Les Afrique (s) en fête à la Villette ce mois de juillet !



Par Feriel Berraies Guigny. Stephen Smith disait à juste titre « qu il faut aimer l’Afrique sans pitié » car c’est bien de cet amour là que l’Afrique la magnifique, doit être honorée. De cet amour infini, sans jugement ni fatalisme passéiste, qui s’éloigne ostentatoire ment des clichés surfaits et dépassés.
Ni la condescendance raciale, ni l’imputation de tous les maux à la tutelle coloniale, ni la contrition de l'Occident ne seront par ailleurs, capables d’ouvrir un avenir à l’Afrique. Cet Avenir du reste, l’Afrique en est seule maîtresse. Aujourd’hui plus que jamais, elle est l’artisane de son Destin en devenir. Sa relève, et son émancipation elle l’a devra aussi, grâce à la richesse et au formidable foisonnement de son patrimoine culturel. Et c’est peu dire.

L’Art, la création, la musique voyagent, fusionnent, se métissent et s'enracinent. Moyens d’expressions et d’échanges par excellence, ils constituent des ponts incontournables entre les peuples. La musique participe à la compréhension de l'autre, aide celui qui l'écoute et celui qui la joue à se situer dans un monde d'émotion et de partage. Les musiques et les Arts africains sont tout à la fois tradition et modernité, racines de notre mémoire et fruits de notre présent. Ils participent à l'ouverture par-delà des frontières de plus en plus abstraites et de plus en plus infranchissables. Quand l’authentique est au rendez-vous, alors l’Homme est plus enclin à respecter les valeurs et les richesses de l’autre.


2147 est la date à laquelle un rapport de l’ONU (2004) situerait le moment où la pauvreté en Afrique pourrait commencer à «diminuer de moitié » Cette estimation qu’elle soit catastrophiste ou approximative, est le point de départ de ce rendez-vous exceptionnel, qui aura lieu au parc de la Villette à Paris du 24 juin au 12 juillet 2008. Des questions, des thèmes sur l’Afrique seront débattus pour tenter de visualiser le devenir de ce Continent, mais également l’inestimable richesse qui le caractérise tant au niveau humain, culturel, qu’artistique. Un véritable hommage lui sera rendu, faisant un pied de nez aux thèses afro-pessimistes les plus convaincues. Une occasion aussi de rappeler les liens forts existant en l’Afrique et l’Europe.

Une visite du « dialogue des cultures » se fera d’abord par la danse, avec des spectacles de danse emblématiques. Dont la reprise de 2147, l’Afrique de Moïse Touré et Jean-Claude Gallotta.
A la suite d’un voyage au Sénégal et au Mali, le chorégraphe français a réuni danseurs et acteurs africains dans un spectacle qui refuse tout fatalisme et victimisation et défend la possibilité de redonner au peuple africain la maîtrise de son destin.
Avec, Chez Rosette, on assiste à une toute nouvelle création de la chorégraphe d’origine haïtienne Kettly Noël, qui fusionne les styles et les disciplines dans une performance ou la kora répond aux musiques électroniques, la danse au cirque, la lumière à la vidéo et l’image au corps.
Avec le Sacre du printemps, le chorégraphe francoalgérien Heddy Maalem transpose cette ode à la nature au continent africain pour raconter la fin et le début d’un monde. Heddy Maalem après avoir longuement pratiqué la boxe puis l’aïkido, rencontre la danse qui lui apparaît comme une évidence inattendue. Avec pour seule certitude l’absolue confiance faite au corps, il entame une recherche patiente et déterminée de son propre mouvement. En 1990, il fonde sa compagnie.

Viendront ensuite, les travaux lauréats des 7ème Rencontres Chorégraphiques de l’Afrique et de l’Océan Indien, qui permettra de faire découvrir une nouvelle génération
de jeunes talents africains. Les Lauréats des Rencontres Chorégraphiques d’Afrique et de l’Océan Indien. Après l’escale parisienne où elle a tenu sa 6ème édition, la biennale Danse l’Afrique danse retraverse la Méditerranée et a pris pied, du 1er au 8 mai 2008, sur le sol africain, à Tunis, dans la dynamique des Rencontres chorégraphiques de Carthage. La pierre angulaire de la manifestation a été le concours interafricain qui a servi de tremplin pour les jeunes chorégraphes.
L’édition de Tunis avait choisi d’ouvrir celui-ci à une nouvelle section, celle du solo, qui a permis, outre les 8 pièces de groupe sélectionnées, d’accueillir également 10 solos créés et interprétés par un chorégraphe.
La Musique sera aussi au rendez-vous, avec trois concerts inédits avec des figures reconnues de la scène musicale africaine telles que Mory Kanté le célèbre griot mandingue qui fêtera les 20 ans de son tube Yéké Yéké. Dans ce concert -rétrospective, il revisitera tous ses succès en version électrique.
Salif Keita le Malien saisit cette invitation pour faire le tour de 35 ans de carrière et poursuivre son odyssée musicale qui l’a amené dans une optique résolument africaine à faire la synthèse de différentes influences qu’elles soient soul, rock ou afro cubaines.
Enfin last but not least, parmi les artistes chanteurs, le Sénégalais Didier Awadi. Figure emblématique du rap africain francophone, qui a réuni dans son projet multimédia «Présidents d’Afrique » de nombreux talents africains et partage la scène avec MCs et Vjays pour rapper et mettre en image, sur fond de portraits et de discours, l’avenir du continent africain.
Et pour une finir sur une note plus cérébrale, un colloque sur la création artistique en Afrique et ses liens avec l'Europe, permettra de passer en revue les enjeux et les limites de cette coopération bilatérale.
Ce festival du rythme, de la culture et de la connaissance, invite à venir partager, communier, unir les esprits et les cœurs dans une vibration collective pour la paix et le progrès.
Cette manifestation pourra compter sur le soutien de la Commission européenne – DGEAC, car 2008 est décrétée l’année européenne du dialogue interculturel. Le Nord et le Sud n’ont jamais aussi solidaires et fraternels au travers d’un rendez vous pour, l’exaltation des corps et de l’esprit.
Crédits : Design Hartland Villa. Photo Garroni Parisi