Devoir de memoire



Cette grande école de la chanson tunisienne des années 30-80, il ne restera pas même l’ombre d’un souvenir.
Rien! Sauf erreur ou omission de notre part, la seule institution qui aujourd’hui fasse de son mieux pour préserver notre patrimoine est la Rachidia. Soit. Mais que cela ne vexe personne:
même la Rachidia, dans un petit quart de siècle, sera une espèce de musée que rarement - sinon jamais - les 45
ans de l’an 2030 visiteront ou seulement s’en enquerront.


Que les choses soient dites le plus honnêtement du monde. Non, nous n’avons pas fait de sondage, mais juste posé quelques questions à nombre de jeunes âgés entre 15 et 20 ans. Voici, depuis une bonne vingtaine de jours, le genre de questions posées et un échantillon des réponses obtenues.

(1): «Est ceque cela vous dit quelque chose des noms tels Sadok Thraya, Hédi Kallel, Naâma, Mustapha Charfi.... ?».
Réponse: «Euh..., franchement, pas grand-chose...».

(2): «D’après vous, qui est l’auteur interprète du Dawr «El etêb»... ?». Réponse ponctuée de rire: «D’abord, que signifie Dawr?».

(3): «Pouvez-vous citer une seule chanson de Hédi Jouini?». Réponse: «Oui, Taht El yasmina fil’lil» (Heureusement).


(4): «Pouvez-vous citer un seul morceau du Malouf tunisien?». Réponse: «C’est pas mon truc...» (sic).

(6): «Qui a composéchanté Zah’r El Banafsej?». Réponse: «Jamais entendue...».

C’est tout dire. Et toute tentative de sondage serait vaine, superflue. De toute manière, tout un chacun parmi nous pourrait poser de telles questions chez lui et tomber quasiment sur les mêmes réponses.

Alors, maintenant, voici une question qu’on voudrait poser à tous les quinquagénaires et plus : que restera réellement, dans 25 ans, de Hédi Jouini, Naâma, Oulaya, Ahmed Hamza, Mustapha Charfi, Mohamed Jammoussi et même Saliha?... Sauf complaisance ou duplicité inutile, la réponse ne peut être que celle-ci : Rien!... Alors là, absolument rien!... En d’autres termes, de Notre propos, ici, n’est point d’imputer la faute à qui que ce soit, ni à quelque organisme que ce soit. La polémique arrange rarement les choses. Mais tout de même, nous voudrions dire ceci: voilà à quoi a servi que, chez nous, les chaînes de télévision et les radios diffusent à longueur de journée 90% d’oriental et d’occidental contre à peine 10 % de tunisien.

Regardez ce qui se passe en France par exemple: les Charles Aznavour et Johnny Halliday, pour ne citer qu’eux, tiennent encore le haut du pavé. Mieux: personne n’a oublié les E. Piaf, Y. Montand, Dalida et Claude François auxquels on revient de temps à autre pour la mémoire. Regardez ailleurs: périodiquement, l’on diffuse telle ou telle symphonie de tel ou tel orchestre.

Il y a chez ces peuples un devoir de mémoire. Que cela s’appelle classique ou pas, c’est un patrimoine que l’on dépoussière tout le temps, que l’on diffuse en permanence, que l’on tient à jamais vif et vivant de peur qu’il ne sombre dans les oubliettes. De peur, surtout, que les jeunes d’aujourd’hui ne retiennent de l’art musical que ces chansonnettes fabriquées comme au chrono, en 3 mn 15’et sur un rythme aussi tapageur que rapide. Ce n’est pas une mince
affaire, c’est une question de goût; et c’est le goût de tout un peuple qu’on est en train de dépraver, de vicier. A qui la faute?... A nous tous. Nous avons tous laissé entrer chez nous des CD de Britney Spears, de Madona, de Michael Jackson et d’on ne sait qui encore sans jamais discuter ni lever le moindre petit doigt. Résultat ? Le voilà: «Ton Malouf, c’est pas mon truc...»...

Et alors?... Et alors voilà : nos Jouini, A. Riahi, Naâma, Oulaya et autres Jammoussi deviendront demain exactement comme la Jebba et la Fouta et Blouza.

Mohamed Bouamoud


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