Lorsque des incidents deviennent récurrents, il y a de quoi s’inquiéter et tirer la sonnette d’alarme ! Décidément, les agressions contre les professionnels de la santé reviennent comme un leitmotiv. A écouter parler Mohamed Amine Bani, interne effectuant un stage à l’hôpital la Rabta, qui fut lui aussi récemment agressé, l’on ressent qu’il y a vraiment un hic !
santetn.com
Mohamed Amine n’est pas le premier à être victime d’agression. Et tant qu’aucune mesure formelle n’a été prise pour remédier à ce « fléau contagieux », il ne sera sûrement pas le dernier ! Après les incidents qui ont eu lieu au Centre de maternité Wassila Bourguiba et à l’Institut de Nutrition, nous revoilà devant un autre cas d’agression qui vient confirmer, une fois de plus, que les failles dans les conditions de travail ne trouvent toujours pas d’entendeur.
Encore, dans les coulisses, certains ne semblent pas être alarmés outre mesure de ces actes criminels ! « C’est ainsi et ça fait partie des risques de métiers, ça peut arriver à n’importe qui n’importe quand, n’importe où », a-t-on dit !! Serait-ce alors « normal » que des hors-la-loi dévastent la sacralité de ces institutions de santé devant une quasi-démission des autorités concernées ? Les agressions et les crimes feraient-ils alors partie du…décor ?! Le crime serait-il banalisé, normalisé ?! De toute façon, l’histoire que Sante-tn relate aujourd’hui semble être un épisode de plus d’une longue chaîne qui se veut, vraisemblablement, interminable.
C’était le dimanche 6 mai 2012, Mohamed Amine Bani, interne, était de garde au box de chirurgie. À 20h30, il reçoit un patient d’urgence, de l’institut de neurologie pour un avis de chirurgie viscérale et cardiovasculaire. Et ce fut le début d’une triste mésaventure…
« Le patient en question était accompagné de cinq personnes. J’ai permis à l’un de ses accompagnants, son fils notamment, d’entrer dans la salle vu que le patient était agité. J’ai fermé la porte et j’ai examiné le malade qui souffrait d’hémorragie digestive. J’ai donc été obligé de lui faire subir un lavage gastrique.
Au moment où j’introduisais la sonde, il a fait une hématémèse (il a vomi du sang). Je ne pouvais donc plus continuer. J’ai tout arrêté et j’ai pris le téléphone du box de chirurgie pour appeler le service de chirurgie et demander l’aide d’un résident pour un avis spécialisé.
Alors que j’étais en communication avec l’interne de garde de ce service pour lui expliquer la situation, le fils accompagnant s’est mis à m’injurier. Il m’a jeté une bouteille d’eau en plastic en pleine figure et m’a arraché le téléphone du box d’entre les mains et l’a cassé. Il s’est mis à m’insulter croyant que j’ai laissé délibérément son père mourir et que je prenais mon aise pour papoter au téléphone !
Ensuite, il m’a tenu de force par les deux bras, m’a cogné la tête contre le mur et m’a donné un coup de poing sur le visage. Entre temps il injuriait les médecins, le système… Moi, je n’essayais que de lui échapper et d’atteindre la porte pour sortir et demander le secours des urgences, mais il n’y avait personne ! Lorsque j’ai ouvert la porte, deux autres de ses accompagnants sont entrés. Le premier s’est mis à m’étrangler et l’autre à me donner des raclées.
Cela a duré un instant jusqu’à ce que deux autres patients ainsi que la femme de ménage soient entrés et ont pu me libérer de leurs mains. Je suis entré dans une autre salle que je pouvais fermer. Le surveillant est venu me voir et je lui ai raconté ce qui s’est passé.
Lorsque je suis revenu au box, j’étais totalement sous le choc et je ne me rappelai presque de plus rien. Tout ce dont je me souviens c’est que je me suis évanoui. Ensuite, lorsque j’ai repris connaissance, on m’a fait un scanner. Dieu merci cela n’a rien révélé d’anormal. Je souffrais, quand même de traumatisme crânien. Et j’ai ensuite été hospitalisé pendant 48 heures. Le neurologue a voulu me garder pendant ces deux jours sous surveillance.
Pendant mon hospitalisation, des responsables du ministère de la Santé et de l’hôpital sont venus me voir avec l’avocat. C’était pour la rédaction d’un rapport pour porter plainte. Ils se sont excusés pour ce que j’ai dû endurer. On m’a assuré qu’ils allaient se charger de la plainte concernant mes droits personnels et les droits publics. Mais il n’y a pas eu de suite !
Le mercredi, j’ai dû me déplacer pour voir le dénouement de mon affaire. A ma grande surprise, rien ne s’était encore passé. Je n’ai même pas trouvé le rapport que j’ai rédigé ! De plus, on m’a recommandé de changer le certificat initial où le médecin, qui m’avait examiné, m’a délivré un certificat de 45 jours de repos et m’ont dit qu’un tel délai de repos était abusif. J’ai donc pris mon certificat et je me suis adressé seul au poste de police pour déposer ma plainte à titre individuel.
Le déclic
« A présent, ajoute-t-il, je me sens déprimé. D’ailleurs, en repensant à celui qui m’a agressé, je crois que son comportement ne sort pas vraiment des aberrations qui ont lieu dans les urgences. Parce que pour un centre hospitalo-universitaire comme la Rabta, le système dans les urgences est mal géré. Le patient qui est présent depuis huit heures du matin pour effectuer des bilans peut rester jusqu’à la fin de l’après-midi.
En quelque sorte, je me dis que mon agresseur n’était, peut-être pas dans un état normal. S’il y avait une salle d’attente pour les accompagnants et un brancardier qui emmène les patients vers les bureaux de consultations, ces accompagnants n’auront jamais à porter eux-mêmes les malades.
Mais c’est surtout la prise de position du personnel des urgences qui m’a le plus fait mal. Parce que, en temps normal, il devrait y avoir quatre policiers qui surveilleraient les urgences. Et tout ce qu’on m’a dit, c’est que je n’avais pas de chance : puisque ces policiers venaient tout juste de sortir faire un tour à l’intérieur de l’hôpital lorsque j’étais agressé! Il n’y avait vraiment personne d’autre à part la femme de ménage.
Pire encore, lorsque j’ai essayé de contacter un responsable aux urgences, on m’a dit que je n’avais pas le droit de quitter le box avant huit heures du matin, avec l’état dans lequel j’étais ! Il m’a dit que je devais rester aux urgences et continuer à examiner les patients en compagnie d’agents de l’armée alors qu’on venait de m’hospitaliser à la réanimation du service chirurgical!
Les souffrances des internes
Puisque l’occasion se présente, confie Mohamed Amine, j’aimerai évoquer un point très important : Nous sommes des internes, c'est-à-dire qu’il s’agit de notre premier stage de chirurgie et de notre première garde en chirurgie. Malgré cela, on nous oblige tout de même à faire des gardes portes en chirurgie. Ceci nous amène à voir des chirurgies viscérales, cardiovasculaires, urologiques et orthopédiques. Et ce, en nous laissant seuls, livrés à nous-mêmes sans qu’il n’y ait de médecins qui ont fait leur thèse pour valider nos dossiers.
Parce qu’un interne ne peut pas gérer de tels dossiers tout seul et je ne peux pas joindre à chaque fois un autre médecin d’un autre service pour une validation. On nous oblige donc à rédiger des ordonnances alors que c’est légalement interdit ! Et s’il y a un préjudice, c’est à nous autres internes, que revient la responsabilité pénale.
Or, un interne n’est pas censé assurer une telle tâche ou responsabilité! Il y a des médecins de santé publique qui sont affectés dans les urgences et qui travaillent de 8 heures à 12 heures quotidiennement. Pendant ces quatre heures de travail, ils examinent quelques malades, ils leur demandent des analyses et des bilans et les laissent jusqu’à 13 heures pour que l’interne de garde continue…le reste ! C’est à croire qu’on nous considère comme des bouche-trous dans le service d’accueil des urgences.
Or, ces gardes sont censés être de formation et non pas de véritables gardes dans les urgences où nous sommes amenés à prendre des décisions alors que notre formation, se limite, jusque là, à quelques cours théoriques ! »
Les défectuosités du système semblent être encore d’actualité. Cette mise à nu des maux dont souffre le secteur de la santé publique est nécessaire, avec l’espoir que les voix des victimes seront écoutées et les failles seront communiquées aux autorités compétentes pour qu’ils mettent un terme à ces conditions précaires de travail !
Bibi Chaouachi
santetn.com
Mohamed Amine n’est pas le premier à être victime d’agression. Et tant qu’aucune mesure formelle n’a été prise pour remédier à ce « fléau contagieux », il ne sera sûrement pas le dernier ! Après les incidents qui ont eu lieu au Centre de maternité Wassila Bourguiba et à l’Institut de Nutrition, nous revoilà devant un autre cas d’agression qui vient confirmer, une fois de plus, que les failles dans les conditions de travail ne trouvent toujours pas d’entendeur.
Encore, dans les coulisses, certains ne semblent pas être alarmés outre mesure de ces actes criminels ! « C’est ainsi et ça fait partie des risques de métiers, ça peut arriver à n’importe qui n’importe quand, n’importe où », a-t-on dit !! Serait-ce alors « normal » que des hors-la-loi dévastent la sacralité de ces institutions de santé devant une quasi-démission des autorités concernées ? Les agressions et les crimes feraient-ils alors partie du…décor ?! Le crime serait-il banalisé, normalisé ?! De toute façon, l’histoire que Sante-tn relate aujourd’hui semble être un épisode de plus d’une longue chaîne qui se veut, vraisemblablement, interminable.

C’était le dimanche 6 mai 2012, Mohamed Amine Bani, interne, était de garde au box de chirurgie. À 20h30, il reçoit un patient d’urgence, de l’institut de neurologie pour un avis de chirurgie viscérale et cardiovasculaire. Et ce fut le début d’une triste mésaventure…
« Le patient en question était accompagné de cinq personnes. J’ai permis à l’un de ses accompagnants, son fils notamment, d’entrer dans la salle vu que le patient était agité. J’ai fermé la porte et j’ai examiné le malade qui souffrait d’hémorragie digestive. J’ai donc été obligé de lui faire subir un lavage gastrique.
Au moment où j’introduisais la sonde, il a fait une hématémèse (il a vomi du sang). Je ne pouvais donc plus continuer. J’ai tout arrêté et j’ai pris le téléphone du box de chirurgie pour appeler le service de chirurgie et demander l’aide d’un résident pour un avis spécialisé.
Alors que j’étais en communication avec l’interne de garde de ce service pour lui expliquer la situation, le fils accompagnant s’est mis à m’injurier. Il m’a jeté une bouteille d’eau en plastic en pleine figure et m’a arraché le téléphone du box d’entre les mains et l’a cassé. Il s’est mis à m’insulter croyant que j’ai laissé délibérément son père mourir et que je prenais mon aise pour papoter au téléphone !
Ensuite, il m’a tenu de force par les deux bras, m’a cogné la tête contre le mur et m’a donné un coup de poing sur le visage. Entre temps il injuriait les médecins, le système… Moi, je n’essayais que de lui échapper et d’atteindre la porte pour sortir et demander le secours des urgences, mais il n’y avait personne ! Lorsque j’ai ouvert la porte, deux autres de ses accompagnants sont entrés. Le premier s’est mis à m’étrangler et l’autre à me donner des raclées.
Cela a duré un instant jusqu’à ce que deux autres patients ainsi que la femme de ménage soient entrés et ont pu me libérer de leurs mains. Je suis entré dans une autre salle que je pouvais fermer. Le surveillant est venu me voir et je lui ai raconté ce qui s’est passé.
Lorsque je suis revenu au box, j’étais totalement sous le choc et je ne me rappelai presque de plus rien. Tout ce dont je me souviens c’est que je me suis évanoui. Ensuite, lorsque j’ai repris connaissance, on m’a fait un scanner. Dieu merci cela n’a rien révélé d’anormal. Je souffrais, quand même de traumatisme crânien. Et j’ai ensuite été hospitalisé pendant 48 heures. Le neurologue a voulu me garder pendant ces deux jours sous surveillance.
Pendant mon hospitalisation, des responsables du ministère de la Santé et de l’hôpital sont venus me voir avec l’avocat. C’était pour la rédaction d’un rapport pour porter plainte. Ils se sont excusés pour ce que j’ai dû endurer. On m’a assuré qu’ils allaient se charger de la plainte concernant mes droits personnels et les droits publics. Mais il n’y a pas eu de suite !
Le mercredi, j’ai dû me déplacer pour voir le dénouement de mon affaire. A ma grande surprise, rien ne s’était encore passé. Je n’ai même pas trouvé le rapport que j’ai rédigé ! De plus, on m’a recommandé de changer le certificat initial où le médecin, qui m’avait examiné, m’a délivré un certificat de 45 jours de repos et m’ont dit qu’un tel délai de repos était abusif. J’ai donc pris mon certificat et je me suis adressé seul au poste de police pour déposer ma plainte à titre individuel.
Le déclic
« A présent, ajoute-t-il, je me sens déprimé. D’ailleurs, en repensant à celui qui m’a agressé, je crois que son comportement ne sort pas vraiment des aberrations qui ont lieu dans les urgences. Parce que pour un centre hospitalo-universitaire comme la Rabta, le système dans les urgences est mal géré. Le patient qui est présent depuis huit heures du matin pour effectuer des bilans peut rester jusqu’à la fin de l’après-midi.
En quelque sorte, je me dis que mon agresseur n’était, peut-être pas dans un état normal. S’il y avait une salle d’attente pour les accompagnants et un brancardier qui emmène les patients vers les bureaux de consultations, ces accompagnants n’auront jamais à porter eux-mêmes les malades.
Mais c’est surtout la prise de position du personnel des urgences qui m’a le plus fait mal. Parce que, en temps normal, il devrait y avoir quatre policiers qui surveilleraient les urgences. Et tout ce qu’on m’a dit, c’est que je n’avais pas de chance : puisque ces policiers venaient tout juste de sortir faire un tour à l’intérieur de l’hôpital lorsque j’étais agressé! Il n’y avait vraiment personne d’autre à part la femme de ménage.
Pire encore, lorsque j’ai essayé de contacter un responsable aux urgences, on m’a dit que je n’avais pas le droit de quitter le box avant huit heures du matin, avec l’état dans lequel j’étais ! Il m’a dit que je devais rester aux urgences et continuer à examiner les patients en compagnie d’agents de l’armée alors qu’on venait de m’hospitaliser à la réanimation du service chirurgical!
Les souffrances des internes
Puisque l’occasion se présente, confie Mohamed Amine, j’aimerai évoquer un point très important : Nous sommes des internes, c'est-à-dire qu’il s’agit de notre premier stage de chirurgie et de notre première garde en chirurgie. Malgré cela, on nous oblige tout de même à faire des gardes portes en chirurgie. Ceci nous amène à voir des chirurgies viscérales, cardiovasculaires, urologiques et orthopédiques. Et ce, en nous laissant seuls, livrés à nous-mêmes sans qu’il n’y ait de médecins qui ont fait leur thèse pour valider nos dossiers.
Parce qu’un interne ne peut pas gérer de tels dossiers tout seul et je ne peux pas joindre à chaque fois un autre médecin d’un autre service pour une validation. On nous oblige donc à rédiger des ordonnances alors que c’est légalement interdit ! Et s’il y a un préjudice, c’est à nous autres internes, que revient la responsabilité pénale.
Or, un interne n’est pas censé assurer une telle tâche ou responsabilité! Il y a des médecins de santé publique qui sont affectés dans les urgences et qui travaillent de 8 heures à 12 heures quotidiennement. Pendant ces quatre heures de travail, ils examinent quelques malades, ils leur demandent des analyses et des bilans et les laissent jusqu’à 13 heures pour que l’interne de garde continue…le reste ! C’est à croire qu’on nous considère comme des bouche-trous dans le service d’accueil des urgences.
Or, ces gardes sont censés être de formation et non pas de véritables gardes dans les urgences où nous sommes amenés à prendre des décisions alors que notre formation, se limite, jusque là, à quelques cours théoriques ! »
Les défectuosités du système semblent être encore d’actualité. Cette mise à nu des maux dont souffre le secteur de la santé publique est nécessaire, avec l’espoir que les voix des victimes seront écoutées et les failles seront communiquées aux autorités compétentes pour qu’ils mettent un terme à ces conditions précaires de travail !
Bibi Chaouachi





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