Par Mohamed Louati *
La Tunisie a connu ses premières élections transparentes de son histoire après une tumultueuse campagne électorale caractérisée notamment par l’émergence d’un débat dialectique identitaire qui a vite basculé dans la manipulation idéologique, les passes d’armes entre les laïques et les islamistes. On connaît le résultat, les urnes ont sanctionné le courant ayant choisi la diabolisation d’Ennahda.

Après les élections la tension ne s’est pas apaisée et les membres du gouvernement ont fait l’objet d’attaques systématiques dès le début de leur mandat, sachant que le choix politique des citoyens a cautionné les opposants les plus virulents à l’ancien régime, ayant subi le harcèlement et l’injustice la plus farouche. En effet cette catégorie d’opposants a bénéficié de la confiance des citoyens ce qui a emmené, ainsi, Ennahda, Etakatol et le CPR au pouvoir. Ces trois formations ont constitué une coalition pour donner un signe fort sur la cohabitation entre des courants idéologiques opposés pour travailler ensemble et c’est l’une des caractéristiques du génie politique des tunisiens en cette période transitoire.
Le gouvernement a hérité d’une situation aggravée d’au moins 23 ans de dégradation graduelle dans toutes les sphères de la vie avec un basculement dans un régime dictatorial nourri par le crime organisé des membres de la famille au pouvoir et un parti totalitaire.
En plus, l’environnement post révolutionnaire s’accompagne systématiquement par une remise en question de l’ordre établi et les dérapages sont le quotidien des autorités.
La crise économique qui secoue l’Europe constitue, en plus, un handicap majeur pour relancer la machine économique du pays et l’aide de l’Europe s’est avérée en deçà des attentes.
La révolution Tunisienne a été observée avec suspicion par certaines monarchies arabes et il y a une réelle réserve pour soutenir notre pays dans sa transition.
N’oublions pas non plus les espoirs affichés par les tunisiens avec la réussite de la révolution Libyenne, mais la réalité s’est avérée amère. La Libye est devenue un fardeau pour la Tunisie avec une économie parallèle qui s’est construite sur les frontières, la réticence des Tunisiens à aller y travailler alors qu’on s’attendait à voir des dizaines de millier de chômeurs intégrés le marché libyen. Les entreprises Tunisiennes qui travaillaient auparavant pour le compte de la Libye se retrouvent menacées de faillite. Enfin, la Libye est devenue pour la Tunisie une source de menace et de contrebande des armes.
Devant cette situation la reconstruction du pays constitue un grand défit et ceux qui ont été choisis pour porter ce fardeau doivent, en principe, bénéficier du soutien général et qu’on leur accorde le temps nécessaire pour relancer le pays sur la voie de la construction.

Le gouvernement a demandé une trêve de quelques mois pour relancer la machine économique mais la réponse de l’UGTT était un niet catégorique. Plus que ça, une recrudescence des sit in des grèves, des troubles sociaux ont gagné tout le pays avec des intentions affichées ou non de mettre en difficulté le gouvernement.
On se rappelle les fameuses interventions de Mr Abid Briki l’ancien secrétaire général adjoint de l'UGTT quand il promettait une paix sociale qui permettrait au pays de redémarrer la machine économique si le personnel de la sous-traitance sera intégré dans les entreprises.
Des dizaines de millier d’agents ont été intégrées dans les entreprises et les administrations mais de nouvelles demandes d’augmentation des salaires et d’amélioration des situations professionnelles fusent sans relâche et n’augure d’aucun répit dans la contestation, ce qui laisse poser pas mal de questions sous-jacentes sur les dessous de ces manœuvres. , et si la question du chômage constitue encore un défit national ou simplement un problème du gouvernement.
Dans ces conditions, gouverner constitue un réel défit et ceux qui en prennent les règnes en cette période post révolutionnaire sont courageux et ont un mérite historique. Contrairement au préjugé ironique avancé par certains qui présentent les membres du gouvernement, ex-prisonniers, ex torturés, ex-harcelés comme des cas pathologiques qu’il faudrait soigner en raison des séquelles psychologiques qu’ils ont subi suite aux différentes formes les plus atroces de la torture, la loi de la sélection naturelle veut que la nature épargne les plus forts et les distingue par leur résistance pour affronter tous les obstacles.
Un gouvernement de militants issu des urnes constitue en principe un gage de réussite pour plusieurs raisons évidentes. Pourtant, un sentiment de frustration commence à gagner la population et on a le sentiment que les choses piétinent.
Surement une part de responsabilité est attribuée à l’apprentissage en cours pour gouverner, au climat socio politique, à la conjoncture économique et autres.
Ceci n’explique pas tout, le gouvernement a commis des erreurs et parfois même a mal apprécié la situation parce qu’il faut s’entendre que ce 1er gouvernement issu des urnes incarne, en principe, l’esprit de la révolution avec une stratégie percutante réactive loin de tout attentisme, ce qui n’est toujours pas le cas.
a.) Gouverner c’est faire croire en usant d’un discours qui relativise les crises, canalise les divergences, nourri l’espoir et évite de créer des divisions et des réactions à la chaîne surtout en moment de crise.
Les membres du gouvernement manquent de stratégie de communication, se relayent un discours parfois contradictoire et même saccadé et impulsif parfois même conflictuel en réaction à la provocation des opposants, ce qui désolidarisent les Tunisiens.
Ce déficit de communication coïncide avec un environnement médiatique qui joue sur la peur et l’amplification des menaces et ce n’est pas une raison pour que certains membres du gouvernement boycottent certains moyens d’information en raison de leur supposé hostilité.
Dans ces conditions, il est demandé aux 3 présidents d’assumer la responsabilité de communiquer avec leurs concitoyens périodiquement, leur dire la vérité, partager avec eux les difficultés rencontrées et les acquis consolidés sans embellissement avec un discours mesuré. Les Tunisiens sont matures pour apprécier les réels enjeux et distinguer entre les manipulations et les difficultés de circonstance.
b.) Le nombre important de ministres et secrétaires d’état a crée une polémique grandissante dans la mesure où le pays a plus besoin d’efficacité et d’économie dans les dépenses publiques.
Ce nombre important de responsables a été interprété comme une tractation de partition des pouvoirs entre les 3 partis au pouvoir et non à une logique de bonne gouvernance.
Outre ce reproche, on se demande si après plusieurs mois tous les membres du gouvernement ont réussi leur mission et ont donné satisfaction eu égard à la complexité des dossiers et à l’environnement socio économique caractérisé par des difficultés structurelles. Cautionner solidairement les résultats de tous les responsables est un acte partisan dans ces conditions. Le 1er ministre doit faire preuve de plus de rigueur et d’exigence envers ses ministres et remplacer les moins efficients, ce qui donne plus de crédit à la notoriété de l’état.
c.) L’absence d’une feuille de route annoncée officiellement par l’Assemblé Constituante sur les dates clés pour le passage d’une situation transitoire à une stabilité politique créée un climat de suspicion et une invisibilité politique.
d.) Après 6 mois, l’institution des fondements structurels pour une démocratie naissante et la réussite des futures échéances continuent à faire l’objet de tergiversations bien que les retards ne sont plus tolérables:
- Clôture du dossier des blessés et des martyrs de la révolution.
- Réalisation de la justice transitionnelle.
- Création d'une instance supérieure pour les élections (ISIE).
- Création d'une haute autorité indépendante pour la communication audiovisuelle (HAICA).
- Création d'une instance provisoire de la magistrature.
- Mise en place d’un collectif judiciaire chargé de l'examen des affaires de corruption.
- Elaboration d’ une nouvelle loi des partis et un code électoral .
- Elaboration des décrets et des décrets-lois régissant les interventions de la police.
e.) Le gouvernement s’est, dès son ascension au pouvoir, investi à multiplier Les contacts avec les partenaires étrangers pour les inciter à investir en Tunisie.
Comme l’avait pensé le Président de la République, les hommes d’affaires se sont rués sur la Tunisie avec de vraies intentions, mais la réalité était décevante.
Depuis le gouvernement précédent, il a été diagnostiqué la réalité des entraves à l’investissement caractérisées par la lenteur et la bureaucratie de l’administration, la pluralité des intervenants et des structures concernées, l’inadéquation des mécanismes de financement, une infrastructure inappropriée et des textes et lois révolus en plus du climat social tendu. Pourtant pas grand-chose n’a été engagée pour remédier à cet environnement des affaires pas aussi sain. Les hommes d’affaires étaient là mais l’occasion a été bel et bien ratée pour le moment.
D’ailleurs, on se demande pourquoi le gouvernement n’a pas privilégié la mise en place d’instruments exceptionnels avec la société civile pour libérer l’initiative privée des hommes d’affaires Tunisiens interdits de voyager. C’aurait été un réel signal fort et précurseur pour l’investissement.
f.) L’une des mesures phares du ministère de la réforme administrative est pour le moment le régime de travail 5j par semaine. On se demande réellement si c’est la priorité pour le pays en ce moment, sachant qu’une autre mesure aurait donné plus de crédit au gouvernement. Il s’agit de s’initier à « l’open gov» avec une primauté pour la consolidation dynamique et l’ouverture des données qui interpellent le citoyen pour juger la crédibilité et la probité de ses gouvernants en ayant accès à leurs salaires, leurs biens, leurs avantages, leurs budgets, surtout qu’on parle d’engagement de diminution volontaire des salaires et d’avantages matériels des membres du gouvernement.
On aurait, aussi, aimé être familiarisé avec les attributions et domaines d’actions des organismes de contrôles, les conventions objectives et les instruments concrets mis en place pour lutter contre la corruption.
g.) Une transition démocratique même après des élections libres doit être préservée contre les dérives de la polarisation de la société. La troïka n’a pas pu faire adhérer toutes les composantes de la société dans ce chantier de la construction de la nouvelle Tunisie. Il est vrai que l’opposition a refusé mais ça peut aussi être interprété par un déficit pédagogique pour intéresser les autres à cette démarche. Ce qu’il faut savoir c’est que si on n’est pas utile, il est difficile de ne pas être très critique. Le gouvernement aurait pu créer un espace de réflexion, qu’on pourrait appeler comité des sages ou groupe de réflexion, un organe consultatif, de réflexion et de proposition pour animer les débats entre les différentes composantes de la société et le gouvernement. Ainsi, les polémiques seront réduites et les procès d’intention évités sur la scène publique par interposition dans la presse et les déclarations. Des personnalités connues pour leur, modération, crédibilité, bon sens peuvent donner de la consistance à ce projet comme Sleh Jourchi, Iyadh Ben Achour, Abdelfetah Mourou, Mohsen Marzouk, Lazhar Akremi, Salem Labiadh et beaucoup d’autres.
On aurait, ainsi, engagé des chantiers prospectifs pour, appréhender les futures stratégies de développement, repenser les modèles économiques régulées (pour éviter les dérapages actuels dans le monde des finances notamment) et autres.
Nicolas Sarkozy, à son ascension au pouvoir a fait appel à ses opposants d’hier pour leur offrir même des portefeuilles ministériels et a créé une commission chargée de recenser tous les obstacles à l'expansion. Cette mission a été confiée à un homme de gauche en la personne de Jacques Attali, l'un des plus proches conseillers de François Mitterrand durant une décennie.
Après les élections on s’attendait à un peu de répit pour aider le pays à se redresser, mais la discorde qui ne cesse de s’accroitre entre le gouvernement et l’opposition, dans un climat de relatives agitation et insécurité, a été telle que le citoyen se demande sur les dessous de ce déchirement fratricide. La situation dans le pays est présentée comme alarmante, parfois une certaine hystérie s’empare de certains pour dénoncer un pays à la dérive. Cette façon de présenter les choses est ressentie par la masse silencieuse de la population comme excessive et démesurée.
Il va de soi que pour les deux protagonistes on peut recenser une minorité de partisans inconditionnels. Mais la population dans sa majorité observe avec un esprit critique la manière avec la quelle l’opposition appréhende les enjeux du moment et la façon avec laquelle les nouveaux locataires de Carthage de la Kasba et du Bardot s’attaquent au vrai défit de reconstruction d’un pays éprouvé par des cicatrices béantes avec un héritage socio économique désolant et préoccupant.
Certes les nouveaux dirigeants n’ont pas une grande expérience pour gouverner, somme toute comme l’opposition, ce que personne ne peut leur reprocher, tant ils étaient exclus de toute participation, mais, dans leur majorité, ils se distinguent déjà par leur engagement, leur force de caractère et leur probité. Des erreurs ont été commises, certes, mais c’est le prix de l’action si on veut engager des réformes, bâtir de nouveaux modes de gouvernances et rétablir les fondements d’un état de droit.
Les citoyens auraient aimé distiller chez les protagonistes de la vie politique une réelle vision sur, la situation du pays, les vraies avancées, les insuffisances constatées et les enjeux du moment. Mais le paysage politique du pays du coté de l’opposition s’est avéré un peu flou, une opposition qui s’est recroquevillée dans les salons cloitrés des élites et des plateaux de télévision.
Les partis de l’opposition n’arrivent pas à se solidariser pour un même objectif pour construire un projet qui pourrait réunir les Tunisiens autour. La guerre du leadership, le discours incendié jouant sur la peur d’Ennahda , l’incapacité de dépasser le simple rôle d’opposant protestataire confère un rôle dérisoire à l’opposition loin derrière la société civile et une presse très critique.
On peut même prétendre que la presse et la société civile se sont substituées au rôle naturellement dévolu à l’opposition. En effet une presse libre constructive et une société civile créatrice n’émergent que dans un environnement riche en débats contradictoires républicains entre de grandes formations politiques en réelle compétition, porteurs de projets critiquables dans un libre jeu démocratique, où le débat est ouvert.
Malheureusement on n’est pas encore à ce stade et il faut que le gouvernement s’habitue encore, sans nervosité, à voir la presse et la société civile jouer le rôle de l’opposition.

La tentative de Mr Sebssi pour rassembler l’opposition est louable et pourrait constituer l’alternative la plus attendue et la plus crédible en ce moment même s’il va affronter la réalité de l’égoïsme de certains qui ne sont pas prêts à céder leur leadership.
Autre mauvaise lecture de Mr Sebssi est dans ses prétendues tentatives d’intégrer les anciens « RCDistes » dans sa formation. C’est un risque majeur qu’il prend pour son projet, la population n’est pas prête encore pour cautionner des formations avec les anciens du régime déchu.
On en conclu que les parties de l’opposition doivent revoir leur stratégie d’attaque systématique au gouvernement et à Ennahda plus précisément, le risque est de se trouver désarmer devant Ennahda lors des prochaines élections et c’est le plus grave qui puisse arriver.
Si on fait une lecture de la philosophie politique d’ Ennahda on peut affirmer sans aucun doute que cette dernière s’est installée dans le gouvernement pas pour s’accaparer le pouvoir dans l’immédiat. Ennahda porte un projet à long terme avec une stratégie d’un travail dans le fond dans le tissu associatif et socioculturel de la société. Ennahda a pour objectif de rendre la société réceptive avec consentement des préceptes religieux avec un esprit de compromis consensuel, moderniste en complicité avec certains partis pour donner une nouvelle image de l’homme d’état.
Ennahda a voulu gouverner pour s’initier aux rouages du pouvoir pour asseoir les préliminaires de ses empreintes dans toutes les sphères de l’état. Plus la société civile, la presse, le syndicat, les organisations et associations se distinguent par leur farouche opposition à Ennahda plus cette dernière est avertie pour s’affermir, dans la durée, en intégrant ses partisans dans ces organisations comptant en cela sur sa large base, l’engagement de ses adhérents et sa future machine de l’information. De cette façon Ennahda va limiter le degré de nuisance de ces organisations à son égard.
Devant cette machine intelligente, structurée et ambitieuse, il faut une opposition qui se construit autour de personnalités crédibles et un projet ambitieux pour y faire adhérer une large frange de la société. L’opposition doit présenter des alternatives au projet d’Ennahda, comme par exemple faire de la Tunisie un pays neutre et développée comme la Suisse ou bien un pays avec une politique sociale comme dans les pays Scandinaves.
Avant sa fusion avec le PDP, Afek Tounes incarnait cet embryon d’un nouveau genre et style de parti non démagogue et orienté vers le futur.

La Tunisie, occupe en ce moment le devant de la scène, notamment arabe et va demeurer sous le feu des projecteurs durant encore quelques années.
A l’exception des alarmistes, la plupart des observateurs portent un jugement très optimiste sur l’aboutissement de cette révolution pour des raisons exogènes et endogènes.
Pour les facteurs exogènes, l’occident observe une seule politique dans le monde arabe celle de la stabilité régionale, jusqu’à une date récente assurée par des régimes totalitaires. Pour eux c’est une condition sine qua non pour, assurer l’approvisionnement de l’occident en énergie, la maitrise des courants migratoires, contenir l’influence des groupes islamiques et placer chaque pays dans le giron géopolitique des grands acteurs de la politique mondiale.
Les révolutions arabes ont remis en question l’équilibre préétablie et l’occident malgré quelques erreurs s’est vite attelé à se positionner avec de nouvelles stratégies adaptées à chaque pays pour préserver ses intérêts.
La démocratie dans les pays arabes n’est pas une priorité pour l’occident mais disposer dans la région d’un pays démocratique constitue, un gage de bonne intention mais aussi un laboratoire pour juger l’interaction de toutes les composantes de la société dans un environnement caractérisé par des tensions conflictuelles entre les laïques, les islamistes réformistes et les salafis conservateurs.
La Tunisie ne constitue nullement un enjeu stratégique pour les puissances régionales et internationales et de ce fait bénéficie d’un certain degrés de liberté d’action pour vivre sa propre expérience démocratique sans trop subir les manipulations étrangères.
Pour les facteurs endogènes la Tunisie est actuellement en chantier, la société est en gestation perpétuelle sans répit, la dynamique de faire bouger les choses ne s’essouffle pas parfois même dans la douleur et le positionnement de tous les acteurs s’effectue sans relâche. Les tunisiens sont entrain de forcer leur propre destin à travers une réelle politique consensuelle fruit d’une interaction entre une société civile déterminée et rajeunie qui émerge comme un vrai garde-fou capable de mobiliser l’opinion et un pouvoir engagé sans appréhension.
Le pays doit son acheminement lent mais sûr sans soubresauts majeurs sur la voie d’une démocratie irréversible à trois facteurs décisifs: une armée républicaine, une société civile avertie et engagée et l’émergence d’un pouvoir issu des opposants les plus farouches à l’ancien régime.
La Tunisie est un pays où la population est instruite, animée par un comportement social généralement modéré et consensuel. La Tunisie a capitalisé des acquis socioculturels très avancés par rapport à son entourage et le pays est en route, à la rencontre de son avenir qui offre les opportunités les plus prometteuses.
La Tunisie verra l’arrivée des multinationales, l’hébergement des grandes organisations internationales, sera une terre de rencontre et de dialogue. Le pays est promu à un destin prometteur pourvu que sa population croit en elle-même en engageant les réformes nécessaires loin de toute forme d’exclusion contreproductive ou polarisation idéologique.
La responsabilité des élites politiques économiques et intellectuelles sera décisive dans le futur pour aborder de nouveaux défit et challenge structurels dont on cite en plus des problèmes de développement déjà connus:
- Réforme de l’éducation selon les standards des pays développés, émergence de nouvelles universités d’élites et développement de la recherche scientifique appliquée dans une 1ere étape.
- Repenser le secteur du travail pour valoriser les nouveaux métiers, lutter contre le faux chômage et la réticence envers certains métiers comme dans le bâtiment et l’agriculture.
- Restructurer les caisses sociales pour anticiper sur les déficits qui se creusent au fil des ans avec les changements manifestes sur la pyramide des âges.
- Réduire le domaine d’intervention des caisses de compensation en développant de nouveaux instruments pour venir en aide aux bénéficiaires ciblés.
- Développer une symbiose entre investissement recherche et développement dans des secteurs stratégiques comme les énergies renouvelables, la mobilisation des ressources hydriques et l’économie verte et de l’environnement.
- Doter le pays d’une spécificité économique basée sur un savoir faire et qui servira de logo national à l’échelle internationale comme la médecine, le tourisme de luxe, et autres.
- S’orienter vers les investissements à grande valeur ajoutée dans les services et les nouvelles technologies avec des opportunités de travail importantes pour les diplômés du supérieur.
Pour clôturer, un message d'espoir célèbre dans le monde entier, bien au-delà des frontières des États-Unis, « I have a dream » a été la raison d’être de Martin Luther King mais aujourd’hui c’est le point d'orgue de chaque tunisien après le 14 janvier 2011.
Nous prions notre élite de ne pas nous priver de notre rêve que d’autres nations nous envient et que d’autres pays regardent avec admiration et attendent la floraison.
* Ingénieur
1/4. POLARISATION IDEOLIGIQUE ET CONTEXTE GENERAL
La Tunisie a connu ses premières élections transparentes de son histoire après une tumultueuse campagne électorale caractérisée notamment par l’émergence d’un débat dialectique identitaire qui a vite basculé dans la manipulation idéologique, les passes d’armes entre les laïques et les islamistes. On connaît le résultat, les urnes ont sanctionné le courant ayant choisi la diabolisation d’Ennahda.

Après les élections la tension ne s’est pas apaisée et les membres du gouvernement ont fait l’objet d’attaques systématiques dès le début de leur mandat, sachant que le choix politique des citoyens a cautionné les opposants les plus virulents à l’ancien régime, ayant subi le harcèlement et l’injustice la plus farouche. En effet cette catégorie d’opposants a bénéficié de la confiance des citoyens ce qui a emmené, ainsi, Ennahda, Etakatol et le CPR au pouvoir. Ces trois formations ont constitué une coalition pour donner un signe fort sur la cohabitation entre des courants idéologiques opposés pour travailler ensemble et c’est l’une des caractéristiques du génie politique des tunisiens en cette période transitoire.
Le gouvernement a hérité d’une situation aggravée d’au moins 23 ans de dégradation graduelle dans toutes les sphères de la vie avec un basculement dans un régime dictatorial nourri par le crime organisé des membres de la famille au pouvoir et un parti totalitaire.
En plus, l’environnement post révolutionnaire s’accompagne systématiquement par une remise en question de l’ordre établi et les dérapages sont le quotidien des autorités.
La crise économique qui secoue l’Europe constitue, en plus, un handicap majeur pour relancer la machine économique du pays et l’aide de l’Europe s’est avérée en deçà des attentes.
La révolution Tunisienne a été observée avec suspicion par certaines monarchies arabes et il y a une réelle réserve pour soutenir notre pays dans sa transition.
N’oublions pas non plus les espoirs affichés par les tunisiens avec la réussite de la révolution Libyenne, mais la réalité s’est avérée amère. La Libye est devenue un fardeau pour la Tunisie avec une économie parallèle qui s’est construite sur les frontières, la réticence des Tunisiens à aller y travailler alors qu’on s’attendait à voir des dizaines de millier de chômeurs intégrés le marché libyen. Les entreprises Tunisiennes qui travaillaient auparavant pour le compte de la Libye se retrouvent menacées de faillite. Enfin, la Libye est devenue pour la Tunisie une source de menace et de contrebande des armes.
Devant cette situation la reconstruction du pays constitue un grand défit et ceux qui ont été choisis pour porter ce fardeau doivent, en principe, bénéficier du soutien général et qu’on leur accorde le temps nécessaire pour relancer le pays sur la voie de la construction.

Le gouvernement a demandé une trêve de quelques mois pour relancer la machine économique mais la réponse de l’UGTT était un niet catégorique. Plus que ça, une recrudescence des sit in des grèves, des troubles sociaux ont gagné tout le pays avec des intentions affichées ou non de mettre en difficulté le gouvernement.
On se rappelle les fameuses interventions de Mr Abid Briki l’ancien secrétaire général adjoint de l'UGTT quand il promettait une paix sociale qui permettrait au pays de redémarrer la machine économique si le personnel de la sous-traitance sera intégré dans les entreprises.
Des dizaines de millier d’agents ont été intégrées dans les entreprises et les administrations mais de nouvelles demandes d’augmentation des salaires et d’amélioration des situations professionnelles fusent sans relâche et n’augure d’aucun répit dans la contestation, ce qui laisse poser pas mal de questions sous-jacentes sur les dessous de ces manœuvres. , et si la question du chômage constitue encore un défit national ou simplement un problème du gouvernement.
Dans ces conditions, gouverner constitue un réel défit et ceux qui en prennent les règnes en cette période post révolutionnaire sont courageux et ont un mérite historique. Contrairement au préjugé ironique avancé par certains qui présentent les membres du gouvernement, ex-prisonniers, ex torturés, ex-harcelés comme des cas pathologiques qu’il faudrait soigner en raison des séquelles psychologiques qu’ils ont subi suite aux différentes formes les plus atroces de la torture, la loi de la sélection naturelle veut que la nature épargne les plus forts et les distingue par leur résistance pour affronter tous les obstacles.
2/4. DEFICIENCE OU LENTEUR DU GOUVERNEMENT
Un gouvernement de militants issu des urnes constitue en principe un gage de réussite pour plusieurs raisons évidentes. Pourtant, un sentiment de frustration commence à gagner la population et on a le sentiment que les choses piétinent.
Surement une part de responsabilité est attribuée à l’apprentissage en cours pour gouverner, au climat socio politique, à la conjoncture économique et autres.
Ceci n’explique pas tout, le gouvernement a commis des erreurs et parfois même a mal apprécié la situation parce qu’il faut s’entendre que ce 1er gouvernement issu des urnes incarne, en principe, l’esprit de la révolution avec une stratégie percutante réactive loin de tout attentisme, ce qui n’est toujours pas le cas.
a.) Gouverner c’est faire croire en usant d’un discours qui relativise les crises, canalise les divergences, nourri l’espoir et évite de créer des divisions et des réactions à la chaîne surtout en moment de crise.
Les membres du gouvernement manquent de stratégie de communication, se relayent un discours parfois contradictoire et même saccadé et impulsif parfois même conflictuel en réaction à la provocation des opposants, ce qui désolidarisent les Tunisiens.
Ce déficit de communication coïncide avec un environnement médiatique qui joue sur la peur et l’amplification des menaces et ce n’est pas une raison pour que certains membres du gouvernement boycottent certains moyens d’information en raison de leur supposé hostilité.
Dans ces conditions, il est demandé aux 3 présidents d’assumer la responsabilité de communiquer avec leurs concitoyens périodiquement, leur dire la vérité, partager avec eux les difficultés rencontrées et les acquis consolidés sans embellissement avec un discours mesuré. Les Tunisiens sont matures pour apprécier les réels enjeux et distinguer entre les manipulations et les difficultés de circonstance.
b.) Le nombre important de ministres et secrétaires d’état a crée une polémique grandissante dans la mesure où le pays a plus besoin d’efficacité et d’économie dans les dépenses publiques.
Ce nombre important de responsables a été interprété comme une tractation de partition des pouvoirs entre les 3 partis au pouvoir et non à une logique de bonne gouvernance.
Outre ce reproche, on se demande si après plusieurs mois tous les membres du gouvernement ont réussi leur mission et ont donné satisfaction eu égard à la complexité des dossiers et à l’environnement socio économique caractérisé par des difficultés structurelles. Cautionner solidairement les résultats de tous les responsables est un acte partisan dans ces conditions. Le 1er ministre doit faire preuve de plus de rigueur et d’exigence envers ses ministres et remplacer les moins efficients, ce qui donne plus de crédit à la notoriété de l’état.
c.) L’absence d’une feuille de route annoncée officiellement par l’Assemblé Constituante sur les dates clés pour le passage d’une situation transitoire à une stabilité politique créée un climat de suspicion et une invisibilité politique.
d.) Après 6 mois, l’institution des fondements structurels pour une démocratie naissante et la réussite des futures échéances continuent à faire l’objet de tergiversations bien que les retards ne sont plus tolérables:
- Clôture du dossier des blessés et des martyrs de la révolution.
- Réalisation de la justice transitionnelle.
- Création d'une instance supérieure pour les élections (ISIE).
- Création d'une haute autorité indépendante pour la communication audiovisuelle (HAICA).
- Création d'une instance provisoire de la magistrature.
- Mise en place d’un collectif judiciaire chargé de l'examen des affaires de corruption.
- Elaboration d’ une nouvelle loi des partis et un code électoral .
- Elaboration des décrets et des décrets-lois régissant les interventions de la police.
e.) Le gouvernement s’est, dès son ascension au pouvoir, investi à multiplier Les contacts avec les partenaires étrangers pour les inciter à investir en Tunisie.
Comme l’avait pensé le Président de la République, les hommes d’affaires se sont rués sur la Tunisie avec de vraies intentions, mais la réalité était décevante.
Depuis le gouvernement précédent, il a été diagnostiqué la réalité des entraves à l’investissement caractérisées par la lenteur et la bureaucratie de l’administration, la pluralité des intervenants et des structures concernées, l’inadéquation des mécanismes de financement, une infrastructure inappropriée et des textes et lois révolus en plus du climat social tendu. Pourtant pas grand-chose n’a été engagée pour remédier à cet environnement des affaires pas aussi sain. Les hommes d’affaires étaient là mais l’occasion a été bel et bien ratée pour le moment.
D’ailleurs, on se demande pourquoi le gouvernement n’a pas privilégié la mise en place d’instruments exceptionnels avec la société civile pour libérer l’initiative privée des hommes d’affaires Tunisiens interdits de voyager. C’aurait été un réel signal fort et précurseur pour l’investissement.
f.) L’une des mesures phares du ministère de la réforme administrative est pour le moment le régime de travail 5j par semaine. On se demande réellement si c’est la priorité pour le pays en ce moment, sachant qu’une autre mesure aurait donné plus de crédit au gouvernement. Il s’agit de s’initier à « l’open gov» avec une primauté pour la consolidation dynamique et l’ouverture des données qui interpellent le citoyen pour juger la crédibilité et la probité de ses gouvernants en ayant accès à leurs salaires, leurs biens, leurs avantages, leurs budgets, surtout qu’on parle d’engagement de diminution volontaire des salaires et d’avantages matériels des membres du gouvernement.
On aurait, aussi, aimé être familiarisé avec les attributions et domaines d’actions des organismes de contrôles, les conventions objectives et les instruments concrets mis en place pour lutter contre la corruption.
g.) Une transition démocratique même après des élections libres doit être préservée contre les dérives de la polarisation de la société. La troïka n’a pas pu faire adhérer toutes les composantes de la société dans ce chantier de la construction de la nouvelle Tunisie. Il est vrai que l’opposition a refusé mais ça peut aussi être interprété par un déficit pédagogique pour intéresser les autres à cette démarche. Ce qu’il faut savoir c’est que si on n’est pas utile, il est difficile de ne pas être très critique. Le gouvernement aurait pu créer un espace de réflexion, qu’on pourrait appeler comité des sages ou groupe de réflexion, un organe consultatif, de réflexion et de proposition pour animer les débats entre les différentes composantes de la société et le gouvernement. Ainsi, les polémiques seront réduites et les procès d’intention évités sur la scène publique par interposition dans la presse et les déclarations. Des personnalités connues pour leur, modération, crédibilité, bon sens peuvent donner de la consistance à ce projet comme Sleh Jourchi, Iyadh Ben Achour, Abdelfetah Mourou, Mohsen Marzouk, Lazhar Akremi, Salem Labiadh et beaucoup d’autres.
On aurait, ainsi, engagé des chantiers prospectifs pour, appréhender les futures stratégies de développement, repenser les modèles économiques régulées (pour éviter les dérapages actuels dans le monde des finances notamment) et autres.
Nicolas Sarkozy, à son ascension au pouvoir a fait appel à ses opposants d’hier pour leur offrir même des portefeuilles ministériels et a créé une commission chargée de recenser tous les obstacles à l'expansion. Cette mission a été confiée à un homme de gauche en la personne de Jacques Attali, l'un des plus proches conseillers de François Mitterrand durant une décennie.
3/4. DEROUTE OU TOURMENTE DE L’OPPOSITION
Après les élections on s’attendait à un peu de répit pour aider le pays à se redresser, mais la discorde qui ne cesse de s’accroitre entre le gouvernement et l’opposition, dans un climat de relatives agitation et insécurité, a été telle que le citoyen se demande sur les dessous de ce déchirement fratricide. La situation dans le pays est présentée comme alarmante, parfois une certaine hystérie s’empare de certains pour dénoncer un pays à la dérive. Cette façon de présenter les choses est ressentie par la masse silencieuse de la population comme excessive et démesurée.
Il va de soi que pour les deux protagonistes on peut recenser une minorité de partisans inconditionnels. Mais la population dans sa majorité observe avec un esprit critique la manière avec la quelle l’opposition appréhende les enjeux du moment et la façon avec laquelle les nouveaux locataires de Carthage de la Kasba et du Bardot s’attaquent au vrai défit de reconstruction d’un pays éprouvé par des cicatrices béantes avec un héritage socio économique désolant et préoccupant.
Certes les nouveaux dirigeants n’ont pas une grande expérience pour gouverner, somme toute comme l’opposition, ce que personne ne peut leur reprocher, tant ils étaient exclus de toute participation, mais, dans leur majorité, ils se distinguent déjà par leur engagement, leur force de caractère et leur probité. Des erreurs ont été commises, certes, mais c’est le prix de l’action si on veut engager des réformes, bâtir de nouveaux modes de gouvernances et rétablir les fondements d’un état de droit.
Les citoyens auraient aimé distiller chez les protagonistes de la vie politique une réelle vision sur, la situation du pays, les vraies avancées, les insuffisances constatées et les enjeux du moment. Mais le paysage politique du pays du coté de l’opposition s’est avéré un peu flou, une opposition qui s’est recroquevillée dans les salons cloitrés des élites et des plateaux de télévision.
Les partis de l’opposition n’arrivent pas à se solidariser pour un même objectif pour construire un projet qui pourrait réunir les Tunisiens autour. La guerre du leadership, le discours incendié jouant sur la peur d’Ennahda , l’incapacité de dépasser le simple rôle d’opposant protestataire confère un rôle dérisoire à l’opposition loin derrière la société civile et une presse très critique.
On peut même prétendre que la presse et la société civile se sont substituées au rôle naturellement dévolu à l’opposition. En effet une presse libre constructive et une société civile créatrice n’émergent que dans un environnement riche en débats contradictoires républicains entre de grandes formations politiques en réelle compétition, porteurs de projets critiquables dans un libre jeu démocratique, où le débat est ouvert.
Malheureusement on n’est pas encore à ce stade et il faut que le gouvernement s’habitue encore, sans nervosité, à voir la presse et la société civile jouer le rôle de l’opposition.

La tentative de Mr Sebssi pour rassembler l’opposition est louable et pourrait constituer l’alternative la plus attendue et la plus crédible en ce moment même s’il va affronter la réalité de l’égoïsme de certains qui ne sont pas prêts à céder leur leadership.
Autre mauvaise lecture de Mr Sebssi est dans ses prétendues tentatives d’intégrer les anciens « RCDistes » dans sa formation. C’est un risque majeur qu’il prend pour son projet, la population n’est pas prête encore pour cautionner des formations avec les anciens du régime déchu.
On en conclu que les parties de l’opposition doivent revoir leur stratégie d’attaque systématique au gouvernement et à Ennahda plus précisément, le risque est de se trouver désarmer devant Ennahda lors des prochaines élections et c’est le plus grave qui puisse arriver.
Si on fait une lecture de la philosophie politique d’ Ennahda on peut affirmer sans aucun doute que cette dernière s’est installée dans le gouvernement pas pour s’accaparer le pouvoir dans l’immédiat. Ennahda porte un projet à long terme avec une stratégie d’un travail dans le fond dans le tissu associatif et socioculturel de la société. Ennahda a pour objectif de rendre la société réceptive avec consentement des préceptes religieux avec un esprit de compromis consensuel, moderniste en complicité avec certains partis pour donner une nouvelle image de l’homme d’état.
Ennahda a voulu gouverner pour s’initier aux rouages du pouvoir pour asseoir les préliminaires de ses empreintes dans toutes les sphères de l’état. Plus la société civile, la presse, le syndicat, les organisations et associations se distinguent par leur farouche opposition à Ennahda plus cette dernière est avertie pour s’affermir, dans la durée, en intégrant ses partisans dans ces organisations comptant en cela sur sa large base, l’engagement de ses adhérents et sa future machine de l’information. De cette façon Ennahda va limiter le degré de nuisance de ces organisations à son égard.
Devant cette machine intelligente, structurée et ambitieuse, il faut une opposition qui se construit autour de personnalités crédibles et un projet ambitieux pour y faire adhérer une large frange de la société. L’opposition doit présenter des alternatives au projet d’Ennahda, comme par exemple faire de la Tunisie un pays neutre et développée comme la Suisse ou bien un pays avec une politique sociale comme dans les pays Scandinaves.
Avant sa fusion avec le PDP, Afek Tounes incarnait cet embryon d’un nouveau genre et style de parti non démagogue et orienté vers le futur.

4/4. PERSPECTIVE D’UNE TUNISIE DEMOCRATIQUE
La Tunisie, occupe en ce moment le devant de la scène, notamment arabe et va demeurer sous le feu des projecteurs durant encore quelques années.
A l’exception des alarmistes, la plupart des observateurs portent un jugement très optimiste sur l’aboutissement de cette révolution pour des raisons exogènes et endogènes.
Pour les facteurs exogènes, l’occident observe une seule politique dans le monde arabe celle de la stabilité régionale, jusqu’à une date récente assurée par des régimes totalitaires. Pour eux c’est une condition sine qua non pour, assurer l’approvisionnement de l’occident en énergie, la maitrise des courants migratoires, contenir l’influence des groupes islamiques et placer chaque pays dans le giron géopolitique des grands acteurs de la politique mondiale.
Les révolutions arabes ont remis en question l’équilibre préétablie et l’occident malgré quelques erreurs s’est vite attelé à se positionner avec de nouvelles stratégies adaptées à chaque pays pour préserver ses intérêts.
La démocratie dans les pays arabes n’est pas une priorité pour l’occident mais disposer dans la région d’un pays démocratique constitue, un gage de bonne intention mais aussi un laboratoire pour juger l’interaction de toutes les composantes de la société dans un environnement caractérisé par des tensions conflictuelles entre les laïques, les islamistes réformistes et les salafis conservateurs.
La Tunisie ne constitue nullement un enjeu stratégique pour les puissances régionales et internationales et de ce fait bénéficie d’un certain degrés de liberté d’action pour vivre sa propre expérience démocratique sans trop subir les manipulations étrangères.
Pour les facteurs endogènes la Tunisie est actuellement en chantier, la société est en gestation perpétuelle sans répit, la dynamique de faire bouger les choses ne s’essouffle pas parfois même dans la douleur et le positionnement de tous les acteurs s’effectue sans relâche. Les tunisiens sont entrain de forcer leur propre destin à travers une réelle politique consensuelle fruit d’une interaction entre une société civile déterminée et rajeunie qui émerge comme un vrai garde-fou capable de mobiliser l’opinion et un pouvoir engagé sans appréhension.
Le pays doit son acheminement lent mais sûr sans soubresauts majeurs sur la voie d’une démocratie irréversible à trois facteurs décisifs: une armée républicaine, une société civile avertie et engagée et l’émergence d’un pouvoir issu des opposants les plus farouches à l’ancien régime.
La Tunisie est un pays où la population est instruite, animée par un comportement social généralement modéré et consensuel. La Tunisie a capitalisé des acquis socioculturels très avancés par rapport à son entourage et le pays est en route, à la rencontre de son avenir qui offre les opportunités les plus prometteuses.
La Tunisie verra l’arrivée des multinationales, l’hébergement des grandes organisations internationales, sera une terre de rencontre et de dialogue. Le pays est promu à un destin prometteur pourvu que sa population croit en elle-même en engageant les réformes nécessaires loin de toute forme d’exclusion contreproductive ou polarisation idéologique.
La responsabilité des élites politiques économiques et intellectuelles sera décisive dans le futur pour aborder de nouveaux défit et challenge structurels dont on cite en plus des problèmes de développement déjà connus:
- Réforme de l’éducation selon les standards des pays développés, émergence de nouvelles universités d’élites et développement de la recherche scientifique appliquée dans une 1ere étape.
- Repenser le secteur du travail pour valoriser les nouveaux métiers, lutter contre le faux chômage et la réticence envers certains métiers comme dans le bâtiment et l’agriculture.
- Restructurer les caisses sociales pour anticiper sur les déficits qui se creusent au fil des ans avec les changements manifestes sur la pyramide des âges.
- Réduire le domaine d’intervention des caisses de compensation en développant de nouveaux instruments pour venir en aide aux bénéficiaires ciblés.
- Développer une symbiose entre investissement recherche et développement dans des secteurs stratégiques comme les énergies renouvelables, la mobilisation des ressources hydriques et l’économie verte et de l’environnement.
- Doter le pays d’une spécificité économique basée sur un savoir faire et qui servira de logo national à l’échelle internationale comme la médecine, le tourisme de luxe, et autres.
- S’orienter vers les investissements à grande valeur ajoutée dans les services et les nouvelles technologies avec des opportunités de travail importantes pour les diplômés du supérieur.
Pour clôturer, un message d'espoir célèbre dans le monde entier, bien au-delà des frontières des États-Unis, « I have a dream » a été la raison d’être de Martin Luther King mais aujourd’hui c’est le point d'orgue de chaque tunisien après le 14 janvier 2011.
Nous prions notre élite de ne pas nous priver de notre rêve que d’autres nations nous envient et que d’autres pays regardent avec admiration et attendent la floraison.
* Ingénieur





Farid -Instrumental- - ÓÇÚÉ ÈÞÑÈ ÇáÍÈíÈ
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