Michou d’Aubervilliers : un film sur une parodie d’intégration



Par Fériel Berraies Guigny. Paris
Comment camoufler un petit arabe et le faire passer pour un « petit blanc bec » français ? Trame de l’histoire du film, qui porte à réfléchir. Racisme, immigration, intégration, marginalisation, tous ces thèmes sont étroitement entrelacés et cerise sur le gâteau : sur fond de guerre d’Algérie.
Décidemment une thématique indéclassable, pour ne pas dire indémodable pour la France!
Ce film qui sera en salle le 28 mars prochain, sort quelques mois après le film de Rachid Bouchareb, « Indigènes ». A rappeler qu’indigènes avait provoqué bon nombre de réactions, aujourd’hui complètement oubliés, et pourtant on y a tous cru.


S'inspirant de l'histoire vraie de Messaoud HATTOU, ce film répond à une problématique très contemporaine : comment faire la synthèse entre sa culture de naissance et celle avec laquelle on doit vivre .Cette double démarche est d'autant plus difficile à réaliser qu'elle s'inscrit aussi dans un équilibre à trouver entre famille d'origine et famille d’adoption. Comment créer son identité ? Ce film est la métaphore parfaite de ce que l'on observe aujourd'hui : comment vivre ensemble ?
Michou d'Auber raconte en effet l'histoire d'un enfant d'Aubervilliers, d'origine Kabyle, recueilli par un couple berrichon (Gérard Depardieu, Nathalie Baye) dans la France des années 60
Oui le cliché du pauvre petit arabe, démuni on connaît et de cette charité bien ordonnée, mais on en veut encore moins. Satire d’une époque, ou d’une société, mais également réalité d’un pan de l’histoire française qui laisse bien réfléchir, encore aujourd’hui. Il est des blessures dont on ne guérit pas et l’Algérie est pour la France, ce que le Vietnam a été pour les américains. Une plaie béante qui n’est pas prête de se cautériser.
Le réalisateur Thomas Gilou (Black mic-mac, La Vérité si je mens ) invite à poursuivre la réflexion sur les thèmes de l'immigration et de l'intégration à travers cette fiction. Mais le film reste minimaliste, naïf et on déplore certains raccourcis. Nous retiendrons malgré tout, qu’il dépeint les dangers de l’intolérance, et de l’ignorance qui à son tour devient xénophobie.
Pour les nostalgiques de l’Algérie française, ce film remet le couteau dans la plaie. Quand la France, fera-t-elle véritablement son mea culpa de cette triste époque et surtout quand en fera t elle son deuil ? A défaut, il faudra alors se méfier de ces allusions même passéistes d’une grandeur à jamais perdue.
La France est aujourd’hui orpheline de ses anciennes colonies, c’est un fait. Et on est tout de même lassés, de cette thématique récurrente, sur les pieds noirs, les indigènes et compagnie et leur intégration. Quant à l’intégration, il est affligeant de constater qu’on ne sort pas des discours, et que dans le fond, rien ne change. Les films, la littérature, on y a cru pour un temps mais aujourd’hui, un peu moins.
Next ! Passons à autre chose, me dirait on, mais non, il faut croire que c’est du vendeur et cela inspire toujours autant les fictions littéraires, et le septième Art. Et dans tout cela, ce que nous retenons nous, c’est peut être la prestation époustouflante du petit Samy Sghaier dans la peau de michou, on y croirait presque avec ces cheveux décolorés avec de l’eau oxygénée, et on en rirait presque de cette parodie touchante. Mais au fond, on a du mal à digérer, le paternalisme même non intentionnel du réalisateur, qui a voulu éveiller certaines consciences.




Synopsis :

Messaoud, 9 ans, est un enfant d'Aubervilliers. Parce que sa mère est malade, son père est obligé de le placer dans une famille d'accueil. Nous sommes en 1960, dans le contexte troublé des évènements d'Algérie. Gisèle, la femme chez qui il est placé, décide de travestir l’identité de Messaoud aux yeux de tous (même de son mari).Le garçon devient alors Michel, et c'est sous cette identité qu'il s'initie à la France profonde. Mais le mensonge de Gisèle, bientôt révélé, va mettre en péril leur relation naissante.



Fériel Berraies Guigny

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