Est-ce qu’il existe une identité tunisienne ? Une culture Tunisienne ? Est-il vrai que nous sommes tellement à cheval entre occident et orient ou monde Arabe, que nous n’avons plus d’identité, une identité qui soit claire du moins ? Est il vrai que le choix Bourguibiste de se rapprocher de l’Europe et de la France en particulier, nous a déraciné de nos racines Arabo-musulmanes ? Et que nous nous retrouvons à mi chemin entre les deux, et donc nulle part ? Est-il vrai enfin, que nous sommes trop centrés sur nos petites personnes, que peu de choses nous réunissent en fait ? Mis à part les équipes de foot, qu’est ce qui réunit vraiment les Tunisiens ?
Ce sont des interrogations que j’entends de plus en plus ici et là, certains pensent que nous sommes en déficit d’un projet politique ou d’un projet collectif, parce que finalement nous ne partageons pas grand-chose…nous n’avons pas une identité, ou des valeurs, Tunisiennes, bien distinctives et partagées. Ou alors nous sommes trop occidentalisés pour les arabes, et trop Arabisés, pour les occidentaux…Et c’est pour cette raison que la révolution est devenue revendications sectorielles et corporatistes.
Toutes ces interrogations sont bien légitimes, au regard des faits.
Qu’est ce qu’une culture d’abord ?
Voila une définition très simple : La culture c’est des éléments matériels, comme l’architecture, la gastronomie, etc, et des éléments immatériels, comme les valeurs, l’histoire, le langage, etc. Et en général les éléments immatériels, vont influencer ou façonner les éléments matériels. Les valeurs, les catégories mentales (ça c’est bien, ça c’est mauvais, ça c’est joli, ça c’est moche, etc), et plus généralement les modes de raisonnement, vont induire les comportements, l’architecture, etc etc.
Développons maintenant ...
Première idée, capitale, à mon avis : une culture n’est pas un moule, ou tout individu doit absolument rentrer, pour se réclamer de cette culture. Une culture est un tout cohérent. C’est un tout, qui réunit (selon Linton), plusieurs catégories sociales, présentant donc plusieurs « constellations de modèles culturels ». Ainsi il va de soi que ces modèles sont spésifiques chacun, à la catégorie sociale, ou d’âge, (ou autres)à la quelle ils correspondent.
Balayée donc l’idée de la culture comme un moule ou un modèle unique et uniforme, auquel doit correspondre tout un chacun.
Après… Comment plusieurs modèles culturels (ou sous cultures) peuvent elles cohabiter et former ce « tout cohérent » ? Et bien tout simplement il s’agit d’un équilibre dynamique, avec des ajustements de chaque côté, et qui font qu’à la fin tout se tienne.
D’où je rebondis sur la deuxième idée capitale dans une culture, et qui est le mouvement. Une culture n’est jamais, et elle n’est pas non plus sensée être : figée. D’ailleurs une culture figée, meurt. Donc, autant il ya des échanges avec l’extérieur (emprunts culturels pour Malinowski), autant une culture va intégrer cela, plus ou moins bien, il est vrai. Mais ceci est une autre question.
Donc, ce n’est parce que nous sommes « différents » les uns des autres, ou que nous pensons différemment, que nous n’avons pas une culture forte. Une culture, c’est ce qui reste quand tout disparait. Phrase célèbre, et qui prend
tout son sens en ce moment. Nous pouvons être différents, et c’est même une richesse -regardons la diversité des sous cultures aux USA-. Notre culture ou notre identité collective, c’est ce qui nous lie derrière tout ça. C’est la force qui a fait bouger des milliers de gens un certain 14 janvier, et c’est l’émotion qui a réunit ces centaines de Tunisiois avec leurs concitoyens de Sidi Bouzid, autour des barbecues, et des chants de Mounir Troudi.
Ce qui nous lie, ça s’appelle le noyau dur. Dans le tout formé par une culture donnée, il y a un noyau dur, qui est stable, et partagé par une majorité. En plus de ce noyau, il existe une espèce de « périphérie ». Cette périphérie est très mouvante : elle change, et elle change selon la personne, la situation, etc. Cette périphérie incarne donc les modulations individuelles, d’un cadre partagé par tous, et qui est le noyau dur.
Ainsi, encore une fois, l’existence d’une culture, ne veut nullement dire que des différences, ou des subjectivités individuelles soient reniées. Mais à plus grande échelle, le fait que nous soyons assez ouverts à la culture occidentale, et en même temps, imprégnés par des racines Arabo-musulmanes, est loin d’être une faiblesse.
Le tout est dans la manière de gérer cette double appartenance, ou double imprégnation. Pour résumer (et selon Parsons), c’est notre rapport de force à l’autre qui définit la manière dont un emprunt culturel peut se faire. C'est-à-dire en venant renforcer ou enrichir mon identité, ou à l’inverse, en faisant de moi un individu sans repères.
Probablement, la position de l’occident ancien colonisateur n’a pas idéalement servi notre cause. Ceci dit, aujourd’hui les choses changent, et le 14 janvier nous donne une fierté nouvelle. Un rapport de force nouveau, est donc en train de s’installer. Et c’est pour cela que je suis optimiste.
Nous avons 3000ans d’histoire, ça fait au mieux une culture, si non un inconscient culturel, collectif, considérable. Le 14 janvier nous donne une occasion historique, extraordinaire, de renverser le rapport de force en notre faveur, et c’est là tout l’enjeu. Il est d’abord culturel. C’est à partir d’une culture forte, fière et ouverte aux emprunts de l’extérieur, que nous aurons gagné le challenge du progrès. Je dis progrès, et pas croissance, au sens économique.
Exemple très simple : Avant le 14 janvier, les rues de ce pays étaient en général sales, l’espace public ne représente rien pour le citoyen, il n’est chez lui, que chez lui, à la maison. La rue n’est pas la maison. Donc c’est pas grave, on s’en fout . Après le 14 janvier, la rue est devenue mienne, elle m’apartient, des gens sont morts dans cette rue, on a été solidaires dans notre quartier, et on a veillé des nuits et des nuits, tous ensemble, pour surveiller toutes nos familles, et tout nos biens.
Ainsi, on a vu après le 14 janvier, des gens, qui probablement jetaient leurs ordures en pleine rue avant, en train de nettoyer ces mêmes rues. Voila un changement culturel. Voila une image de ce qui nous lie, en dépit de tout. De ce noyau qui unit toutes les catégories sociales, et qui est plus profond et plus enraciné, que les racines Arabo-musulmanes elles mêmes, ou l’ouverture à l’occident, et certainement plus profond que nos différences individuelles.
Ce sont des interrogations que j’entends de plus en plus ici et là, certains pensent que nous sommes en déficit d’un projet politique ou d’un projet collectif, parce que finalement nous ne partageons pas grand-chose…nous n’avons pas une identité, ou des valeurs, Tunisiennes, bien distinctives et partagées. Ou alors nous sommes trop occidentalisés pour les arabes, et trop Arabisés, pour les occidentaux…Et c’est pour cette raison que la révolution est devenue revendications sectorielles et corporatistes.
Toutes ces interrogations sont bien légitimes, au regard des faits.
Qu’est ce qu’une culture d’abord ?
Voila une définition très simple : La culture c’est des éléments matériels, comme l’architecture, la gastronomie, etc, et des éléments immatériels, comme les valeurs, l’histoire, le langage, etc. Et en général les éléments immatériels, vont influencer ou façonner les éléments matériels. Les valeurs, les catégories mentales (ça c’est bien, ça c’est mauvais, ça c’est joli, ça c’est moche, etc), et plus généralement les modes de raisonnement, vont induire les comportements, l’architecture, etc etc.
Développons maintenant ...
Première idée, capitale, à mon avis : une culture n’est pas un moule, ou tout individu doit absolument rentrer, pour se réclamer de cette culture. Une culture est un tout cohérent. C’est un tout, qui réunit (selon Linton), plusieurs catégories sociales, présentant donc plusieurs « constellations de modèles culturels ». Ainsi il va de soi que ces modèles sont spésifiques chacun, à la catégorie sociale, ou d’âge, (ou autres)à la quelle ils correspondent.
Balayée donc l’idée de la culture comme un moule ou un modèle unique et uniforme, auquel doit correspondre tout un chacun.
Après… Comment plusieurs modèles culturels (ou sous cultures) peuvent elles cohabiter et former ce « tout cohérent » ? Et bien tout simplement il s’agit d’un équilibre dynamique, avec des ajustements de chaque côté, et qui font qu’à la fin tout se tienne.
D’où je rebondis sur la deuxième idée capitale dans une culture, et qui est le mouvement. Une culture n’est jamais, et elle n’est pas non plus sensée être : figée. D’ailleurs une culture figée, meurt. Donc, autant il ya des échanges avec l’extérieur (emprunts culturels pour Malinowski), autant une culture va intégrer cela, plus ou moins bien, il est vrai. Mais ceci est une autre question.
Donc, ce n’est parce que nous sommes « différents » les uns des autres, ou que nous pensons différemment, que nous n’avons pas une culture forte. Une culture, c’est ce qui reste quand tout disparait. Phrase célèbre, et qui prend
tout son sens en ce moment. Nous pouvons être différents, et c’est même une richesse -regardons la diversité des sous cultures aux USA-. Notre culture ou notre identité collective, c’est ce qui nous lie derrière tout ça. C’est la force qui a fait bouger des milliers de gens un certain 14 janvier, et c’est l’émotion qui a réunit ces centaines de Tunisiois avec leurs concitoyens de Sidi Bouzid, autour des barbecues, et des chants de Mounir Troudi.Ce qui nous lie, ça s’appelle le noyau dur. Dans le tout formé par une culture donnée, il y a un noyau dur, qui est stable, et partagé par une majorité. En plus de ce noyau, il existe une espèce de « périphérie ». Cette périphérie est très mouvante : elle change, et elle change selon la personne, la situation, etc. Cette périphérie incarne donc les modulations individuelles, d’un cadre partagé par tous, et qui est le noyau dur.
Ainsi, encore une fois, l’existence d’une culture, ne veut nullement dire que des différences, ou des subjectivités individuelles soient reniées. Mais à plus grande échelle, le fait que nous soyons assez ouverts à la culture occidentale, et en même temps, imprégnés par des racines Arabo-musulmanes, est loin d’être une faiblesse.
Le tout est dans la manière de gérer cette double appartenance, ou double imprégnation. Pour résumer (et selon Parsons), c’est notre rapport de force à l’autre qui définit la manière dont un emprunt culturel peut se faire. C'est-à-dire en venant renforcer ou enrichir mon identité, ou à l’inverse, en faisant de moi un individu sans repères.
Probablement, la position de l’occident ancien colonisateur n’a pas idéalement servi notre cause. Ceci dit, aujourd’hui les choses changent, et le 14 janvier nous donne une fierté nouvelle. Un rapport de force nouveau, est donc en train de s’installer. Et c’est pour cela que je suis optimiste.
Nous avons 3000ans d’histoire, ça fait au mieux une culture, si non un inconscient culturel, collectif, considérable. Le 14 janvier nous donne une occasion historique, extraordinaire, de renverser le rapport de force en notre faveur, et c’est là tout l’enjeu. Il est d’abord culturel. C’est à partir d’une culture forte, fière et ouverte aux emprunts de l’extérieur, que nous aurons gagné le challenge du progrès. Je dis progrès, et pas croissance, au sens économique.
Exemple très simple : Avant le 14 janvier, les rues de ce pays étaient en général sales, l’espace public ne représente rien pour le citoyen, il n’est chez lui, que chez lui, à la maison. La rue n’est pas la maison. Donc c’est pas grave, on s’en fout . Après le 14 janvier, la rue est devenue mienne, elle m’apartient, des gens sont morts dans cette rue, on a été solidaires dans notre quartier, et on a veillé des nuits et des nuits, tous ensemble, pour surveiller toutes nos familles, et tout nos biens.
Ainsi, on a vu après le 14 janvier, des gens, qui probablement jetaient leurs ordures en pleine rue avant, en train de nettoyer ces mêmes rues. Voila un changement culturel. Voila une image de ce qui nous lie, en dépit de tout. De ce noyau qui unit toutes les catégories sociales, et qui est plus profond et plus enraciné, que les racines Arabo-musulmanes elles mêmes, ou l’ouverture à l’occident, et certainement plus profond que nos différences individuelles.
Sondes khribi Khlifa





Om Kalthoum - أنساك
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