Le défi majeur auquel fait face la Tunisie aujourd’hui est celui du développement des régions intérieures...

Amine BEN GAMRA


Amine BEN GAMRA (*)

Les régions intérieures qui représentent 70 % du territoire et un tiers de la population, fournissent aux régions côtières plus de 50% des ressources en eau, 50 % du pétrole et du gaz, 70 % du blé dur, 50 % des fruits, légumes et olives et tout le phosphate qui est transformé en fertilisant sur la côte avant d’être exporté. Il s’agit donc des principales régions de la Tunisie de par l’étendue de son territoire, l’importance de sa population, de ses ressources naturelles et de ses avantages en termes de coûts et de disponibilité (main-d’œuvre, sites d’implantation), et de son statut de zone prioritaire. Malgré tous ses atouts, les régions intérieures connaissent un rythme de développement économique insuffisant, d’où un ralentissement de la croissance de la population, et un taux de chômage élevé, en particulier parmi les jeunes diplômés, ce qui engendre la migration des habitants vers les régions littorales en recherche du travail. Par ailleurs, la contrebande y est devenue une stratégie de survie dans ces régions intérieures en l’absence d’investissement.


Aujourd’hui, l’Etat n'a pas de politique régionale et ne lutte pas non plus contre l'économie informelle. On illustre cette situation dans l’historique du champ de pétrole d’El Borma qui a financé pendant deux décennies (1970 et 1980) près du quart du budget national et a donc largement contribué à développer l’infrastructure et l’économie sur la côte.

Le gouvernorat de Tataouine, où se trouve El Borma, n’a pas vu suffisamment d’investissement et aujourd’hui la contrebande y est devenue une stratégie de survie. Le chaos libyen n’a fait que renforcer cette économie souterraine du Sud.
La modernisation ratée du secteur des phosphates et des fertilisants offre un autre exemple dont il convient de tirer les conséquences. En effet, le seuil des 4 millions de tonnes de production de phosphates cette année, a été qualifié de chiffre record par rapport à la production entre 2011 et 2018 alors que ladite production est en baisse de presque la moitié par rapport à son niveau de 2010 (7.5 millions de tonnes).

Par ailleurs, un état de panique a régné dernièrement dans la région de Gabès, suite à l’émission de grandes quantités de gaz par le complexe chimique implanté dans la région. Il est donc clair que l'État n’a pas réussi à proposer un plan stratégique à faire face aux conséquences de la pollution, l'incapacité à diversifier l'économie de la région et la réticence au fil des ans à construire de nouvelles infrastructures.

* Expert Comptable
Commissaire Aux Comptes
Membre de l'Ordre des Experts Comptable de Tunisie



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