Choubeïla Rached n’est plus , Adieu petite Saliha



L’une des dernières «voix tunisiennes», digne héritière de l’âge d’or de la chanson classique, nous a quittés hier. On l’appelait par son prénom, Choubeïla, cela suffisait à reconnaître son chant.
Un chant authentique qui résonnait de tous les accents du terroir. Inimitable, à dire vrai : dans ce registre des modes typiques, du «ardhaoui» au «mhaïer», du «Dhil» au «Iraq», on ne se bousculait pas au portillon. Il y avait eu Chafia et Hana Rached, il y eut après, surtout, la grande Saliha. Pour dire notre être à travers la singularité d’une expression, il fallait plus qu’un apprentissage, plus qu’une appartenance d’école, plus qu’une voix, plus qu’un chant : il fallait être né pour. Choubaïla avait cette musique dans les gènes, il lui a suffi, en fait, d’être la fille de sa prestigieuse mère, de l’écouter chanter, de s’imprégner de son art, de vivre dans son ombre ? Non pas, mais de côtoyer au plus près son extraordinaire inspiration. La petite Saliha est venue ainsi à la lumière. C’était dans les années 50. Les photos d’époque la montrent encore tenant humblement sa place au second rang de la chorale de la Rachidia. Devant, il y avait les géants de la musique tunisienne, Tarnane, Triki, Salah El Mehdi, Srarfi, Bounoura, Hassen Gharbi et… Et juste derrière il y avait Saliha, Fathia, Chafia, les divas en somme. Imaginons l’atmosphère, imaginons l’envergure des gens. Choubaïla Rached s’est longtemps recueillie à l’écoute de ces formidables artistes, elle comprenait qu’elle vivait un grand moment de l’histoire. Elle en avait l’intuition. Et c’est cela qui lui donnera plus tard la force et l’assurance de continuer le legs des maîtres. Quand après une décennie de quasi-absence (la vie familiale la sollicitait plus que de mesure), elle revint à la scène, ce fut comme si elle y était depuis toujours. La petite Saliha avait du «background» et une mémoire sans pareille du beau chant. Elle avait en plus le timbre suave, «tout en velours», disait la critique, ce qui, les fines nuances du «tounsi» aidant, ajoutait à la grandeur et à la séduction du répertoire. La nouvelle diva du chant tunisien s’installait dans la succession. Plus personne ne lui contestera la place, ni le rang. Aujourd’hui qu’elle n’est plus, nous avons mal à imaginer le chant sans elle. C’est une perte, une grosse perte pour la musique tunisienne. Sans Choubaïla, sans la petite Saliha, on aura du mal à chanter tunisien.

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