Etounsi.com : Un spectacle décrit l'addiction des Tunisiens pour l'Internet



« etounsi.com », un nouveau one-man show qui met en scène l''acteur tunisien Jaafar Guesmi, incite le public à s''interroger sur l''équilibre entre vie réelle et vie virtuelle.
Par son côté comique, ce spectacle m''a laissée avec plusieurs questions intriguantes , explique Besma Riahin, une étudiante venue assister au spectacle. Sommes-nous devenus accros à lnternet ? La technologie moderne nous affaiblit-elle ?
Ce spectacle, écrit par le journaliste Naoufel Wertani et dirigé par Sahbi Omar, est un parfait mélange de sarcasme et de sérieux. Il s''en prend à l''aliénation des Tunisiens qui vivent leur vie en ligne, explique Guesmi.
Durant tout le spectacle, je veux inciter les gens à penser à ce qui pousse les Tunisiens à embrasser le monde virtuel pour exprimer leurs préoccupations et leurs émotions , explique-t-il. Je pense que trop de tabous ont conduit beaucoup de citoyens du monde arabe à se cacher derrière leurs écrans, et, grâce à leur mot de passe, à échapper à la surveillance de la famille ou de la société.

Dans cette pièce, Guesmi déverse sa rage contre la souris qui a dévoré le livre – par référence à la souris de l''ordinateur qui a usurpé le rôle du livre dans la société tunisienne.
L''acteur admet que, lui aussi, a déserté les livres. Il affirme regretter ce changement, malgré son plus grand respect pour la technologie moderne, qui facilite la communication entre les gens, les rapproche et leur donne une plus grande marge de liberté .
Le critique Bechir ben Mansour reconnaît lui aussi que l''Internet a apporté la liberté en Tunisie.ettounsi.com
Les Tunisiens qui utilisent l''Internet ont une addiction sanitaire , explique-t-il, parce que l''Internet a mis à leur disposition tout ce dont ils étaient privés du fait de la politique, de la morale, des traditions et de la religion.
Les Tunisiens ne sont pas rendus malades par l''Internet , dit-il. Ils sont rendus malades par la répression.
Les médias traditionnels profitent aussi de ce flux d''informations, ajoute Asma Cheniti. Ce spectacle dresse le portrait de Tunisiens qui ont eu la possibilité, grâce à l''Internet, de communiquer leurs idées et leurs tendances politiques et sociales, notamment au vu du manque de canaux de communication. Même les journaux d''opposition qui affirment être démocratiques n''acceptent que les idées qui servent leur agenda partisan .
Facebook est le seul média que les Tunisiens peuvent utiliser pour s''exprimer, explique Asma. Près de 1,5 million des 10 millions de Tunisiens utilisent Facebook, selon les statistiques publiées en février.
Mais l''Internet a aussi introduit de nouveaux problèmes sociaux, explique Tarek Hadded à la sortie du spectacle.
Guesmi n''exagère pas , explique-t-il. les Tunisiens sont bel et bien déchirés entre leur vie réelle, qui leur demande de se conformer aux règles et aux restrictions imposées par la société, et leurs mondes virtuels accessibles par la technologie moderne.
En parlant en ligne, on trouve des Tunisiens complètement différents , ajoute Hadded, soit rigoureusement stricts, soit ultra-libéraux, au-delà de toute limite.
Le scénariste Naoufel Wertani espère que son spectacle incitera à la réflexion et au débat.

J''ai abordé ce sujet parce qu''il est devenu largement l''objet de débats , a-t-il expliqué. Le comportement de la plupart des classes de la société suscite différentes questions concernant l''extrémisme moral et l''incapacité à accepter ce qui est différent.
Le spectacle a été écrit pour éviter d''avoir à faire la leçon au public, explique Wertani. Ce spectacle cherche à les faire réfléchir et à alimenter les questions.
etounsi.com coïncide avec une nouvelle campagne lancée par Amnesty International en Tunisie visant à lever les restrictions imposées à l''Internet.
Cette campagne demande aux participants d''indiquer s''ils estiment que l''Internet est un outil de liberté et de lutte contre les tentatives de limiter la liberté d''expression et le droit de se rassembler. L''Internet peut-il ouvrir de nouveaux horizons dans la bataille pour les droits des personnes, en étant un moyen de propager des idées et de favoriser le militantisme ? Le monde virtuel peut-il avoir avoir un impact positif sur un milieu dominé par la tyrannie et le blocage ?
Jamel Arfaoui (Magharebia)


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