L’IMA expose la Phénicie des portes de Tyr à Carthage…



Par Fériel Berraies Guigny. La fameuse exposition « La Méditerranée des Phéniciens : de Tyr à Carthage », un évènement qui a été rendu possible grâce à l’heureux concours du Musée du Louvre mais également grâce aux trésors prêtés et réunis auprès des plus grands Musées du bassin méditerranéen : Liban, Syrie, Chypre, Grèce, Italie, Espagne, Tunisie et Maroc ont été au rendez vous. Les Musées de Berlin, le British Museum, le Metropolitan Museum de New York qui détiennent depuis le XIXes une impressionnante collection, ont également été mis à contribution.
Prés de cinq cents pièces ont été exposées, sarcophages anthropoïdes, tridacnes, chapiteaux sculptés et stèles en pierre. Masques, bijoux, ivoires et faïences témoignent de la splendeur d’une civilisation qui a laissé des traces jusqu’à aujourd’hui : avec l’alphabet.

Les plus anciennes inscriptions en langues phéniciennes et alphabétiques sont apparues sur des pointes de flèches en bronze, datant du Xe av J.C .Les phéniciens, un peuple des mers, maniant l’art du commerce, ont inondé le bassin méditerranéen, par leur industrie, leur artisanat. Laissant derrière eux, tout un legs culturel et artistique.


Le milieu du XIXe signera les premiers travaux dits scientifiques sur cette civilisation. En Europe, on assiste à un véritable engouement par rapport à la Phénicie dont on découvre les mille et un trésors à mesure que l’on déchiffrera leur écriture. L’Europe des savants et des lumières, vont alors s’emparer de ce pan de l’histoire longtemps relégué au statut de légende.
Cela signera le début des plus grandes découvertes de l’histoire phénicienne, les cités ensevelies de Tyr, Sidon, Byblos ; Arados, Amrit sont mises à jour. A la même période Gustave Flaubert, rentré d’Egypte, choisira la Phénicie d’Afrique du Nord et c’est en Tunisie qu’il s’éprendra de Carthage à qui il devra le roman « Salammbô » et en ces mots qui rappellent son combat pour faire accepter le sujet de son livre « Ah ! Carthage, j’étais sur de te tenir !... désespère-t-il parfois, tandis qu’il s’évertuera à réunir tout ce qu’il pouvait trouver sur cette civilisation. Et pour nous descendants de cette Antique cité, de nous rappeler la fameuse citation de Flaubert « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar ». Car si nous pouvons lire aujourd’hui ces lignes, c’est parce que Salammbô paraîtra en 1863. Tout un effet de mode s’ensuivra après Flaubert et Carthage deviendra le sujet de prédilection de bon nombre d’artistes. Le compositeur Hector Berlioz songe, un temps à adapter le roman, pour en faire le livret d’un opéra. Il composera « les Troyens à Carthage » qui sera joué en 1864. Le théâtre des Bouffes parisien mettra aussi à l’affiche, Didon, œuvre d’Adolphe Bellot mais qui sera oubliée dans les annales du théâtre français, alors qu’au Palais Royal, la même époque on présentera, aussi sur un registre plus humoristique, des cocasseries carthaginoises. Mais le registre scientifique ne sera pas pour autant oublié, et c’est à Ernest Renan que l’on devra avec sa mission de Phénicie au Levant, les plus grandes connaissances sur ces peuples qui ont constitué une même civilisation. Cette mission apportera beaucoup d’un point de vue historique et dans le domaine de la philologie, notamment.





Mais qui étaient donc ces phéniciens ? Peuple si ardu à comprendre et à cerner ? Très longtemps perçu comme un peuple inférieur par rapport à la civilisation grecque. Un cliché qui aura la peau dure, entretenu par les grands penseurs grecs et qui perdurera avec les premiers historiens occidentaux, pendant près de deux mille ans ?

Avec le « poenulus » qui signifie le petit carthaginois, même les auteurs latins conteront Carthage, en effet le plus célèbre auteur comique latin « Plaute » vers 250-184 av J.C, mettra en scène l’Acte V, avec son personnage Hanon qui tout comme le nom l’indique, est un carthaginois qui prononce un monologue en punique. Une pièce est retransmise dans les manuscrits de Plaute.
Et pourtant, deux mille ans d’un regard réducteur perdurera et Carthage qui signifiait alors « ville nouvelle » n’en rayonnera pas moins, pendant près de deux cent ans. Une cité qui finira dans les cendres mais qui aura su tenir tête à une des plus grande puissance de l’époque : l’Empire Romain.

A qui devons nous le nom de Phénicien ? C’est aux grecs que nous le devons. Il vient du terme grec phenix qui signifie : rouge. Les phéniciens eux-mêmes, diront qu’ils sont gens de Tyr ou de Sidon. Mais curieusement, leur histoire ne sera jamais le fruit de leur propre témoignage, mais celles de sources extérieures, (annales assyriennes, la bible et les auteurs grecs et romains).
La civilisation phénicienne connaîtra son apogée à l’époque qui s’étend depuis la période des premières expéditions maritimes, à la conquête d’Alexandre le Grand en 332-333 av J.C
Marins intrépides, redoutés, artisans chevronnés et inventeurs géniaux de l’alphabet, ils navigueront depuis le pays de Milkart et Astarté, jusqu’aux colonnes d’Hercule, à la recherche de matières premières. Ils s’installeront à Chypre, dans le monde Egéen, à Malte, en Sicile, en Sardaigne,sur la péninsule italique, en Espagne, pour finir au Maroc et en Tunisie. Toute la Méditerranée s’imprégnera de leur culture et leur influence s’étendra jusqu’à la Mésopotamie.
Les Cités phéniciennes ou la Phénicie, occupent une bande de terre étroite serrée entre mer et montagne et correspond au Liban actuel, s’étendant vers le Nord jusqu’à Tartous en Syrie et vers le Sud, jusqu’au Mont Carmel. Dès le IIe millénaire, les cités Cananéennes sont établies le long de la côte de la Méditerranée orientale. Au Ie millénaire, la Phénicie ne constitue pas un Etat, elle est constituée d’un ensemble de Cités tournées vers la mer, elles sont implantées dans des sites dotés d’un port naturel, ou sur une île proche du rivage. Les plus importantes Cités sont Sumur, Byblos, Beyrouth, Sidon, Sarepta et Tyr. Marins de grande renommée, leur compétence sera mise à profit, par les grecs, les égyptiens, les assyriens, et les perses.
La Fin du IIe millénaire, pousse les phéniciens à quitter ces cités, à la recherche de matières premières. Leur principale richesse est le bois de cèdre, qui sera très prisé par l’Egypte. Au cours des siècles qui vont venir, leur marché extérieur se développe et leur réseau d’échange s’étendra sur tout le bassin méditerranéen, jusqu’au littorale atlantique.




Quelles étaient leurs pratiques funéraires ? C’est véritablement les sarcophages anthropoïdes qui caractérisent la sépulture phénicienne. L’influence grecque y est très marquée avec l’introduction de matériaux comme le marbre. Des matériaux locaux moins précieux sont aussi utilisés : terre cuite. Sidon et Tartous sont les sites les plus importants, mais on retrouvera aussi les mêmes sépultures en Sicile et à Carthage. Au V e s avant J.C, es phéniciens vont d’abord emprunter la pratique égyptienne d’ensevelir leurs morts dans des sarcophages à l’image de l’homme (anthropoïde) mais les techniques de momification sont encore mal connues. Des fouilles menées très récemment, sur l’ancienne îlot Thaal Bassat, donnent aussi des indications précises concernant le martelage du fer entre le V et le VII e s avant J. C et indiquent que les Tyriens ont aussi incinéré leurs morts et déposés les restes dans des urnes enfouies dans le sol et des vases en terre cuite. Les Cimetières de Rashidiyeeh non loin de Tyr et de Khalde au Sud de Beyrouth ont livré de nombreuses céramiques qui prouvent aussi la présence d’une coexistence entre les pratiques de l’incinération et de l’inhumation.

Ya t-il eu des sacrifices d’enfants dans le monde punique ? Le Tophet désigne dans la bible le sanctuaire de la vallée de Betisinum près de Jérusalem où des enfants auraient été offerts en sacrifice. Ceci semble constituer un élément essentiel de la religion punique. Dans cette enceinte seraient enterrés des ossements brûlés d’enfants ou de petits animaux surmontés de stèles. Des offrandes offertes en vue de l’obtention de grâce de la part des divinités. Le doute subsiste aujourd’hui, quant à savoir s’il s’agissait d’enfant morts nés ou d’enfants immolés. Le tophet le plus connu est celui de Carthage, en Tunisie qui a inspiré Flaubert pour son roman « Salambo ». D’autres tophet existent en Sardaigne, en Sicile et en Chipre.

Quel est le leg phénicien qui est rentré dans nos mœurs ? Il s’agirait de l’encens. Les Thymiatéres ou brûle parfums étaient réservés aux cérémonies religieuses. Les glyptiques, qui sont des supports ou brûle parfums ornés de fleur de lotus recevaient par une cassolette, les braises et substances aromatiques ou encens que l’on faisait brûler. On trouve ces supports en bronze, en faïence et en terre cuite. Les phéniciens qui faisaient le commerce de l’encens en ont répandu l’usage sur tout le pourtour méditerranéen.

Le Musée de Carthage et du Bardo, ont gracieusement prêté des œuvres archéologiques, dont deux ensembles découverts à Carthage. Ces pièces sont les témoignages les plus poignants depuis la fondation de la ville en 814 av J.C. On y découvre la coexistence d’objets typiquement phéniciens avec des objets grecs bien datés.

Il s’agit de la Chapelle Cintas, qui est appelée du nom de l’archéologue français qui l’a découverte et qui avait été identifiée à tort à une chapelle de marins, érigée sur l’emplacement du tophet.
Vient ensuite, un autre élément, qui est le tombeau de Yadamilk qui est du nom du défunt et qui est gravé, il a été trouvé à Carthage en 1894 par le père Delattre. La richesse du mobilier trouvé dans le tombeau atteste de la richesse et de l’appartenance du défunt à l’aristocratie phénicienne.
Autre objets, toute une série de bijoux et médaillons puniques, provenant du Musée de Carthage montre diverses amulettes. On y note les motifs égyptisants qui sont très prisés à l’époque. On retrouve également dans les collections carthaginoises, les fameux masques pendentifs qui sont aussi les emblèmes du talent des artisans verriers de l’époque. A motif de barbes et cheveux, en perles, en or et en verre, les spécimens les plus somptueux se trouvent au Musée Carthage.
A l’issue de cette exposition presse nous avons rencontré Antoine Grezaud, directeur de Communication au cabinet du Président de l’IMA, Monsieur Dominique Baudis.
S’agissant de la participation tunisienne, Monsieur Grezaud nous a confié qu’un voyage de presse avait été effectué quelques semaines auparavant, par Monsieur Baudis en Tunisie. Une visite, qui a permis à dix journalistes français de découvrir les sites archéologiques de Carthage. Monsieur Baudis a également été reçu par le Ministre de la Culture et du Tourisme, ainsi que par Monsieur Ben Dhia en vue de discuter des modalités afin de donner une plus grande visibilité de la Tunisie par rapport à cette exposition. A l’heure actuelle, malgré les contributions des Musées de Carthage et du Bardo, la présence de la Tunisie reste bien timide, en contraste avec les autres pays participants.




Courtesy Press : F.B.G Communication.com