Faudel : « il ne faut jamais oublier d’où l’on vient et qui l’on est »…



Par Fériel Berraies Guigny. Paris est devenu une Capitale incontournable pour la préservation du patrimoine musical maghrébin. Cela en est même devenu « le berceau » du rai algérien qui connaît un véritable essor, ces dernières années, alors que paradoxalement il est en péril dans son pays d’origine. Le raï made in France dont Faudel est aujourd'hui l'emblème, version « jeune génération» eu égard à ses aînés Cheb Memmi, Khaled et Rachid Taha, ne s’est jamais aussi bien porté.
A croire que la démocratisation musicale est volontairement plus facile quand il s’agit d’abonder vers des meltings pots culturels.
A l’occasion du dixième anniversaire de la carrière du « petit prince » du Rai, ( qui a bien grandi aujourd’hui), mais également suite à la sortie cet automne de son « Best of » « l’Essentiel » nous avons rencontré l’artiste. Une discussion s’est nouée sur sa carrière, son nouvel album « Mundial Corrida . Album qui lui a valu une grande rentrée musicale mais aussi toute une polémique s’agissant du single « mon pays » et son soutien au Président Sarkozy.. Un tour d’horizon intimiste avec ce porte-parole et flambeau de toute une génération maghrébine issue de l’immigration. Et un petit clin d’œil plein d’amour pour une « Tunisie qui a été le premier pays qui m’a donné ma chance » devenue aujourd’hui pour le jeune artiste, son pays d’adoption de cœur.
Qui est donc Faudel ? Quels sont ses rêves, ses ambitions, quel message tente-t-il de faire passer à une jeunesse des banlieues en mal repères et de reconnaissance ? Comment fait il face aux critiques dénonçant son soutien au Président Sarkozy ? quels sont ses rapports avec l’Algérie et le Monde arabe ?

Entretien avec Faudel :


Faudel vous avez grandi en même temps que votre carrière, qui êtes vous aujourd’hui ?
C’est beau ce que vous dites…
Avec l’Essentiel, j’ai réalisé en effet que j’avais grandi, dix années ont passé déjà et il est vrai que j’essaye de ne pas regarder en arrière, car ça me fait peur. Mais il est vrai que j’ai fait du chemin. J’essaye de ne pas trop me prendre au sérieux car notre métier est si lourd et nous avons constamment un « miroir » qui nous juge. Le monde du journalisme est notre regard, celui là même qu’on tente de ne pas voir.
Il nous donne aussi la possibilité de nous mettre face à nous même et face à nos vérités. En fait vous êtes un peu « nos psy ». Et parfois c’est très lourd à assumer, mais je pense que c’est inévitablement la règle du jeu pour pas dire d’une certaine façon, la rançon à payer quand on fait ce métier. Mais on avance aussi grâce à ce « regard », celui de la presse et de notre public. J’ai grandi avec mes défauts et mes qualités. Mais je me dis toujours « hamdoullah ».
Parlez nous des dix ans de votre carrière, comment vivez vous vos acquis actuels ? quels sont vos projets futurs ?
Mes acquis je les vis de mieux en mieux. Si ce n’est ma relation avec les médias et la presse. Là je vous parle et je suis à l’aise, il y a des années en arrière, j’étais littéralement terrorisé par la presse et ses interrogatoires. J’ai toujours eu peur de « mal faire » je n’avais que 15 ans quand j’ai commencé et je passais mon temps à sourire pour éviter de mal m’exprimer.
Aujourd’hui à 29 ans, j’ai gagné en maturité, j’ai un recul qui fait que je suis mieux dans ma peau. S’agissant de mes deux derniers albums, on a des chiffres très prometteurs, on est déjà disque de platine avec le nouvel album « Mundial Corrida », nous avons vendu 500.000 exemplaires et 400000 singles vendus et nous sommes même « sonnerie d’or » .
Votre album actuel « Mundial Corrida » signe une certaine maturité, on sent un changement dans les thèmes, le style de musique… le petit prince a grandi ? votre single « mon pays « est en haut des charts à l’heure actuelle, quel est le message que vous désirez donner aux jeunes d’aujourd’hui ?
Cet album est différent des autres, c’est vrai. Déjà, il est un peu plus chanson française et surtout il parle de mon vécu. J’avais aussi envie de dire merci à la vie, à ce qu’elle m’a donné. S’agissant du Best Of l’Essentiel, à 29 ans j’ai pensé qu’il était temps d’offrir un tour d’horizon de ma carrière, avec la maturité liée à ma paternité, je trouvais que le moment était bien choisi après cinq albums.
Avec « mon pays » j’ai vraiment pris le temps, j’ai fait pas mal d’ateliers, j’ai rencontré pas mal d’auteurs, j’avais vraiment envie d’une chanson qui puisse un peu être autobiographique.
Vous avez dit que vous n’appartenez pas à votre public or c’est bien ce public là qui achète vos disques ? s’agissant de la polémique concernant votre adhésion à l’UMP, renoncez vous donc à servir de « modèle » aux jeunes des banlieues ?
Quand j’ai commencé à faire de la musique, c’était une passion, un hobby avant tout et j’étais libre. C’était une affaire de famille qui remontait à ma grand mère. Aujourd’hui avec le métier, je réalise que c’est une responsabilité colossale. Aujourd’hui presque malgré moi, je suis devenu le porte parole de toute une génération des banlieues. Je me retrouve comme prisonnier, je ne m’appartiens plus. Beaucoup de français d’origine maghrébine me disent « on est fier car tu viens de notre milieu » j’en suis aussi fier. Mais, je réalise que je rentre dans une « dialectique d’acceptation » et cette dialectique, je la ressens tant de la banlieue que par rapport à la France.
On est constamment dans une situation où doit se justifier par rapport à notre francité.
Aujourd’hui je veux être franc, c’est vrai que je ne vis plus en Banlieue. Mais je n’oublie pas d’où je viens. L’origine, les racines sont importantes il ne faut jamais oublier d’où on vient et qui on est. Il faut que les jeunes assument leurs origines, quand on en a plusieurs on est encore plus riche.
Je veux garder le contact avec le monde arabe et les pays du maghreb. Il est vrai qu’en Algérie la situation est difficile, c’est la raison pour laquelle, j’ai retrouvé dans la Tunisie ce que mon pays d’origine me refuse. Je n’oublie pas que la Tunisie est le premier pays maghrébin qui m’a ouvert les portes. J’avais à peine 18 ans quand j’ai fait mes premiers concerts. J’ai une grande histoire d’ailleurs avec la Tunisie.
Je n’oublie pas la chaleur et l’ouverture du peuple tunisien et j’y compte des amis très proches, dont mon ami tunisien Farhat qui est mon musicien.
Par ailleurs, j’ai fait de magnifiques rencontres, dont Serge Moati. Ce fut une rencontre coup de cœur, c’est un grand ami et c’est lui qui m’a donné mes premiers rôles de comédien. J’ai fais avec lui « Jésus » et « Sami le pion ».
Votre dernier concert a été sifflé et votre tournée annulée, comment vivez vous ce rejet ?
D’abord il n’y a jamais eu d’annulation parce que ce n’ était pas une tournée, c’est de l’intox, je n’étais pas le seul à chanter au 14 juillet du reste, d’autres que moi on était sifflés. Aujourd’hui j’ai fait le deuil par rapport à ces sifflements, quand j ai chanté mon « pays »
Cela m’a surpris, cela ne m’a pas fait plaisir mais après j’ai compris et j’ai été un peu plus intelligent. On ne peut reprocher à une minorité, de faire des amalgames. Et puis la presse française s’en est donnée à cœur joie en parlant d’annulation de concerts. Or je ne faisais pas de concerts, juste une représentation.
De plus ce qu’il faut savoir c’est que je suis là pour réunir et non pour diviser, dans ma musique. De plus mes choix politiques sont du ressort de mon devoir de citoyen, cela n’a rien à voir avec Faudel le chanteur. Il y a une grande anecdote que je vais vous raconter. Je connais Nicolas Sarkozy depuis prés de dix ans. C’est un ami avant tout, je le connaissais du temps où il était Maire à Neuilly. Et puis je n’ai fait que soutenir l’ami, car je n’ai pas de carte UMP et je ne suis pas adhérent au Parti. Je ne me justifie pas, mais le fait que je sois issu de l’immigration, cela choque. Nicolas Sarkozy « est un copain » !
Aujourd’hui il n’y a plus de gauche ni de droite, et puis Nicolas Sarkozy a prouvé des choses en mettant dans son gouvernement, des gens de gauche, cela ne s’est jamais fait auparavant.
Moi je ne fais pas et je suis pas capable de parler politique. J’ai l’impression qu’aujourd’hui on « est très exigeant avec moi » ! moi je n’ai pas fait Sciences po et je n’ai pas l’art de la rhétorique. On était pas contents de me voir chanter à la Concorde, mais on viole ma liberté et on me juge à tort. Quand je l’ai soutenu, je n’attendais rien du Président, je ne suis pas récupéré comme les gens le pensent et je n’ai eu aucun traitement de préférence. Je paye mes impôts comme tout le monde.
Il y a une sorte d’acharnement à mon égard et je n’ai pas honte d’en parler aujourd’hui.
Moi je n’ai pas honte de dire « que je vends du disque » uniquement.
Au cours de l’été 99, vous avez entrepris une tournée de six concerts en Tunisie, parlez nous de votre tournée de vos souvenirs tunisiens, vous avez également interprété le rôle d’un étudiant tunisien dans la série intitulée « Sami » ?
J’ai constaté qu’en Tunisie on est très Om Kalthoum, vous êtes très répertoire classique, j’ai découvert cela en même temps que la Chicha. J’ai d’ailleurs arrêté de fumer la bas . Par rapport aux évènements sanglants de l’Algérie j’ai trouvé en la Tunisie le pays voisin, le pays d’accueil et je suis devenu tunisien de cœur. Mais je me rappellerai toute ma vie de mon premier concert au palais Omnisport d’El Menzah. J’étais l’homme le plus heureux de la terre. Et puis mes Faudel tour m’ont amené à Carthage, Bizerte, et je suis même allé jusqu’à Gasserine en voiture. J’ai connu la Tunisie profonde et j’ai découvert Djerba, les ruines romaines de Carthage. J’étais très à l’aise en Tunisie, il n’y avait aucune ambiguïté et une qualité de vie qui ont fait, que j’avais même pris une maison à la plage à Slimen. Le peuple tunisien m’a beaucoup donné et je ne l’oublie pas. Et je reviendrai.
A quand un album en arabe ?
Je suis en plein dedans. Moi je fais des concepts tout le temps, ce n’est pas parce que j’ai fait Mundial Corrida que j’en oublie la chanson arabe. Je prépare des collaborations avec des artistes du Moyen Orient et du Golfe. Il faut savoir que je suis le premier chanteur de Rai à avoir chanté avec des libanais, comme par ex Ragheb Alama. Ce mélange est très mélodieux. J’ai envie de revenir à l’Orient avec mon prochain album, c’est prévu pour 2008.
Quelque chose à ajouter ?
« Houta Ala Tunes »
Et puis oui, je veux dire qu’aujourd’hui j’ai la « gnac » et je veux continuer à faire ce que j’aime avec mon prochain album, et je compte revenir en Tunisie, peut être l’été prochain.
Crédits
F.B.G Communication