Chefs d’œuvre islamiques et iraniens au Musée du Louvres



Par Fériel Berraies Guigny - Le musée du Louvres cet automne hiver 2008, fait la part belle à l’Orient en présentant deux expositions consacrées à plusieurs siècles de production artistique islamique et persane.
Avec des feuillets de Coran du VIIIe siècle illustrant de délicates peintures mettant en scène des miniatures, l'Art de l'Iran Safavide 1501-1736 est à l’honneur et nous fait voyager dans deux siècles et demi d’un patrimoine artistique, qui a été repris et imité, de la Turquie ottomane à l'Inde Moghole. L’exposition montre des exemples peu connus de cet art iranien au-delà des frontières. L’art de l’Iran, souvent incompris, a souvent été considéré comme ayant un rôle purement décoratif. Mais la réalité est autre, car tous ses détails regorgent de sens et de symbolisme.
Dans le passé pré-islamique, le symbolisme est omniprésent dans la culture iranienne au travers de la peinture et des manuscrits qui retracent des récits et des personnages de l’époque islamique. Le passé continuité du présent version métaphores, démontre la place importante que l’on accordait à ces souverains mis en image qui occupaient la place de « Second Rostam » ou « Second Alexandre ».
L'exposition présente près de 200 pièces issues de collections nationales et privées. Des prêts exceptionnels ont été consentis par les musées de Téhéran, dont la bibliothèque du Golestan, le musée d'Ispahan, le British Museum et le Victoria and Albert Museum de Londres, le Brooklyn Museum et le Metropolitan Museum ofArt de New York, les institutions russes et suédoises, la collection Al-Sabah du Koweit et la collection Aga Khan, permettent d'évoquer de façon éclatante le développement de l'art iranien sous la dynastie safavide.

Parmi les oeuvres d'art illustrant l'apogée de cet art sous les règnes de Shah Ismail (1501-1524) et Shah Tamasp Ier ( 1524-1576), sont présentées de rares peintures de manuscrits, parmi lesquelles plusieurs pages aujourd'hui dispersées du Shah-Name (livre des Rois) de Shah Tamasp, ouvrage le plus important de son temps. De nombreuses pages de manuscrits royaux, délicates et colorées, et des dessins regroupés en albums, illustrent également les concepts et la foi présents dans la littérature persane.
Plusieurs pièces de banquet ont été choisies spécialement pour leur beauté et leur technique : grands plats de céramique décorés de fleurs, petites coupes monochromes, objets en bronze. De très rares textiles sont exposés pour l'occasion : tels deux tapis à l'arbre parlant provenant de Lisbonne et Cincinnati, dont l'étude a été renouvelée grâce à l'exposition. De splendides reliures, quelques objets de la vie quotidienne de courou de lettrés, tel un plumier unique, complètent cette évocation sans précédent de la beauté de l'art safavide,qui s'étendit aux terres de langue persane jusqu’à l'Hindustan.
La muséographie et l’œuvre du designer Adrien Gardère, qui travaille actuellement sur le réaménagement du musée d’art islamique du Caire, évoquent toutes ces perspectives qui mettent en exergue les lignes et les motifs de l'architecture islamique. Les pages manuscrites s'égrènent sur des cimaises claires, tandis que de grands plateaux portant les objets guident le regard vers des projections d’images tournées pour le musée du Louvres.

Seconde rétrospective toujours dans la même thématique : les Chefs d’œuvre islamiques de l'Aga Khan Muséum qui sont également en exposition au Musée du Louvres, cette saison.
Une seconde exposition qui met en lumière, une sélection de chefs d’œuvres du monde islamique détenus par le futur Aga Khan Museum ( siégera à Toronto en 2008). Les deux expositions sont ouvertes au public depuis cet automne et se termineront le 7 janvier 2008.

Selon l’historien iranien, Assadullah Souren Melikian-Chirvani, l’Art Safavide célèbre la beauté de l'univers, création divine et c’est la raison pour laquelle il est intitulé Chant du Monde .

Près de 200 pièces issues des musées du monde entier, dont notamment ceux de Téhéran et d'Ispahan, ont réuni des objets d'art de verre ou de métal, céramiques, tissus et de très nombreuses peintures de manuscrits dont des pages du célèbre Shah-Name (Livre des Rois).

Les scènes délicates de quelques dizaines de centimètres de haut, fourmillant de personnages, paysages, d'architectures ou d'animaux multicolores, évoquent des anecdotes faisant figure de paraboles tirées des grandes légendes iraniennes. D'autres, presque monochromes, font penser à l'art délicat du dessin chinois.

La peinture persane n'illustre jamais un texte , explique l’historien iranien, c'est une réponse au texte dont le peintre tire parti , ajoute-t-il.

Les coupes de porcelaine, les bassins de bronze au décor omniprésent ou épuré jouent le rôle de métaphores. Ainsi le plat vert de la première moitié du XVIe qui est en exposition, symbolise-t-il le dôme céleste , nous explique le commissaire. Le vert est la couleur du ciel dans la littérature iranienne, le décor floral signifie le jardin céleste et les poissons symbolisent le ciel, souvent comparé à une pièce d'eau .

L'art iranien n'est pas là pour faire joli , ajoute-t-il, il ne montre pas le monde réaliste. Pourquoi le faire puisqu'il est déjà là! Comme tous les arts de l'Orient, il essaye d'extraire de l'apparence de la réalité son essence, son intelligence céleste , affirme M. Melikian-Chirvani.

L’exposition sur les Chefs d’œuvre islamiques de l'Aga Khan Museum a présenté 80 oeuvres de la collection du futur musée de Toronto, dessiné par le Japonais Fumihiko Maki, qui sera dédié à l'art et la culture islamiques.

Ces oeuvres - coupes, éléments architecturaux, manuscrits ou carreaux de céramique - témoignent du foisonnement esthétique du monde islamique de l'Espagne à l'Inde, du VIIIe au XIXe siècle.

L'art de la calligraphie, qui prend toutes les formes, est particulièrement évoqué. Deux pages de 50 cm de haut et 69 de largeur présentent la copie intégrale du Coran, en écriture minuscule. Une sourate est copiée à la feuille d'or sur une feuille de châtaignier et des invocations à Dieu sur les ciseaux du calligraphe.

En parallèle, nous avons pu également visiter, le musée des Arts décoratifs, qui occupe une aile du palais du Louvre, et qui a présenté des pièces de sa collection d'art islamique. L’Exposition est ouverte du 11 octobre au 13 janvier 2008.

Ces expositions qui sont des expositions provisoires, fermeront leurs portes en janvier 2008.







Crédits :
Commissaire Pour l’Art Iranien Safavide : Assadulah Souren Melikian-Chirvani, directeur de
recherche au CNRS (émérite) est historien de la culture iranienne. Il
est auteur de livres et de nombreuses monographies sur l’art du
monde iranien historique : Iran, Azarbayjan, Afghanistan, Asie
centrale de Bokhara à Samarqand.

Cette exposition s’inscrit dans le cadre de la coopération scientifique
et culturelle signée en novembre 2004 qui lie le musée du Louvre à
l’Organisation pour le patrimoine et le tourisme iraniens (ICHTO).

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