De la journaliste franco tunisienne, Fériel Berraies Guigny. Paris
«Manœuvres de nouveaux lobbies de la coproduction, manipulation sioniste, acculturation, clichés», le film Marock continue de susciter des remous. Jugé audacieux, le film de Leila Marrakchi, jeune réalisatrice franco-marocaine, a suscité une grande polémique lors du Festival national du film en décembre 2005 à Tanger. Le film a quand même obtenu son visa d’exploitation et sortira dans les grandes salles le 10 mai prochain. Ce sera sans doute l’événement cinématographique du mois.
Synopsis:
Casablanca, l'année du bac. L'insouciance de la jeunesse dorée marocaine et tous ses excès: courses de voitures, amitiés, musique et alcool, mais aussi l'angoisse de passer à l'âge adulte. «Marock», comme un Maroc que l'on ne connaît pas, à l'image de celui de Rita, 17 ans, qui se heurte aux traditions de son pays. En vivant sa première
histoire d'amour, elle va se confronter aux contradictions de son milieu, de sa famille et, surtout, à son grand frère pour qui l'avenir passe par un retour aux valeurs traditionnelles.
Quand la réalisatrice a été approchée par les médias elle a évoqué ses intentions clairement : Marock est un jeu de mot qui illustre, je crois, le portrait de cette jeunesse dorée, déjantée et schizophrène, qui vit selon les modèles occidentaux et qui reste pourtant très attachée à son pays et à ses traditions. Dans la première scène du film, il y a un personnage qui prie pendant que les deux autres s'embrassent : c'est ça le Marock. (...) Pour mon premier long métrage, j'avais envie de parler d'un Maroc que peu de gens connaissent, un Maroc qui va à l'encontre des clichés du cinéma arabe. C'est le Maroc des privilèges, de l'insouciance et parfois des excès.
Mais la polémique continue de faire rage au Maroc autour de la sortie prochaine ( 10 mai) du film. Une association islamiste a même appelé au boycott de cette chronique adolescente Mais que reproche t-on au juste à ce film ? il semblerait que la polémique autour de Marock soit principalement religieuse. Deux scènes sont en particulier visées. Dans l'une d'elles, Rita charrie son frère qu'elle trouve en train de prier. Elle lui dit qu'il va devenir un barbu et lui demande s'il se croit en Algérie ». L'autre scène montre un couple de jeunes marocains sur le point de faire l'amour. Elle est musulmane, lui de confession juive. Il porte l'étoile de David, qu'il passe autour du cou de la jeune fille en lui expliquant qu'ainsi, elle arrêtera de la regarder . C'est la séquence qui a mis le feu aux poudres. Certains y ont vu une conversion au judaïsme et n'ont pas supporté cette idée.
C'est au festival de Tanger, en décembre dernier, que Marock a commencé à être attaqué. Avant, il avait été présenté sans incidents à Cannes et à Casablanca. Au cours d'une conférence de presse, le réalisateur Mohamed Asli
s'en est violemment pris au film, affirmant qu'il n'avait rien à faire dans un festival national , car il n'est pas marocain . Le journal marocain Attajdid, proche du Parti (islamiste NDR) de la Justice et du Développement, a ensuite fustigé plusieurs fois le film, déclenchant un véritable mouvement de haine. Dès lors, des propos racistes ont été proférés, certains accusant la jeune réalisatrice de sionisme, d'autres allant jusqu'à prôner l'interdiction du film. Le parti islamiste en a même fait la demande auprès du Parlement, qui, a refusé. Et c’est le syndicat des dramaturges qui fustige cette fois-ci, le film de Leïla Marrakchi.
Un communiqué signé par Mohamed Hassan El Joundy, secrétaire général du syndicat, dénonce «les manœuvres de nouveaux lobbies qui se cachent derrière la coproduction» ( franco marocaine). Selon le communiqué, «le film instrumentalise l’image pour faire passer une idéologie qui diffame les valeurs du Maroc et des Marocains. C’est un moyen d’incruster l’acculturation et la nouvelle francophonie», poursuit le syndicat des dramaturges, qui invite les intellectuels et artistes à dénoncer, voire boycotter ce type de films.
Les critiques semblent dépasser largement le cadre du cinéma et il s’agirait de tout sauf d'un débat d'ordre cinématographique. Le film n'a pas été attaqué pour lui-même, il n'est jamais question de la mise en scène ou du jeu d'acteurs. Ce qui dérange en fait, c’est que l’on ait osé abordé des sujets tabous : la religion, l'argent, l'alcool. Ce sont des réalités de la vie au Maroc, mais que certains n'acceptent pas encore de voir à l'écran. Aujourd’hui, le film est devenu un enjeu politique, instrumentalisé par un petit nombre de maîtres à penser islamistes. S'ajoutant à cela une bonne dose de machisme. Que reproche-t-on donc à cette jeune femme, nouvelle venue dans le 7ème art marocain? On ne sait vraiment pas. Sauf que son seul tort est de parler d’une histoire d’amour pas comme les autres , parce qu’elle se passe entre deux jeunes marocains de deux cultes différents, l’une musulmane et l’autre de confession juive. Quand on demande à la jeune cinéaste, comment elle a réagi par rapport à cette violente campagne ? elle répond en ces mots :« Ce que je trouve incroyable, c'est que la plupart de ceux qui veulent détruire mon film ne l'ont pas vu. Si, demain, le public est choqué par Marock, il sera en droit d'aller manifester contre. Mais il faut pour cela que le film sorte et qu'il ait sa chance! J'attend donc les réactions des spectateurs, il n'y a que ça à faire ».
En conclusion, « l’audace des uns, dérange les autres » . Cette plongée dans le monde clos et inconnu d’une certaine catégorie sociale marocaine en a effrayé plus d’un. La haine raciale apparaît là dans toute sa splendeur et tous les mensonges sur la tolérance d’une certaine tranche de “l’intelligentsia” marocaine se révèlent. Pourtant, le « Marock » de Leila Marrakchi est aussi le vrai “marock” celui d’aujourd’hui, sans voile ni hypocrisie.

Fériel Berraies Guigny
www.journaliste.montaf.com
feriel.book.fr
«Manœuvres de nouveaux lobbies de la coproduction, manipulation sioniste, acculturation, clichés», le film Marock continue de susciter des remous. Jugé audacieux, le film de Leila Marrakchi, jeune réalisatrice franco-marocaine, a suscité une grande polémique lors du Festival national du film en décembre 2005 à Tanger. Le film a quand même obtenu son visa d’exploitation et sortira dans les grandes salles le 10 mai prochain. Ce sera sans doute l’événement cinématographique du mois.
Synopsis:
Casablanca, l'année du bac. L'insouciance de la jeunesse dorée marocaine et tous ses excès: courses de voitures, amitiés, musique et alcool, mais aussi l'angoisse de passer à l'âge adulte. «Marock», comme un Maroc que l'on ne connaît pas, à l'image de celui de Rita, 17 ans, qui se heurte aux traditions de son pays. En vivant sa première
histoire d'amour, elle va se confronter aux contradictions de son milieu, de sa famille et, surtout, à son grand frère pour qui l'avenir passe par un retour aux valeurs traditionnelles.Quand la réalisatrice a été approchée par les médias elle a évoqué ses intentions clairement : Marock est un jeu de mot qui illustre, je crois, le portrait de cette jeunesse dorée, déjantée et schizophrène, qui vit selon les modèles occidentaux et qui reste pourtant très attachée à son pays et à ses traditions. Dans la première scène du film, il y a un personnage qui prie pendant que les deux autres s'embrassent : c'est ça le Marock. (...) Pour mon premier long métrage, j'avais envie de parler d'un Maroc que peu de gens connaissent, un Maroc qui va à l'encontre des clichés du cinéma arabe. C'est le Maroc des privilèges, de l'insouciance et parfois des excès.
Mais la polémique continue de faire rage au Maroc autour de la sortie prochaine ( 10 mai) du film. Une association islamiste a même appelé au boycott de cette chronique adolescente Mais que reproche t-on au juste à ce film ? il semblerait que la polémique autour de Marock soit principalement religieuse. Deux scènes sont en particulier visées. Dans l'une d'elles, Rita charrie son frère qu'elle trouve en train de prier. Elle lui dit qu'il va devenir un barbu et lui demande s'il se croit en Algérie ». L'autre scène montre un couple de jeunes marocains sur le point de faire l'amour. Elle est musulmane, lui de confession juive. Il porte l'étoile de David, qu'il passe autour du cou de la jeune fille en lui expliquant qu'ainsi, elle arrêtera de la regarder . C'est la séquence qui a mis le feu aux poudres. Certains y ont vu une conversion au judaïsme et n'ont pas supporté cette idée.
C'est au festival de Tanger, en décembre dernier, que Marock a commencé à être attaqué. Avant, il avait été présenté sans incidents à Cannes et à Casablanca. Au cours d'une conférence de presse, le réalisateur Mohamed Asli
s'en est violemment pris au film, affirmant qu'il n'avait rien à faire dans un festival national , car il n'est pas marocain . Le journal marocain Attajdid, proche du Parti (islamiste NDR) de la Justice et du Développement, a ensuite fustigé plusieurs fois le film, déclenchant un véritable mouvement de haine. Dès lors, des propos racistes ont été proférés, certains accusant la jeune réalisatrice de sionisme, d'autres allant jusqu'à prôner l'interdiction du film. Le parti islamiste en a même fait la demande auprès du Parlement, qui, a refusé. Et c’est le syndicat des dramaturges qui fustige cette fois-ci, le film de Leïla Marrakchi.Un communiqué signé par Mohamed Hassan El Joundy, secrétaire général du syndicat, dénonce «les manœuvres de nouveaux lobbies qui se cachent derrière la coproduction» ( franco marocaine). Selon le communiqué, «le film instrumentalise l’image pour faire passer une idéologie qui diffame les valeurs du Maroc et des Marocains. C’est un moyen d’incruster l’acculturation et la nouvelle francophonie», poursuit le syndicat des dramaturges, qui invite les intellectuels et artistes à dénoncer, voire boycotter ce type de films.
Les critiques semblent dépasser largement le cadre du cinéma et il s’agirait de tout sauf d'un débat d'ordre cinématographique. Le film n'a pas été attaqué pour lui-même, il n'est jamais question de la mise en scène ou du jeu d'acteurs. Ce qui dérange en fait, c’est que l’on ait osé abordé des sujets tabous : la religion, l'argent, l'alcool. Ce sont des réalités de la vie au Maroc, mais que certains n'acceptent pas encore de voir à l'écran. Aujourd’hui, le film est devenu un enjeu politique, instrumentalisé par un petit nombre de maîtres à penser islamistes. S'ajoutant à cela une bonne dose de machisme. Que reproche-t-on donc à cette jeune femme, nouvelle venue dans le 7ème art marocain? On ne sait vraiment pas. Sauf que son seul tort est de parler d’une histoire d’amour pas comme les autres , parce qu’elle se passe entre deux jeunes marocains de deux cultes différents, l’une musulmane et l’autre de confession juive. Quand on demande à la jeune cinéaste, comment elle a réagi par rapport à cette violente campagne ? elle répond en ces mots :« Ce que je trouve incroyable, c'est que la plupart de ceux qui veulent détruire mon film ne l'ont pas vu. Si, demain, le public est choqué par Marock, il sera en droit d'aller manifester contre. Mais il faut pour cela que le film sorte et qu'il ait sa chance! J'attend donc les réactions des spectateurs, il n'y a que ça à faire ».
En conclusion, « l’audace des uns, dérange les autres » . Cette plongée dans le monde clos et inconnu d’une certaine catégorie sociale marocaine en a effrayé plus d’un. La haine raciale apparaît là dans toute sa splendeur et tous les mensonges sur la tolérance d’une certaine tranche de “l’intelligentsia” marocaine se révèlent. Pourtant, le « Marock » de Leila Marrakchi est aussi le vrai “marock” celui d’aujourd’hui, sans voile ni hypocrisie.

Fériel Berraies Guigny
www.journaliste.montaf.com
feriel.book.fr





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