Tunisie : Le gouvernement réagit en état de légitime défense !



Farouk Ben Ammar, Ph.D

Dans cet article, j’éviterais toute approche ésotérique, avec nullement l’intention de prendre la défense ou de faire l’apologie du Gouvernement Provisoire, qui par ailleurs réagit par « Légitime Défense » face à des faits bien réels. Ces réactions sont-elles de bon aloi, seul l’avenir le confirmerait ou l’infirmerait.


Au demeurant, un seul paradigme doit nous motiver :

…SEUL LE SALUT DE LA TUNISIE COMPTE



Dans ce qui suit, je dresse un bref état des lieux sans sombrer dans le détail à la limite ennuyeux, avec une approche Fait – Réaction, en dix (10) points :


1. Fait :
Manque patent des Investissements Directs Etrangers (IDE), principaux pourvoyeurs et créateurs d’emplois.

 Présence très timide des investisseurs tunisiens.

Réaction :  Le recours à l’expatriation des tunisiens, en activité ou chômeurs, par le biais de la coopération technique vers des pays qui daignent bien les accueillir.
 Un assouplissement, sans précédant, des conditions d’octroi de crédits pour des nouveaux investisseurs non rodés : Des investissements parfois spéculatifs et sans aucune valeur ajoutée.

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2. Fait :
Des promoteurs, motivés par un affairisme patent, qui rechignent à rembourser des crédits contractés pré-révolution : PLUS DE 4 MILLIARD DE TND SEULEMENT POUR LE SECTEUR HOTELIER !


Des crédits octroyés sans garanties, ce qui a mis les banques tunisiennes dans une situation fort embarrassante avec un niveau élevé de créances douteuses, suscitant l’inquiétude du Fonds Monétaire International (FMI) et des puissantes Agences de Notation privées qui soufflent le chaud et le froid dans le monde des finances et des investissements.

Une situation qui encouragerait les banques étrangères et particulièrement les banques françaises, déjà sur la place, de s’accaparer de nos instituions financières nationales : Une Néo-Colonisation bancaire, la pire qui soit. Trois (3) banques de la place sont déjà sous leur férule.
Rappelez-vous les raisons derrière l’institution du protectorat français en 1881.

Pour renflouer un système bancaire qui prend l'eau, l’Etat a entrepris une myriade d’actions.

Réaction :  Contraction d’un prêt de 1 Milliard USD auprès d’une pétromonarchie arabe.
 Le plafonnement des crédits à la consommation avec réduction des délais de remboursement et augmentation des taux d’intérêts.
 Des remissions à l’égard des affairistes, qui se sont enrichi illégalement pré-révolution, après avoir déversé au profit de l’Etat des contributions fiduciaires consistantes.
 Lancement des Chèques Islamiques : Une version islamisé des Bons du Trésor, suite à l’échec cuisant des Prélèvements sur Salaires.

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3. Fait :
Dans le secteur de l’énergie, le projet de la centrale nucléaire, contesté par la majorité des tunisiens, est abandonné.


Réaction : Concession de permis d’exploitation à une multinationale pour l’extraction et la commercialisation des gaz de schistes, sur pression d’un pays arabe, pour le moment notre principal « Bailleur de Fonds », qui brigue une part de 30% dans le capital cette compagnie. Bien que des associations environnementales disposent d’arguments environnementaux sérieux à faire valoir contre cette décision.

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4. Fait :
Une presse étrangère, plutôt française, hostile qui ne nous épargne pas, et une presse locale qui a souvent la dent dure avec le gouvernement.

 Des animateurs-bonimenteurs sur des médias vautrés dans les séquences ragoteuses et nauséeuses de l'actualité.

Réaction :  Nominations, fortement contestés, de nouveaux responsables à la tête des médias.
 Plusieurs quotidiens français ne sont plus acquis par l’administration.
Notre défense est prise par le maire de Paris en visite en Tunisie, assenant : «…Je trouve que les médias français exagèrent dans la description de la situation sécuritaire, politique et économique de la Tunisie. Ils ne reflètent pas l’image réelle du pays…».

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5. Fait :
Une administration, représentant un champ de mine au gouvernement, suite aux centaines de nominations entreprises par le gouvernement de transition de 2011.

 Un laxisme administratif sans précédent.

Réaction :  Des centaines de nouvelles nominations sont entreprises, sur un objectif total de 6 000 : L’allégeance primant la compétence.
 Une guerre est déclarée contre la corruption administrative et financière dans les entreprises publiques de toutes les tailles.

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6. Fait :
Des revendications salariales sectorielles infondées, e.g, le secteur hospitalo-universitaire et le secteur de l’enseignement supérieur : Si consenties, un professeur universitaire, enseignant 4 heures par semaine, toucherait plus qu’un Secrétaire d’Etat. Les enseignants du secondaire, seraient payés 3 fois moins pour 3 fois plus de travail (18 heures), soit un facteur de 9 !

Des revendications qui seraient éminemment supportées par le simple contribuable, et le bon père de famille déjà miné par les crédits et la cherté de la vie, au profit d’une classe relativement aisée qui se considère « Intellectuellement Mure » et consciente des aléas économiques du pays.
Les finances publiques se trouvent ainsi grevées par ces revendications à la limite antipatriotiques.

Réaction :  Augmentation des impôts sur les salaires : 1%.
 Augmentation des prix de plusieurs denrées alimentaires de base.
Ces augmentations, pré-annoncées, ont provoqué l’essor du marché gris : Plusieurs opportunistes sans scrupules se sont enrichis sur le dos du consommateur.
 Sur-taxation du tabac et des boissons alcoolisées.
 Hausse des prix des carburants fossiles.
 Révision vers la hausse des barèmes de facturation : Eau, Gaz Naturel, Electricité etc.…

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7. Fait :
Des rentrées en devises détournées à l’étranger par certains industriels et entreprises exportatrices, une pratique bien rodée. Ce qui pose entrave au renflouement des réserves en devises de la Banque Centrale.


Réaction :  La cession des parts de l’Etat dans le capital de plusieurs entreprises publiques au profit de groupes d’investissement étrangers.
 Des grandes entreprises publiques sont introduites en bourse.
 Dévaluation sensible du Dinar tunisien, dans l’espoir d’exporter plus et d’importer moins.

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8. Fait :
Des extrémistes religieux bénéficiant de sauf-conduit circulant librement dans le pays fragilisant la situation sécuritaire et des tunisiens et des étrangers.

 Des représentants des forces de l’ordre agressés au quotidien, installant une inquiétude générale, bien que le gouvernement ait minoré ces événements.
 Des divisions prégnantes entre forces de l’ordre et la société, ce qui les rend parfois tentés par la seule défense de leurs intérêts purement corporatistes.


Réaction :  Arrestations des plusieurs extrémistes semeurs de trouble, suite à la pression de la société civile, de la communauté internationale et des syndicats.
 Renforcement des syndicats des forces de l’ordre.
 Recrutement en masse d’agents de l’ordre, avec une formation sommaire.

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9.Fait :
Des troubles sécuritaires et sociaux qui coïncident « étrangement » avec l’approche de la fin de l’état d’urgence.

 Des manifestations sporadiques dans tout le territoire national accompagnées de violences injustifiées menant parfois au meurtre.

Réaction :  Prorogation de l’Etat d’Urgence.
 Tenue incertaine des élections législatives qui peuvent être reportées aux calendes grecques.

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10. Fait :
Un secteur du transport miné par les grèves paralysant épisodiquement toute activité dans le pays.

 Une compagnie aérienne nationale de plus en plus décriée par leurs clients, qui arrive à peine à contenir la montée en puissance des autres transporteurs privés et étrangers.

Réaction :  La cession graduelle des activités des grandes compagnies nationales de transport, pour le profit de compagnies privées, et en particulier le transport aérien, sous les grommellements des syndicats.
 Un plan de redressement et de sauvetage de ces compagnies est élaboré.

J’en citerais jusqu’à la nausée, mais je m’arrêterais là. Au lecteur averti de compléter la liste.


Epilogue



Coup sur coup, les indicateurs économiques viennent confirmer l'atonie d'une économie qui ne parvient ni à retrouver le rythme de croissance minimal espéré, ni à générer les embauches nécessaires à une véritable relance : l’affairisme doit désormais laisser la place aux idéaux humanistes.

La croissance ne devrait pas permettre d'embellie en 2013. Malgré les grands efforts déployés et les stratégies mises en œuvre, si des décisions d’ajustement structurel de fond ne sont pas prises, et si les autres acteurs se cantonnent à des rôles de comparses, le chômage devrait continuer à augmenter, en rappelant que les politiques d'austérité ne feront qu’assombrir les perspectives de l'emploi.

L’important c’est d’éviter que les problèmes de conjoncturels deviennent structurels : Il faut renverser la vapeur et œuvrer dans un cadre plus global tout en adoptant un tour de vis budgétaire sur les dépenses de l’Etat : Une équation difficile à résoudre.

Cependant, avec cette vicissitude, le gouvernement provisoire n'a rien, dans son esprit, d'un gouvernement diminué, ce qui me laisse encore optimiste.






Commentaires


3 de 3 commentaires pour l'article 56476

Ouartani  (Tunisia)  |Samedi 10 Novembre 2012 à 20h 18m |           
No comment.

parfait.

merci encore pour ce brillant article, c'est ça la qualité de journalisme professionnel dont le pays a besoin. ÔßÑÇ

Shuterben  (France)  |Vendredi 09 Novembre 2012 à 17h 42m | Par           
@cherif, t'as rien compris ....

Cherif  (Tunisia)  |Vendredi 09 Novembre 2012 à 17h 03m |           
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