Par Fériel Berraies Guigny. En apparence rien n’est plus simple que de définir un roman historique : c’est en général un roman qui prend pour toile de fond un épisode de l’Histoire et qui met en scène une grande figure réelle de ce temps. Faux à en croire Rafik Darragi spécialiste du roman historique. Le roman historique implique un travail de recherche approfondi, et une somme d’énergie en vue de l’accomplir qui est loin d’être anodine. Quand on est animé de cet amour du passé et de sa transcription fidèle alors il faut s’attendre à ce que le romancier, approche au plus près la vie intérieure de ses personnages. Il est alors amené à recourir à la technique du roman psychologique et cela signifiera qu’il introduira entre autres, le monologue intérieur. Ce roman devient autobiographique lorsque l’auteur choisit d’étaler sa subjectivité sur le plan littéraire, afin de souligner par exemple, une aliénation ou de dénoncer quelque oppression interne ou externe.
Et lorsque le romancier ambitionne de représenter, à travers le destin de ses personnages historiques, l'évolution des valeurs de sa société ; lorsqu’il intègre de longs passages de réflexions et de commentaires philosophiques, n’éclaire-t-il pas la dimension allégorique qui sous-tend l'œuvre ? Même le style peut dans ce cas élargir encore l'horizon du roman. Il suffit alors à l'auteur de juxtaposer des styles différents : narratif, réflexif, autobiographique, etc...
Mais alors, aux vues de toutes ces contraintes, pourquoi choisir d’écrire l’histoire ? Quelles sont les raisons ?
Les raisons sont en réalité simples et souvent elles relèvent d’un choix personnel. Rafik Darragi a toujours aimé l’Histoire. Ses études latines et l’œuvre de Shakespeare y sont certainement pour quelque chose. Il a longtemps étudié les œuvres de Walter Scott, le premier à être qualifié d'auteur de roman historique. Pour cet auteur « l’Histoire est la source naturelle où va puiser l’écrivain car elle n’est en réalité qu’une répétition, une éternelle répétition à l’image de l’homme, qui la façonne et qui la gère » C’est un fait, l’histoire, surtout l’histoire contemporaine présente des analogies frappantes avec le passé dont elle découle. Elle est le meilleur prétexte à lire, à travers des faits, des complots, des conflits politiques ou religieux, un passé lointain, le monde contemporain. Elle est donc une source inépuisable pour tous les auteurs.
Et puis il y a la passion de l’écriture. Ecrire est un acte d’amour, pour Darragi « l’écriture possède un pouvoir totémique », une manière de penser, d’exprimer une pensée, une expression, autant que possible libre, propre et rigoureuse. Sans pour autant exclure une certaine empathie dans ses récits, l’auteur dans ses oeuvres, qu’elles soient d’ailleurs scientifiques ou littéraires reflète souvent l’évolution des mentalités et les questions qui aujourd’hui interpellent d’une façon urgente.
Chaque écrivain procède à sa manière. Il y a ceux qui respectent scrupuleusement les faits et la chronologie des événements, et d’autres comme Darragi qui ne se soucie que de la peinture des personnages et de la progression logique de l’action. La stratégie narrative doit alors être cohérente et les enjeux politiques étroitement liés au contexte historique. Sans aller jusqu’à préciser aux lecteurs la part qui revient à son imagination, Rafik Darragi prend toujours soin dans la préface de ses romans de prévenir le lecteur et de l’informer qu’il n’est aucunement historien, et que par conséquent l’authentification n’est pas la clef de voûte de son travail.
Cela n’exclut pas le fait de se réclamer de la vérité historique car Darragi se réfère toujours à des figures célèbres, bien connus, comme, par exemple, Abderrahman El Dekhel, fondateur en 756 de la dynastie des Ommeyades en Andalousie ou à Sophonisbe, princesse carthaginoise, épouse du roi numide Syphax. Il se réfère toujours à des événements connus de tous et admis sans conteste comme par exemple l’épopée arabe en Espagne, pour les deux romans, Le Faucon d’Espagne et Egilona, la dernière reine des Wisigoths, ou encore aux lointaines guerres puniques pour Sophonisbe, La Gloire de Carthage. Dans son dernier roman, qui vient de paraître, La Confession de Shakespeare, l’auteur se réfère au grand dramaturge anglais et à la période élisabéthaine, c’est-à-dire, l’une des plus riches, voire, la plus riche période de l’Angleterre.
Prenant prétexte de ces figures connues, c’est par fiction interposée, qu’il tente de véhiculer ses messages et de joindre ainsi, enseignement et divertissement. L’auteur n’hésite pas lorsqu’il sent qu’elle peut servir l’intrigue, à s’éloigner de l’historiographie officielle, et à ajouter ou à retrancher des faits ou des personnages secondaires qui servent son discours sous jacent.
Darragi qui ne se proclame pas de ces professeurs d’histoire puristes, n’hésite pas à tordre le cou à cette ‘vérité historique’. Par exemple en Angleterre, la mythologie tudorienne, c’est-à-dire la glorification de la dynastie des Tudors par d’éminents historiens comme Thomas More, a été pour beaucoup dans la description négative et injuste du roi Richard III.
On peut citer également tous ces chroniqueurs et historiens qui ont décrit les diverses Croisades et qui ont rendu presque tous le même son de cloche.
Les mythes crées par les historiens, consciemment ou inconsciemment sont nombreux car l’histoire, le passé ne peut jamais être cerné avec certitude et intégrité. Nous citerons en dernier exemple l’analyse d’El Mokkaddima d’Ibn Khaldoun par le Baron de Slane. Si des figures éminentes comme Jacques Berque ou Ernest Gellner, surent analyser la Muqaddima avec pertinence, on ne peut dire autant du baron de Slane. Chargé en 1840 par le ministère français de la Guerre de traduire la Muqaddima, cet officier et homme de lettres interpréta les termes «peuples» et «nations» selon le sens que les historiens de l’époque comme Michelet ou l’Anglais Macaulay donnaient à ces mots. Or, s’agissant de l’historiographie musulmane, il fallait tenir compte de l’attachement au sacré, c’est-à-dire à ces invariants, à ces points de repère jugés concrets, capables de contrebalancer le poids de l’imaginaire. Ce que Slane ignora superbement.
Or qu’est donc le rôle de l’historien sinon de contribuer, comme dit l’historien médiéviste Marc Bloch dans son ouvrage APOLOGIE pour L'HISTOIRE ou Le METIER d'HISTORIEN à Un effort vers le mieux connaître ?
Les romans historiques de Rafik Darragi, bien qu’ils n’aient point respecté ‘l’histoire officielle’, ont à deux reprises reçu le grand prix tunisien, le Comar d’Or.
Bibliographie :
Rafik Darragi est l’auteur de La Violence dans la Tragédie Jacobéenne, (Université de Tunis, 1984 ; The Sword and the Mask, (Faculté des Sciences Humaines de Tunis, 1995), Theatrical violence, Shakeaspearian and other studies (CPU, Tunis 2000), Le Faucon d’Espagne (L’Harmattan, 2003), Egilona la dernière reine des Wisigoths, (L’Harmattan 2002), Sophonisbe, la Gloire de Carthage (Séguier, 2004)
Biographie :
Rafik Darragi, est un universitaire tunisien vivant en France, il écrit principalement des romans historiques. Titulaire du doctorat d'Etat ès lettres anglaises (la Sorbonne - Paris IV), il a été professeur à l'Université de Tunis et directeur de l'Institut Bourguiba des Langues vivantes. Aujourd’hui membre de l’Association Internationale de Shakespeare, cet angliciste averti nous revient avec une fiction historique « la Confession de Shakeaspeare « en 2007 sur le célèbre dramaturge anglais.

Crédits presse :
Fériel Berraies Guigny
F.B.G Communication
Et lorsque le romancier ambitionne de représenter, à travers le destin de ses personnages historiques, l'évolution des valeurs de sa société ; lorsqu’il intègre de longs passages de réflexions et de commentaires philosophiques, n’éclaire-t-il pas la dimension allégorique qui sous-tend l'œuvre ? Même le style peut dans ce cas élargir encore l'horizon du roman. Il suffit alors à l'auteur de juxtaposer des styles différents : narratif, réflexif, autobiographique, etc...
Mais alors, aux vues de toutes ces contraintes, pourquoi choisir d’écrire l’histoire ? Quelles sont les raisons ?
Les raisons sont en réalité simples et souvent elles relèvent d’un choix personnel. Rafik Darragi a toujours aimé l’Histoire. Ses études latines et l’œuvre de Shakespeare y sont certainement pour quelque chose. Il a longtemps étudié les œuvres de Walter Scott, le premier à être qualifié d'auteur de roman historique. Pour cet auteur « l’Histoire est la source naturelle où va puiser l’écrivain car elle n’est en réalité qu’une répétition, une éternelle répétition à l’image de l’homme, qui la façonne et qui la gère » C’est un fait, l’histoire, surtout l’histoire contemporaine présente des analogies frappantes avec le passé dont elle découle. Elle est le meilleur prétexte à lire, à travers des faits, des complots, des conflits politiques ou religieux, un passé lointain, le monde contemporain. Elle est donc une source inépuisable pour tous les auteurs.
Et puis il y a la passion de l’écriture. Ecrire est un acte d’amour, pour Darragi « l’écriture possède un pouvoir totémique », une manière de penser, d’exprimer une pensée, une expression, autant que possible libre, propre et rigoureuse. Sans pour autant exclure une certaine empathie dans ses récits, l’auteur dans ses oeuvres, qu’elles soient d’ailleurs scientifiques ou littéraires reflète souvent l’évolution des mentalités et les questions qui aujourd’hui interpellent d’une façon urgente.
Chaque écrivain procède à sa manière. Il y a ceux qui respectent scrupuleusement les faits et la chronologie des événements, et d’autres comme Darragi qui ne se soucie que de la peinture des personnages et de la progression logique de l’action. La stratégie narrative doit alors être cohérente et les enjeux politiques étroitement liés au contexte historique. Sans aller jusqu’à préciser aux lecteurs la part qui revient à son imagination, Rafik Darragi prend toujours soin dans la préface de ses romans de prévenir le lecteur et de l’informer qu’il n’est aucunement historien, et que par conséquent l’authentification n’est pas la clef de voûte de son travail.
Cela n’exclut pas le fait de se réclamer de la vérité historique car Darragi se réfère toujours à des figures célèbres, bien connus, comme, par exemple, Abderrahman El Dekhel, fondateur en 756 de la dynastie des Ommeyades en Andalousie ou à Sophonisbe, princesse carthaginoise, épouse du roi numide Syphax. Il se réfère toujours à des événements connus de tous et admis sans conteste comme par exemple l’épopée arabe en Espagne, pour les deux romans, Le Faucon d’Espagne et Egilona, la dernière reine des Wisigoths, ou encore aux lointaines guerres puniques pour Sophonisbe, La Gloire de Carthage. Dans son dernier roman, qui vient de paraître, La Confession de Shakespeare, l’auteur se réfère au grand dramaturge anglais et à la période élisabéthaine, c’est-à-dire, l’une des plus riches, voire, la plus riche période de l’Angleterre.
Prenant prétexte de ces figures connues, c’est par fiction interposée, qu’il tente de véhiculer ses messages et de joindre ainsi, enseignement et divertissement. L’auteur n’hésite pas lorsqu’il sent qu’elle peut servir l’intrigue, à s’éloigner de l’historiographie officielle, et à ajouter ou à retrancher des faits ou des personnages secondaires qui servent son discours sous jacent.
Darragi qui ne se proclame pas de ces professeurs d’histoire puristes, n’hésite pas à tordre le cou à cette ‘vérité historique’. Par exemple en Angleterre, la mythologie tudorienne, c’est-à-dire la glorification de la dynastie des Tudors par d’éminents historiens comme Thomas More, a été pour beaucoup dans la description négative et injuste du roi Richard III.
On peut citer également tous ces chroniqueurs et historiens qui ont décrit les diverses Croisades et qui ont rendu presque tous le même son de cloche.
Les mythes crées par les historiens, consciemment ou inconsciemment sont nombreux car l’histoire, le passé ne peut jamais être cerné avec certitude et intégrité. Nous citerons en dernier exemple l’analyse d’El Mokkaddima d’Ibn Khaldoun par le Baron de Slane. Si des figures éminentes comme Jacques Berque ou Ernest Gellner, surent analyser la Muqaddima avec pertinence, on ne peut dire autant du baron de Slane. Chargé en 1840 par le ministère français de la Guerre de traduire la Muqaddima, cet officier et homme de lettres interpréta les termes «peuples» et «nations» selon le sens que les historiens de l’époque comme Michelet ou l’Anglais Macaulay donnaient à ces mots. Or, s’agissant de l’historiographie musulmane, il fallait tenir compte de l’attachement au sacré, c’est-à-dire à ces invariants, à ces points de repère jugés concrets, capables de contrebalancer le poids de l’imaginaire. Ce que Slane ignora superbement.
Or qu’est donc le rôle de l’historien sinon de contribuer, comme dit l’historien médiéviste Marc Bloch dans son ouvrage APOLOGIE pour L'HISTOIRE ou Le METIER d'HISTORIEN à Un effort vers le mieux connaître ?
Les romans historiques de Rafik Darragi, bien qu’ils n’aient point respecté ‘l’histoire officielle’, ont à deux reprises reçu le grand prix tunisien, le Comar d’Or.
Bibliographie :
Rafik Darragi est l’auteur de La Violence dans la Tragédie Jacobéenne, (Université de Tunis, 1984 ; The Sword and the Mask, (Faculté des Sciences Humaines de Tunis, 1995), Theatrical violence, Shakeaspearian and other studies (CPU, Tunis 2000), Le Faucon d’Espagne (L’Harmattan, 2003), Egilona la dernière reine des Wisigoths, (L’Harmattan 2002), Sophonisbe, la Gloire de Carthage (Séguier, 2004)
Biographie :
Rafik Darragi, est un universitaire tunisien vivant en France, il écrit principalement des romans historiques. Titulaire du doctorat d'Etat ès lettres anglaises (la Sorbonne - Paris IV), il a été professeur à l'Université de Tunis et directeur de l'Institut Bourguiba des Langues vivantes. Aujourd’hui membre de l’Association Internationale de Shakespeare, cet angliciste averti nous revient avec une fiction historique « la Confession de Shakeaspeare « en 2007 sur le célèbre dramaturge anglais.

Crédits presse :
Fériel Berraies Guigny
F.B.G Communication





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