Les agressions et les actes de violence contre les professionnels de la santé, toutes catégories confondues, demeurent hélas toujours d’actualité. Environ trois mois après l’affaire de l’hôpital Wassila Bourguiba, c’est l’Institut de Nutrition qui a été récemment le théâtre de scènes violentes.
Vol, braquage, saccage, agression physique, violence verbale, incendie, injures... les établissements médico-sanitaires se transforment d’ores et déjà en un véritable brasier pour les hors-la-loi ! Le 30 mars dernier, un patient et ses deux accompagnants ont semé le trouble dans l’Institut de Nutrition. La victime ? C’est Mme N.J. une résidente enceinte (début de troisième trimestre de grossesse) qui a vécu une véritable journée de terreur… Sante-tn s’est rendu sur les lieux.
Par Bibi Chaouachi
(sante-tn.com)
Le vendredi de la terreur
En se rendant à l’Institut de Nutrition, le vendredi 30 mars, Mme N.J. ne se doutait vraiment pas de ce qu’elle devait affronter. Pour elle, il s’agissait seulement d’une journée de travail comme les autres où elle devrait, comme à l’accoutumée, se donner pleinement à son devoir : celui d’être au service des patients et de faire en sorte
d’alléger leurs maux.
Vers midi, un patient diabétique, la cinquantaine, plutôt bien fringué, vient la voir avec son frère (infirmier dans un autre hôpital) et l’épouse de ce dernier. Et c’est là où l’histoire se transforme d’un simple exercice de travail en une journée exceptionnellement terrifiante.
« Durant cette période j’exerçais au service des urgences. Il arrive que des problèmes aient lieu dans ce service tant qu’il s’agit d’urgence ! A l’institut, nous disposons d’environ 70 à 80 lits puisqu’il ne s’agit pas d’un grand hôpital. Et pour hospitaliser un patient et l’aliter, l’on privilégie toujours les cas d’urgence.
C’est toujours aux cas graves que revient la priorité d’alitement. Le patient en question souffrait de diabète de type 1 qu’il trainait depuis 25 ans. Autrement dit, il n’était pas bien suivi et sa maladie est dégénérative. Il souffrait de diabète et cela a touché ses yeux étant donné qu’il se laissait aller, qu’il n’était pas bien suivi, qu’il commettait de grands écarts dans son régime alimentaire, qu’il ne prenait pas ses médicaments de façon assidue et convenable et ce, durant toutes ces années de diabète. Il fallait donc équilibrer sa glycémie pour sauver la rétine.
Ce jour là, il venait pour sa première consultation mais n’a pas trouvé de médecin. Étant donné que son frère appartenait au corps paramédical, on lui a permis d’être consulté par un autre médecin du service. Le patient m’a donc été transmis aux urgences pour une éventuelle hospitalisation. Il avait une lettre du médecin sur laquelle était inscrit « trouble de comportement ». J’ai donc dû lui faire subir un examen pour comprendre les raisons de ce trouble.
J’ai certes trouvé un taux glycémique de 3 grammes, mais ce, après collation. Pour un diabétique sans médications c’était donc normal ! Le patient était, en revanche bien orienté, n’avait aucun problème d’orientation spatiotemporelle et je ne voyais donc pas de signes de troubles du comportement ! En termes d’urgences, il ne s’agissait pas d’une!
Ce même jour, nous avons eu des cas beaucoup plus graves où une hospitalisation immédiate s’imposait de toute urgence et il ne nous restait pas de lits disponibles ! Je lui ai donc recommandé de prendre sa dose de médicament, de régler son régime alimentaire et de tester à nouveau son taux glycémique durant le week-end. Et je lui ai dit de revenir me voir le lundi matin même sans rendez-vous. Et c’est là où il s’est mis à déverser toute sa rage »… nous confie le Dr N.J.
La dégénérescence
« Le patient, semble-t-il, a cru que je le faisais tourner en bourrique ! », disait Mme N.J. Et d’ajouter : « Je lui ai dit que son cas n’était pas vraiment grave ou urgent, qu’on ne disposait pas de lits et que je pouvais lui remettre une lettre pour qu’il soit hospitalisé ailleurs. Le cas échéant, il devait acheter un glucomètre, poursuivre mes recommandations et revenir me voir le lundi pour un check-up complet.
Et c’est là où il est monté sur ses grands chevaux ! Monsieur s’est mis à déverser toutes sortes d’injures avec l’appui de son frère et de sa belle sœur ! Il me disait que je ne devais pas avoir un mot à dire puisque le médecin qui l’a consulté lui a déjà dit qu’il pouvait être alité. C’est là que j’ai bien ressenti que c’est suite à son comportement agressif que le médecin en question s’est senti bousculé et a recommandé son alitement.
Moi, je ne faisais que mon travail ! La déontologie et l’éthique de mon noble métier ne pouvaient pas me permettre de donner la priorité à Monsieur seulement parce qu’il avait une grande gueule ! J’étais aux urgences et j’étais bien placée pour savoir qu’il n’y avait pas de lits vacants et qu’il y avait des cas vraiment plus graves qui, eux, étaient menacés et avaient besoin d’une hospitalisation urgente.
Enfin bref, lorsque je lui ai émis un certificat, il m’a dit qu’il allait être alité et ce malgré moi. Et c’est là où il s’est mis à m’injurier avec un jargon que je n’oserai pas reproduire. Les plus décents parmi ses propos, c’étaient des menaces directes contre ma personne. Il m’a dit qu’il allait me fracasser la tête, qu’il ne quittera pas l’hôpital et attendra que je sorte pour qu’il me fasse voir de quoi il était capable.
Le patient, son frère et sa belle sœur ont alors squatté la porte de sortie me rendant prisonnière des locaux de midi à 15h30.
Ces trois personnes ont carrément semé la terreur sur les lieux : cris, menaces, injures…c’était le chaos durant plus de trois heures ! Et ils essayaient, par tous les moyens, de me violenter. Sauf que le surveillant, un ouvrier et trois infirmières (femmes) se sont interposés pour me protéger.
Les hors-la-loi font la loi !
« Entre-temps, j’ai appelé la police secours, ajoute-t-elle, un seul agent a été envoyé. Le pauvre avait une petite stature et n’a pas pu les affronter. Il a essayé de résoudre le problème à l’amiable, mais en vain, au final, il s’est…désisté !
J’ai donc appelé mon époux. Lorsqu’il est venu, les hommes en question ont voulu l’abattre, mais le personnel de l’hôpital est intervenu. Les infirmières et le surveillant ont fait une diversion : ils leur ont dit qu’ils allaient emmener le patient ailleurs pour une autre consultation pour que mon mari puisse parvenir jusqu’à moi.
En ce moment, je ne me portais vraiment pas bien, je commençais à ressentir des douleurs au ventre. Mon mari, avec l’aide du gardien, a pu me faire sortir par la porte de derrière. Nous sommes allés voir la brigade criminelle. J’ai porté plainte pour agression en cours d’exercice. Mais le temps de terminer les formalités administratives et de revenir sur les lieux vers 16h45, ils étaient déjà partis…
Jusqu’à présent, soit 38 jours après cette agression, il n’y a pas eu la moindre suite ! Mes collègues, que je remercie vivement d’ailleurs, ont porté un brassard rouge en guise de solidarité avec moi. Et depuis, j’ai eu des complications de grossesse, le col s’est dilaté et je suis restée un moment alitée.
Maintenant, je ne peux exercer qu’en position assise. La directrice de l’Institut a placé un agent de gardiennage. C’est la seule et unique mesure qui a été prise pour la protection du personnel !!
Pis encore, il y a un peu plus d’une semaine, une collègue travaillant dans la pharmacie de l’Institut fut, à son tour, attaquée. La pauvre, elle n’a pas eu autant de chance que moi… Enceinte de plus de 7 mois, une femme âgée l’aurait battue à coups de canne sur le ventre. Il y a 5 jours, elle a perdu son bébé.
Oui, son enfant est mort suite à un HRP (hématome rétro-placentaire). La dame en question l’a bien vu enceinte, son ventre était très apparent et elle a visé son ventre. Il s’agit d’un homicide ! Et je ne sais vraiment pas comment elle se porte à présent. »
« Je suis à l’hôpital du peuple, toi médecin, tu ne fais pas partie du peuple »
C’est la phrase qu’a prononcée le patient diabétique lorsqu’il a voulu être alité de force. « Je suis à l’hôpital du peuple et je serai alité que tu le veuilles ou pas », Mme N.J. répond « moi aussi je suis de ce peuple et je ferai tout pour vous aider, sauf que je ne peux vraiment pas vous aliter, vous ne souffrez pas d’un problème urgent ».
Et le Monsieur de répondre : « Toi, médecin, tu ne fais pas partie du peuple »… Devrons-nous s’arrêter à cette phrase ? Franchement, un temps de réflexion s’impose ! Parce que la Tunisie postrévolutionnaire ressemble de plus en plus à une Tunisie éventrée, déchiquetée, déchirée et divisée…
Vol, braquage, saccage, agression physique, violence verbale, incendie, injures... les établissements médico-sanitaires se transforment d’ores et déjà en un véritable brasier pour les hors-la-loi ! Le 30 mars dernier, un patient et ses deux accompagnants ont semé le trouble dans l’Institut de Nutrition. La victime ? C’est Mme N.J. une résidente enceinte (début de troisième trimestre de grossesse) qui a vécu une véritable journée de terreur… Sante-tn s’est rendu sur les lieux.
Par Bibi Chaouachi
(sante-tn.com)
Le vendredi de la terreur
En se rendant à l’Institut de Nutrition, le vendredi 30 mars, Mme N.J. ne se doutait vraiment pas de ce qu’elle devait affronter. Pour elle, il s’agissait seulement d’une journée de travail comme les autres où elle devrait, comme à l’accoutumée, se donner pleinement à son devoir : celui d’être au service des patients et de faire en sorte
d’alléger leurs maux. Vers midi, un patient diabétique, la cinquantaine, plutôt bien fringué, vient la voir avec son frère (infirmier dans un autre hôpital) et l’épouse de ce dernier. Et c’est là où l’histoire se transforme d’un simple exercice de travail en une journée exceptionnellement terrifiante.
« Durant cette période j’exerçais au service des urgences. Il arrive que des problèmes aient lieu dans ce service tant qu’il s’agit d’urgence ! A l’institut, nous disposons d’environ 70 à 80 lits puisqu’il ne s’agit pas d’un grand hôpital. Et pour hospitaliser un patient et l’aliter, l’on privilégie toujours les cas d’urgence.
C’est toujours aux cas graves que revient la priorité d’alitement. Le patient en question souffrait de diabète de type 1 qu’il trainait depuis 25 ans. Autrement dit, il n’était pas bien suivi et sa maladie est dégénérative. Il souffrait de diabète et cela a touché ses yeux étant donné qu’il se laissait aller, qu’il n’était pas bien suivi, qu’il commettait de grands écarts dans son régime alimentaire, qu’il ne prenait pas ses médicaments de façon assidue et convenable et ce, durant toutes ces années de diabète. Il fallait donc équilibrer sa glycémie pour sauver la rétine.
Ce jour là, il venait pour sa première consultation mais n’a pas trouvé de médecin. Étant donné que son frère appartenait au corps paramédical, on lui a permis d’être consulté par un autre médecin du service. Le patient m’a donc été transmis aux urgences pour une éventuelle hospitalisation. Il avait une lettre du médecin sur laquelle était inscrit « trouble de comportement ». J’ai donc dû lui faire subir un examen pour comprendre les raisons de ce trouble.
J’ai certes trouvé un taux glycémique de 3 grammes, mais ce, après collation. Pour un diabétique sans médications c’était donc normal ! Le patient était, en revanche bien orienté, n’avait aucun problème d’orientation spatiotemporelle et je ne voyais donc pas de signes de troubles du comportement ! En termes d’urgences, il ne s’agissait pas d’une!
Ce même jour, nous avons eu des cas beaucoup plus graves où une hospitalisation immédiate s’imposait de toute urgence et il ne nous restait pas de lits disponibles ! Je lui ai donc recommandé de prendre sa dose de médicament, de régler son régime alimentaire et de tester à nouveau son taux glycémique durant le week-end. Et je lui ai dit de revenir me voir le lundi matin même sans rendez-vous. Et c’est là où il s’est mis à déverser toute sa rage »… nous confie le Dr N.J.
La dégénérescence
« Le patient, semble-t-il, a cru que je le faisais tourner en bourrique ! », disait Mme N.J. Et d’ajouter : « Je lui ai dit que son cas n’était pas vraiment grave ou urgent, qu’on ne disposait pas de lits et que je pouvais lui remettre une lettre pour qu’il soit hospitalisé ailleurs. Le cas échéant, il devait acheter un glucomètre, poursuivre mes recommandations et revenir me voir le lundi pour un check-up complet.
Et c’est là où il est monté sur ses grands chevaux ! Monsieur s’est mis à déverser toutes sortes d’injures avec l’appui de son frère et de sa belle sœur ! Il me disait que je ne devais pas avoir un mot à dire puisque le médecin qui l’a consulté lui a déjà dit qu’il pouvait être alité. C’est là que j’ai bien ressenti que c’est suite à son comportement agressif que le médecin en question s’est senti bousculé et a recommandé son alitement.
Moi, je ne faisais que mon travail ! La déontologie et l’éthique de mon noble métier ne pouvaient pas me permettre de donner la priorité à Monsieur seulement parce qu’il avait une grande gueule ! J’étais aux urgences et j’étais bien placée pour savoir qu’il n’y avait pas de lits vacants et qu’il y avait des cas vraiment plus graves qui, eux, étaient menacés et avaient besoin d’une hospitalisation urgente.
Enfin bref, lorsque je lui ai émis un certificat, il m’a dit qu’il allait être alité et ce malgré moi. Et c’est là où il s’est mis à m’injurier avec un jargon que je n’oserai pas reproduire. Les plus décents parmi ses propos, c’étaient des menaces directes contre ma personne. Il m’a dit qu’il allait me fracasser la tête, qu’il ne quittera pas l’hôpital et attendra que je sorte pour qu’il me fasse voir de quoi il était capable.
Le patient, son frère et sa belle sœur ont alors squatté la porte de sortie me rendant prisonnière des locaux de midi à 15h30.
Ces trois personnes ont carrément semé la terreur sur les lieux : cris, menaces, injures…c’était le chaos durant plus de trois heures ! Et ils essayaient, par tous les moyens, de me violenter. Sauf que le surveillant, un ouvrier et trois infirmières (femmes) se sont interposés pour me protéger.
Les hors-la-loi font la loi !
« Entre-temps, j’ai appelé la police secours, ajoute-t-elle, un seul agent a été envoyé. Le pauvre avait une petite stature et n’a pas pu les affronter. Il a essayé de résoudre le problème à l’amiable, mais en vain, au final, il s’est…désisté !
J’ai donc appelé mon époux. Lorsqu’il est venu, les hommes en question ont voulu l’abattre, mais le personnel de l’hôpital est intervenu. Les infirmières et le surveillant ont fait une diversion : ils leur ont dit qu’ils allaient emmener le patient ailleurs pour une autre consultation pour que mon mari puisse parvenir jusqu’à moi.
En ce moment, je ne me portais vraiment pas bien, je commençais à ressentir des douleurs au ventre. Mon mari, avec l’aide du gardien, a pu me faire sortir par la porte de derrière. Nous sommes allés voir la brigade criminelle. J’ai porté plainte pour agression en cours d’exercice. Mais le temps de terminer les formalités administratives et de revenir sur les lieux vers 16h45, ils étaient déjà partis…
Jusqu’à présent, soit 38 jours après cette agression, il n’y a pas eu la moindre suite ! Mes collègues, que je remercie vivement d’ailleurs, ont porté un brassard rouge en guise de solidarité avec moi. Et depuis, j’ai eu des complications de grossesse, le col s’est dilaté et je suis restée un moment alitée.
Maintenant, je ne peux exercer qu’en position assise. La directrice de l’Institut a placé un agent de gardiennage. C’est la seule et unique mesure qui a été prise pour la protection du personnel !!
Pis encore, il y a un peu plus d’une semaine, une collègue travaillant dans la pharmacie de l’Institut fut, à son tour, attaquée. La pauvre, elle n’a pas eu autant de chance que moi… Enceinte de plus de 7 mois, une femme âgée l’aurait battue à coups de canne sur le ventre. Il y a 5 jours, elle a perdu son bébé.
Oui, son enfant est mort suite à un HRP (hématome rétro-placentaire). La dame en question l’a bien vu enceinte, son ventre était très apparent et elle a visé son ventre. Il s’agit d’un homicide ! Et je ne sais vraiment pas comment elle se porte à présent. »
« Je suis à l’hôpital du peuple, toi médecin, tu ne fais pas partie du peuple »
C’est la phrase qu’a prononcée le patient diabétique lorsqu’il a voulu être alité de force. « Je suis à l’hôpital du peuple et je serai alité que tu le veuilles ou pas », Mme N.J. répond « moi aussi je suis de ce peuple et je ferai tout pour vous aider, sauf que je ne peux vraiment pas vous aliter, vous ne souffrez pas d’un problème urgent ».
Et le Monsieur de répondre : « Toi, médecin, tu ne fais pas partie du peuple »… Devrons-nous s’arrêter à cette phrase ? Franchement, un temps de réflexion s’impose ! Parce que la Tunisie postrévolutionnaire ressemble de plus en plus à une Tunisie éventrée, déchiquetée, déchirée et divisée…





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