Par Fériel Berraies Guigny - Jouda Guerfali Gomri est née à Tunis et y a vécu jusqu’à l’âge de 22 ans. Elle s’est ensuite installée en France pour suivre des études de troisième cycle.
De cette formation et de sa bi-culturalité, l’artiste a acquis une vision artistique propre. Sa création, elle la puise dans le difficile exercice des superpositions qu’elle adapte à des toiles de photographie numérique. Optant pour un genre nouveau, elle utilise la photographie et la transposition pour déboucher sur les formes nouvelles. L’image devient expression, l’image devient création.
Son travail est un habile mélange de photographie, d’infographie, de peinture à l’huile et de calligraphie arabe.
Sa vision est tout un monde intérieur où silhouettes et formes se profilent et se confondent dans des scénarios d’ambiance qui nous rappellent la magnificence de la touche orientaliste.
Monde des sens et de l’essence, figé par des lumières fugaces tantôt opaques ou transparentes, langage secret ou tout est paraître plus qu’être.
L’identité, la représentation de la femme orientale et son image sont autant de thèmes qui nourrissent sa création quotidienne. Les femmes qu’elle peint sont offertes, fragiles et secrètes dans cette beauté de l’intérieur qu’elle transpose à la lumière de ses pinceaux.
Car la forme est symbole, le mot porteur de message, la ligne ou la courbe, le trait d’union entre les hommes.
Jouda Guerfali, libère ses sujets, dans cette intimité de l’échange et du partage, elle sublime ces instants volés, presque dans l’intimité de l’aveu féminin. Sa tunisianité est profondément enfouie dans sa touche artistique, un héritage qui nourrit sa vision d’artiste. Les couleurs de ces tableaux sont à l’image de nos soleils couchants, les traces de sa langue natale sont inscrits et se transmettent au fil de la mémoire.
L’Expression a rencontré la plasticienne, et une discussion intimiste s’est nouée autour de ses passions, ses sources d’inspirations et ses engagements. Un échange qui nous a permis de mieux cerner la femme derrière l’artiste.
Parlez nous de votre formation, votre parcours, vous avez vécu une partie de votre vie en Tunisie, ensuite la France?
Après une maîtrise à l’école des Beaux Arts de Tunis, je suis venue en France poursuivre mes études de 3eme cycle. En vérité, ça été pour moi, plus qu’une opportunité de faire des études universitaires. Avant cette date, je venais à Paris en tant que touriste et je rêvais d’y passer quelques années de ma vie. Cette ville bouillonnante où se côtoient des nationalités multiples et des genre si différents m’a toujours passionnée. Mon DEA en Esthétique, technologie et Création artistique, obtenu avec succès, j’ai poursuivi des formations en infographie, en sculpture et j’ai fréquenté les ateliers des Beaux Arts de Paris. J’étais inscrite à la Sorbonne pour finir ma thèse mais je me suis rendue compte que je m’ éloignée de la théorie au détriment de la pratique. J’ai donc arrêtes mes études, un choix à faire et que je ne le regrette pas aujourdhui.
Le séjour à la Cité Internationale des Arts de Paris a été pour moi un grand tournant dans ma vie. Je me cherchais encore, j’étais assoiffée d’apprendre et voilà qu’un pas vers la professionnalisation m’a été accordé à travers le CROUS de Paris. J’ai participé la même année à un concours sur « l’Identité » et c’est ainsi que ma première toile est née. C’était non seulement le résultat de différents apprentissages mais c’était aussi toute une réflexion sur un thème qui m’a beaucoup interpellée : « l’Identité » !

Vos références en matière d'Art? De quelle école vous prévalez vous ?
Mes références sont multiples : je me suis beaucoup intéressée à l’Art islamique : son architecture, ses objets, sa grandeur et sa philosophie m’ont beaucoup influencée. Cela m’a permis de dépasser une certaine idée reçue sur cet Art mal connu et de voir dans ces œuvres majestueuses des expressions de Beauté, de Liberté et de Grandeur. La culture Soufie m’a permis de réaliser qu’il n’y a pas de cloisons entre les Arts et que les techniques ne sont que des moyens d’expression.
J’ai toujours été sensible au signe, au trait et à la calligraphie. Tout cela a rapidement fait partie de mes centres d’intérêt. Khaled Ben Slimane, Nja Mahdaoui ont été pour moi, une référence dans leurs manières respectives d’aborder la lettre et d’investir les espaces et les supports.
Du côté Occidental, j’ai pu ces dernières années, voir des expositions très intéressantes sur la peinture, la photographie, les multimédias, les installations et les performances…
C’est difficile de vous dire lesquels m’ont influencée le plus. Pour citer quelques noms : Andy Warhol pour son intervention sur l’image photographique, Antoni Tàpies pour son expérimentation des matériaux et des techniques pour exprimer les mêmes idées de manières différentes.
Je ne me considère pas faisant partie d’une école, cette idée de classement ne m’emballe pas beaucoup. L’heure est à l’ouverture, à l’échange, au dépassement.
Parlez nous de votre technique, vos thématiques, vos sources d’inspirations
Parmi mes préoccupations thématiques c’est ma volonté d'évoquer « l’identité culturelle », que je place au premier plan.
Ce que je cherche à traduire ou à faire partager, dans mes travaux, ce sont les émotions qui ont pu se dégager à un moment donné face à une actualité, à une phrase, à un regard ou à une simple remarque qu’ils soient flatteurs ou réducteurs.
J’essaye de parler de nous, des femmes de notre temps, les femmes « orientales » d’aujourd’hui, avec des techniques qui ne font pas appel à la parole mais qui la provoque, qui la laisse s’ entendre.
Mes modèles sont réelles, elles ont toutes une relation directe avec la culture de l’autre rive : africaine, berbère, arabe ou tout cela à la fois.
L’échange aussi est réel, elles sont toutes impliquées dans le sujet et affichent une attitude qui reflète une opinion.
La séance photo est la première étape de mon travail, un certain échange s’effectue ensuite et guide les étapes suivantes.
Tout est basé sur le dialogue, sur l’interaction : un mot, une phrase, une attitude, un déclic.
Pendant ces moments j’essaye de capter tout ce qui se dégage. Et tout un monde se crée dans mon imaginaire : des signes, des ambiances, des couleurs et des vapeurs.
L’infographie me permet de sublimer le modèle, de le mettre dans un monde virtuel, un monde crée de toute pièce mais qui fait toujours référence au thème du départ.
Certains éléments impalpables dépassent l’appareil photo et l’infographie affiche aussi ses limites quant aux exigences demandées, alors j’essaye de les rendre, tant que je peux, avec la peinture et l’écriture. La force du geste et l’effet de la matière accentuent l’effet voulu.
En somme ma technique est mixte, elle est unr superposition de photographie numérique, travaillée à l’infographie et de peinture à l’huile et d’écriture arabe.
J’ai opté pour un travail jouant sur les effets de matière et la consistance de la couleur.
Le choix de la calligraphie, les messages dans votre peinture ?
la lettre arabe est plus qu’un ornement dans mon travail, c’est le signe d’une appartenance, le signe d’une Culture. La lettre est employée tout aussi pour son aspect plastique que pour sa force symbolique. La forme du trait d’un « Þ » ou d’un « Ì », par exemple, peut renvoyer à l’élégance de la lettre arabe, à sa grâce et sa finesse. Par ailleurs, la raideur d’un « Ã » ou d’un « á » peut suggérer le côté puissant, imposant et intransigeant de l’écrit. C’est l’ambivalence de notre Culture que traduit si bien la lettre arabe.
D’un autre côté parler de calligraphie renvoie souvent à des notions classiques, bien connues et pratiquées un peu partout dans le monde arabe. De mon point de vue, c’est avec la lettre que je dialogue.
Dans cet échange, la lettre me donne matière à travailler, elle m’aide à m’exprimer et à mettre sur la toile des sentiments et des émotions qui ne se traduisent pas autrement. Et en échange moi je permets à la lettre, en quelques sortes, de dépasser les limites des règles préétablies et des proportions imposées. La lettre devient libre d'envelopper l’espace, de jouer avec les formes et d’emprunter les creux et les renflés des corps investis. C’est comme ça que je perçois l’emploi de la lettre dans mon travail plastique.
Il est très rare que le message soit lisible dans mes tableaux, mon travail ne s’adresse pas uniquement à un public arabophone. La lettre se veut l’image d’un dialogue entre les êtres et entre les cultures.
Vos expositions passées et futures ?
Parmi mes expositions parisienne je peux vous citer : la Cité Internationale des Art de Paris, la galerie Soufflot dans le 5e arrondissement de Paris, le centre culturel tunisien et le 9eme étage de l’IMA dans le cadre des journées tunisiennes à Paris. Le fait d’être présent au moment de l’exposition me fait sentir que mon travail ouvre le dialogue et que les gens me font part de leurs ressentis face aux tableaux et c’est très enrichissant pour moi.
En Tunisie c’est le Club Tahar el Haddad qui m’a ouvert ses portes pendant le festival de la Médina, j’ai ensuite fait une expérience très fructueuse à Hammamet à la Galerie de Dar Hayet où des touristes découvraient une expression tunisienne en venant chercher la mer et le soleil. Ma dernière exposition en Tunisie s’est déroulée pendant le festival de la Médina au Diwan Dar El Jeld.
En ce moment je prépare une exposition dans le 18e arrondissement pour le 17 décembre.
« Le café qui parle » est le lieu qui va accueillir mes toiles pendant un mois. Je suis attirée par ces lieux ouverts et conviviaux qui développent, ces dernières années, ce créneau qui consiste à faire exposer les plasticiens et de faire venir un public qui n’aurait pas franchit la porte d’une galerie d’art. Je trouve cette démarche intéressante et elle permet d’alterner avec un public averti des centres culturels et des galeries d’Art.
Vos activités actuelles, votre regard sur la place de l Art et de la femme dans le monde arabe ?
Je continue sur ma lancée. Mon travail est agrémenté par les rencontres, par l’actualité, par le temps, par le soleil…par mon humeur surtout.
La place de l’Art de la femme dans le monde arabe : j’avoue que je n’ai jamais vraiment réfléchit à ce sujet. Il y a beaucoup de femmes artistes dans le monde arabe mais c’est vrai que cette notion d’artiste reste encore délicate dans les mentalités des pays arabes.
Montrer son travail c’est montrer une part de soi même, de son monde intérieur. Et ce sujet reste encore tabou ou réservé à une certaine élite. Mais les femmes trouvent toujours le moyen de passer entre les mailles du filet. Elles montrent leur création à travers le tissage, la broderie, le verre soufflé… mais cela reste encore considéré comme de l’artisanat et ce n’est pas très valorisé même si des fois les pièces crées sont uniques et d’une sensibilité et d’une imagination rares.
Vos combats personnels, vos aspirations
C’est un engagement plutôt qu’un combat, je n’ai pas d’adversaire. Mon travail me permet de dialoguer avec l’extérieur à ma manière et je suis convaincue que c’est le dialogue qui fait avancer les choses. La culture sous toutes ses formes nous permet d’aborder des sujets et de visiter des mondes qu’on prend rarement le temps d'approcher, cela parle au sens et c’est une partie indissociable de l’être.




Photos, de haut en bas et de gauche à droite :
avril 07, Au de la du cadre
Danse , Débat rouge
Ines , jaune
Regard à Sidi Bu said
Crédits : Articles de presse
www.fbg-communication.com
De cette formation et de sa bi-culturalité, l’artiste a acquis une vision artistique propre. Sa création, elle la puise dans le difficile exercice des superpositions qu’elle adapte à des toiles de photographie numérique. Optant pour un genre nouveau, elle utilise la photographie et la transposition pour déboucher sur les formes nouvelles. L’image devient expression, l’image devient création.
Son travail est un habile mélange de photographie, d’infographie, de peinture à l’huile et de calligraphie arabe.
Sa vision est tout un monde intérieur où silhouettes et formes se profilent et se confondent dans des scénarios d’ambiance qui nous rappellent la magnificence de la touche orientaliste.
Monde des sens et de l’essence, figé par des lumières fugaces tantôt opaques ou transparentes, langage secret ou tout est paraître plus qu’être.
L’identité, la représentation de la femme orientale et son image sont autant de thèmes qui nourrissent sa création quotidienne. Les femmes qu’elle peint sont offertes, fragiles et secrètes dans cette beauté de l’intérieur qu’elle transpose à la lumière de ses pinceaux.
Car la forme est symbole, le mot porteur de message, la ligne ou la courbe, le trait d’union entre les hommes.
Jouda Guerfali, libère ses sujets, dans cette intimité de l’échange et du partage, elle sublime ces instants volés, presque dans l’intimité de l’aveu féminin. Sa tunisianité est profondément enfouie dans sa touche artistique, un héritage qui nourrit sa vision d’artiste. Les couleurs de ces tableaux sont à l’image de nos soleils couchants, les traces de sa langue natale sont inscrits et se transmettent au fil de la mémoire.
L’Expression a rencontré la plasticienne, et une discussion intimiste s’est nouée autour de ses passions, ses sources d’inspirations et ses engagements. Un échange qui nous a permis de mieux cerner la femme derrière l’artiste.
Entretien
Parlez nous de votre formation, votre parcours, vous avez vécu une partie de votre vie en Tunisie, ensuite la France?
Après une maîtrise à l’école des Beaux Arts de Tunis, je suis venue en France poursuivre mes études de 3eme cycle. En vérité, ça été pour moi, plus qu’une opportunité de faire des études universitaires. Avant cette date, je venais à Paris en tant que touriste et je rêvais d’y passer quelques années de ma vie. Cette ville bouillonnante où se côtoient des nationalités multiples et des genre si différents m’a toujours passionnée. Mon DEA en Esthétique, technologie et Création artistique, obtenu avec succès, j’ai poursuivi des formations en infographie, en sculpture et j’ai fréquenté les ateliers des Beaux Arts de Paris. J’étais inscrite à la Sorbonne pour finir ma thèse mais je me suis rendue compte que je m’ éloignée de la théorie au détriment de la pratique. J’ai donc arrêtes mes études, un choix à faire et que je ne le regrette pas aujourdhui.
Le séjour à la Cité Internationale des Arts de Paris a été pour moi un grand tournant dans ma vie. Je me cherchais encore, j’étais assoiffée d’apprendre et voilà qu’un pas vers la professionnalisation m’a été accordé à travers le CROUS de Paris. J’ai participé la même année à un concours sur « l’Identité » et c’est ainsi que ma première toile est née. C’était non seulement le résultat de différents apprentissages mais c’était aussi toute une réflexion sur un thème qui m’a beaucoup interpellée : « l’Identité » !

Vos références en matière d'Art? De quelle école vous prévalez vous ?
Mes références sont multiples : je me suis beaucoup intéressée à l’Art islamique : son architecture, ses objets, sa grandeur et sa philosophie m’ont beaucoup influencée. Cela m’a permis de dépasser une certaine idée reçue sur cet Art mal connu et de voir dans ces œuvres majestueuses des expressions de Beauté, de Liberté et de Grandeur. La culture Soufie m’a permis de réaliser qu’il n’y a pas de cloisons entre les Arts et que les techniques ne sont que des moyens d’expression.
J’ai toujours été sensible au signe, au trait et à la calligraphie. Tout cela a rapidement fait partie de mes centres d’intérêt. Khaled Ben Slimane, Nja Mahdaoui ont été pour moi, une référence dans leurs manières respectives d’aborder la lettre et d’investir les espaces et les supports.
Du côté Occidental, j’ai pu ces dernières années, voir des expositions très intéressantes sur la peinture, la photographie, les multimédias, les installations et les performances…
C’est difficile de vous dire lesquels m’ont influencée le plus. Pour citer quelques noms : Andy Warhol pour son intervention sur l’image photographique, Antoni Tàpies pour son expérimentation des matériaux et des techniques pour exprimer les mêmes idées de manières différentes.
Je ne me considère pas faisant partie d’une école, cette idée de classement ne m’emballe pas beaucoup. L’heure est à l’ouverture, à l’échange, au dépassement.
Parlez nous de votre technique, vos thématiques, vos sources d’inspirations
Parmi mes préoccupations thématiques c’est ma volonté d'évoquer « l’identité culturelle », que je place au premier plan.
Ce que je cherche à traduire ou à faire partager, dans mes travaux, ce sont les émotions qui ont pu se dégager à un moment donné face à une actualité, à une phrase, à un regard ou à une simple remarque qu’ils soient flatteurs ou réducteurs.
J’essaye de parler de nous, des femmes de notre temps, les femmes « orientales » d’aujourd’hui, avec des techniques qui ne font pas appel à la parole mais qui la provoque, qui la laisse s’ entendre.
Mes modèles sont réelles, elles ont toutes une relation directe avec la culture de l’autre rive : africaine, berbère, arabe ou tout cela à la fois.
L’échange aussi est réel, elles sont toutes impliquées dans le sujet et affichent une attitude qui reflète une opinion.
La séance photo est la première étape de mon travail, un certain échange s’effectue ensuite et guide les étapes suivantes.
Tout est basé sur le dialogue, sur l’interaction : un mot, une phrase, une attitude, un déclic.
Pendant ces moments j’essaye de capter tout ce qui se dégage. Et tout un monde se crée dans mon imaginaire : des signes, des ambiances, des couleurs et des vapeurs.
L’infographie me permet de sublimer le modèle, de le mettre dans un monde virtuel, un monde crée de toute pièce mais qui fait toujours référence au thème du départ.
Certains éléments impalpables dépassent l’appareil photo et l’infographie affiche aussi ses limites quant aux exigences demandées, alors j’essaye de les rendre, tant que je peux, avec la peinture et l’écriture. La force du geste et l’effet de la matière accentuent l’effet voulu.
En somme ma technique est mixte, elle est unr superposition de photographie numérique, travaillée à l’infographie et de peinture à l’huile et d’écriture arabe.
J’ai opté pour un travail jouant sur les effets de matière et la consistance de la couleur.
Le choix de la calligraphie, les messages dans votre peinture ?
la lettre arabe est plus qu’un ornement dans mon travail, c’est le signe d’une appartenance, le signe d’une Culture. La lettre est employée tout aussi pour son aspect plastique que pour sa force symbolique. La forme du trait d’un « Þ » ou d’un « Ì », par exemple, peut renvoyer à l’élégance de la lettre arabe, à sa grâce et sa finesse. Par ailleurs, la raideur d’un « Ã » ou d’un « á » peut suggérer le côté puissant, imposant et intransigeant de l’écrit. C’est l’ambivalence de notre Culture que traduit si bien la lettre arabe.
D’un autre côté parler de calligraphie renvoie souvent à des notions classiques, bien connues et pratiquées un peu partout dans le monde arabe. De mon point de vue, c’est avec la lettre que je dialogue.
Dans cet échange, la lettre me donne matière à travailler, elle m’aide à m’exprimer et à mettre sur la toile des sentiments et des émotions qui ne se traduisent pas autrement. Et en échange moi je permets à la lettre, en quelques sortes, de dépasser les limites des règles préétablies et des proportions imposées. La lettre devient libre d'envelopper l’espace, de jouer avec les formes et d’emprunter les creux et les renflés des corps investis. C’est comme ça que je perçois l’emploi de la lettre dans mon travail plastique.
Il est très rare que le message soit lisible dans mes tableaux, mon travail ne s’adresse pas uniquement à un public arabophone. La lettre se veut l’image d’un dialogue entre les êtres et entre les cultures.
Vos expositions passées et futures ?
Parmi mes expositions parisienne je peux vous citer : la Cité Internationale des Art de Paris, la galerie Soufflot dans le 5e arrondissement de Paris, le centre culturel tunisien et le 9eme étage de l’IMA dans le cadre des journées tunisiennes à Paris. Le fait d’être présent au moment de l’exposition me fait sentir que mon travail ouvre le dialogue et que les gens me font part de leurs ressentis face aux tableaux et c’est très enrichissant pour moi.
En Tunisie c’est le Club Tahar el Haddad qui m’a ouvert ses portes pendant le festival de la Médina, j’ai ensuite fait une expérience très fructueuse à Hammamet à la Galerie de Dar Hayet où des touristes découvraient une expression tunisienne en venant chercher la mer et le soleil. Ma dernière exposition en Tunisie s’est déroulée pendant le festival de la Médina au Diwan Dar El Jeld.
En ce moment je prépare une exposition dans le 18e arrondissement pour le 17 décembre.
« Le café qui parle » est le lieu qui va accueillir mes toiles pendant un mois. Je suis attirée par ces lieux ouverts et conviviaux qui développent, ces dernières années, ce créneau qui consiste à faire exposer les plasticiens et de faire venir un public qui n’aurait pas franchit la porte d’une galerie d’art. Je trouve cette démarche intéressante et elle permet d’alterner avec un public averti des centres culturels et des galeries d’Art.
Vos activités actuelles, votre regard sur la place de l Art et de la femme dans le monde arabe ?
Je continue sur ma lancée. Mon travail est agrémenté par les rencontres, par l’actualité, par le temps, par le soleil…par mon humeur surtout.
La place de l’Art de la femme dans le monde arabe : j’avoue que je n’ai jamais vraiment réfléchit à ce sujet. Il y a beaucoup de femmes artistes dans le monde arabe mais c’est vrai que cette notion d’artiste reste encore délicate dans les mentalités des pays arabes.
Montrer son travail c’est montrer une part de soi même, de son monde intérieur. Et ce sujet reste encore tabou ou réservé à une certaine élite. Mais les femmes trouvent toujours le moyen de passer entre les mailles du filet. Elles montrent leur création à travers le tissage, la broderie, le verre soufflé… mais cela reste encore considéré comme de l’artisanat et ce n’est pas très valorisé même si des fois les pièces crées sont uniques et d’une sensibilité et d’une imagination rares.
Vos combats personnels, vos aspirations
C’est un engagement plutôt qu’un combat, je n’ai pas d’adversaire. Mon travail me permet de dialoguer avec l’extérieur à ma manière et je suis convaincue que c’est le dialogue qui fait avancer les choses. La culture sous toutes ses formes nous permet d’aborder des sujets et de visiter des mondes qu’on prend rarement le temps d'approcher, cela parle au sens et c’est une partie indissociable de l’être.




Photos, de haut en bas et de gauche à droite :
avril 07, Au de la du cadre
Danse , Débat rouge
Ines , jaune
Regard à Sidi Bu said
Crédits : Articles de presse
www.fbg-communication.com





Om Kalthoum - ÃäÓÇß