté hors compétition (le 21 et le 22 mai) au Festival de Cannes et qui nous a amené à la rencontrer dans « les coulisses » et avant les festivités. Long-métrage documentaire, ce film est en sélection officielle hors compétition - Cannes 2006. Produit par le mythique Studio Masr, le foyer où s’est écrit le cinéma égyptien. Avec, les vedettes qui l’ont incarné de l’éternelle diva Om Kalsoum à Farid El Attrach ou encore Soad Hosni. Ce film est une production cent pour cent égyptienne.
Entretien avec Tahani Rached :
La cinéaste a gracieusement accepté de répondre aux questions de Réalités, en nous donnant une interview en exclusivité à Paris, le 16 mai, la veille de son départ au Festival de Cannes.
Tahani RAched, votre cinéma est authentique, et on dit que vos protagonistes prennent en charge leur propre histoire, expliquez nous ?
C’est ma manière de travailler. Avant d’entamer un
documentaire, je fais toujours de longues recherches, je choisis des personnages qui me touchent. Après cela, il est vrai que je donne à mes personnages la possibilité de choisir la « place qu’ils veulent prendre dans le film ». Je ne dirige pas vraiment, je privilégie l’échange. Bien sur, je garde un regard particulier sur les « choses » mais je ne l’impose pas et à travers ce regard, il n’y a aucun jugement.Votre cinéma est humaniste, est-il le découlement naturel de votre parcours?
Les personnes avec qui je travaille sont plus que des « personnages de parcours » ce sont des personnes avec qui j’établis et entretiens une relation véritable et durable dans le temps. J’ai un véritable rapport d’amour et d’amitié avec mes personnages. J’ai des relations qui datent d’il y a trente ans, à partir des films que j’ai fait. Je « vis avec ce que je filme ». J’aime mes personnages et je voudrais que le spectateur les aime également. Alors qui, on peut dire que ma « vision « est humaniste autant qu’elle est engagée.
Dans votre dernier film documentaire « El Banate Dol » qui va paraître au festival de Cannes, vous abordez un problème social « les enfants des rues » pourquoi avoir choisi les filles ?
Pourquoi pas ? J’ai rencontré à une certaine époque le producteur Karim Gamel El Dine, avec qui j’ai entretenu des rapports d’amitiés depuis des années. Je l’avais revu dernièrement et à cette période là, j’ai été en contact avec une personne qui travaillait avec les enfants des rues. J’en ai ensuite parlé à Karim Gamel El Dine en lui disant « ça c’est un beau sujet de film ». Les années ont passé, je suis retournée travailler au Canada. En 2004, mon contrat avec l’Office National du Film, étant terminé, j’ai décidé de retourner en Egypte pour voir ma famille. J’ai revu donc mon ami producteur. J’ai ensuite été mise en contact avec une personne qui s’occupait des filles des rues, elle m’a fait découvrir son travail dans le « milieu » et je me suis retrouvée avec des filles, pour qui j’ai développé un véritable rapport affectif. J’ai passé trois à quatre mois dans la rue avec les « filles », j’ai continué à fréquenter « hind » la dame qui s’occupe de cette association de bénévoles. Et trois à quatre mois après j’ai commencé à tourner mon documentaire.
Vous a t-il été facile de les approcher, au vu des contraintes sociales et du regard des autres ? Quel est le message que vous voudriez passer ?
Cela dépend de la façon dont on approche les enfants des rues. En Egypte il y a une prise de conscience réelle de la situation des enfants des rues. Maintenant, il est vrai que mon film pose peut être la problématique de façon plus directe et sans barrière. Néanmoins, y a un tissu social en Egypte qui est très fort, une sorte de solidarité dans la misère, une humanité restée très forte et c’est ce que j’ai essayé de démontrer à travers le documentaire. J’ai été par ailleurs très étonnée de constater qu’en Egypte, cette réalité n’était pas occultée. Les gens ne sont pas heureux de cette situation mais ce n’est pas pour autant, qu’ils font de la dénégation. Le message de mon film est clair j’ai voulu démontrer toute la force et la volonté de ces filles qui font face à leur destin. Ce ne sont pas des victimes, elles ont choisi « leur vie » : certaines ont choisi de fuir le foyer familial, d’autres étaient abandonnées dans des orphelinats, d’autres ont tenté de fuir la misère. Ce qu’il faut retenir avant tout, c’est que les enfants des rues ne sont pas « perdus » mais des enfants « en danger » !
Mais ils restent porteur de vie et d’espoir, car il se battent au quotidien, et qu’ils sont par conséquent, plus forts que les autres enfants. J’espère simplement, que ces enfants de la rue que « l’on croise sans jamais voir, seront plus visibles » après ce documentaire.
Quel effet cela vous fait de le présenter à Cannes ?
Et bien je suis extrêmement heureuse, je suis « sur un petit nuage » et je pense que cela sera une expérience mémorable pour moi.
le 25 mai, dans la rubrique « un certain regard » à Cannes il y aura la journée du film tunisien, connaissez vous la Tunisie, le cinéma tunisien ?
Oui j’ai eu quelques expériences tunisiennes à vrai dire. En 1976 j’ai passé six mois en Tunisie dans le cadre d’un projet financé par une ONG, qui m’avait demandé de travailler en collaboration avec les fédération tunisienne des cinéastes amateurs, en vue de mettre sur pied une unité de production vidéo. A l’époque je travaillais dans la vidéo au Canada. C’est à cette occasion que j’ai connue votre beau pays. Je suis retournée en Tunisie plusieurs années après, pour tout vous dire, il y a trois ans pour le festival de Carthage, à l’occasion de mon film « Soraida » une femme de Palestine. Et l’année dernière, j’étais au festival de Kélibia, comme membre du jury de la fédération tunisienne des cinéastes amateurs. A travers les années et mes voyages, j’ai rencontré beaucoup de personnalités du cinéma tunisien, dont Ridha El Bahi et Moufida Tlatli que j’adore ! J’ai particulièrement aimé son dernier film « la saison des hommes ».
Elle nous a confié par ailleurs, la profonde affection qu’elle voue à notre pays et à une de nos cinéastes tunisiennes « Moufida Tlatli ». « Une rencontre formidable et un gros coup de cœur » ajoute-t-elle !
Pensez vous que le septième art arrivera à démystifier l’image négative du monde arabe ?
Ma vision des choses est simple et elle n’a pas changé, depuis le début et surtout après le film les « quatre femmes d’Egypte », qui est situé avant le 11 septembre et après la chute du Mur de Berlin. Ma mère et ma grand mère m’ont éduquée à être une femme arabe forte ! Donc pas de victimisation ! Si les autres me regardent différemment, c’est leur problème, moi j’ai ma propre identité et personne n’a le droit de m’enfermer dans son regard. Le gouvernement de Bush nous a relégué, il est vrai à des stéréotypes criminels que je réfute et qui sont dangereux pour nos sociétés. Mais mon cinéma se limite à nos propres réalités et à mes propres convictions surtout. La solitude en Occident aujourd’hui me sidère, pourtant ce sont des sociétés plus nanties. En contraste, notre monde et notre culture ont su malgré tout, garder une certaine humanité face à la dureté de la vie et à la misère. Il y a véritablement, un rapport solidaire qui a su traverser les classes et le temps. Il est vrai qu’aujourd’hui, faute de moyens nos gouvernements ont beaucoup de travail à faire, mais l’essentiel c’est que l’on est loin d’être déshumanisés.
Merci Tahani Rached
El-Banate Dol
Synopsis :
El-Banate Dol Ces Filles-là est un long-métrage
documentaire qui nous plonge dans l'univers des adolescentes qui vivent dans les rues du Caire, une rue qui est tout à la fois un espace de violence, d'oppression et de liberté. Y vivre, c'est vivre au coeur de la violence, obligatoirement dans l'instant présent, en dehors de toutes normes et prescriptions, mais toujours au gré de son coeur et de ses désirs. Marginalisées et rejetées, Tata, Mariam, Abir et Donia sont étonnement modernes et libres dans une société si prude et normative. Fiche Technique :
Réalisateur: Tahani Rached
Producteur: Karim Gamal El Dine
Production: Studio MASR, Egypte, Sortie: 2006
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