Après avoir presque tout dit sur Israël et sa manière de se penser en «petite Amérique», lors des 34 jours de guerre contre le Hezbollah et le Liban [1], cependant, il est impossible de laisser passer ces événements pour exercer un examen critique et tirer les enseignements de ce conflit d’un point de vue arabe.
Ce qui frappe le plus dans cette guerre que vient de vivre le pays du Cèdre, c’est la force de la symbolique qui reste gravée dans l’imaginaire d’une grande majorité d’Arabes. Malgré ses gigantesques moyens militaires et technologiques, l’Etat hébreu n’est pas parvenu à écraser un mouvement de guérilla, lequel avait su exploiter
à merveille le rapport du faible au fort. Les guerriers du Hezbollah ont bien assimilé toutes les idées développées dans le livre de référence «L’art de la guerre», du Chinois Sun Tzu.
Tandis qu’en Israël le navire politique tangue pour cause de crise d’après-guerre, les jours du gouvernement d’Ehud Olmert semblent comptés, tant les protestations sont encore vives sur les résultats aléatoires de cette campagne militaire .
Qu’en est-il des Arabes ? Ces derniers, comme à chaque événement majeur, ont du mal à procéder à une véritable autocritique, pour tirer toutes leçons de cette crise de grande amplitude.
En réalité, parler des Arabes, cela ne veut rien dire ! D’où l’intérêt d’écarter vite cette généralité qui fausse le débat.
Cependant, il y a bel et bien deux niveaux d’analyse qu’il faut avoir constamment présents à l’esprit.
Celui des dirigeants arabes. Lesquels sont conditionnés par des stratégies d’alliance, limitant ainsi leurs marges de manoeuvre, ou mus par la raison d’Etat. Un exemple pour illustrer cette réalité: au tout début de la guerre, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et l’Egypte avaient adopté des positions en convergence avec le point de vue américain, dénonçant l’»aventurisme» du parti de Dieu. Il n’est pas inutile de rappeler ici, comme le révélait Seymour Hersh, dans son article d’investigation, paru début août dans New Yorker, que les Etats-Unis d’Amérique avaient non
seulement béni et autorisé cette guerre, mais ils avaient fourni des armes et des renseignements aux Israéliens, afin de «pulvériser» les forces du Hezbollah.
Une répétition grandeur nature de ce qui allait se produire contre l’Iran, l’une des pièces maîtresses de l’«axe du mal», selon Bush. Mais, contre toute attente, il en alla tout autrement... La suite est connue.
L’autre niveau est celui de l’»opinion arabe». Force est de constater que celle-ci fonctionne, dans la majorité des cas, en sens contraire de ses dirigeants.
Il faut dire que depuis l’émergence, en 1996, de la chaîne satellitaire Al-Jazeera, la donne n’est plus la même.
Qu’on aime ou qu’on déteste, cette télévision incarne un leadership incontestable, et contribue non seulement à forger une opinion arabe et lui assurer un véritable corpus, mais de par ses moyens, elle informe, avec un grand professionnalisme, avec une longueur d’avance par rapport à ses concurrentes occidentales. Au point qu’aujourd’hui, on peut parler d’un regard arabe sur l’actualité du monde. Plus qu’une révolution, c’est un changement radical !
Celui qui a suivi Al-Jazeera, pendant cette guerre, aura eu un condensé des réactions de l’opinion arabe. Force est de dire que celle-ci indique une tendance lourde, une sensibilité.
En résumé, l’opinion arabe n’est pas un gouvernement; elle n’a pas non plus de moyens: elle est un moyen de pression en balbutiement - et en émergence.
Au regard des cinquante dernières années, les Arabes se contentent souvent de rhétorique, de paroles. Ils savent formuler les mots des maux, traduire en langage clair leurs sentiments.
En rester là, n’est pas suffisant. Les forces centrifuges qui traversent l’aire arabe n’ont jamais été aussi vives.
Une impression d’impuissance domine. Jusqu’où cet attentisme va-t-il être pratiqué ? Des contradictions majeures ne sont pas résolues pour agir sur le réel, qui échappe de jour en jour à tout contrôle.
Palestine, Irak, Liban – pour ne parler que du monde arabe - montrent, si besoin est, que le monde arabe, si tant est qu’il existe, est loin d’être sorti de l’auberge, comme on dit familièrement.
Des abcès de fixation gangrènent les forces vives de ces nations.
On l’a dit et répété, ici ou ailleurs, tout retard aura un coût exorbitant pour l’avenir. Il est grand temps que les Arabes se réconcilient avec eux-mêmes, et avec le réel !

Hichen B Yaiche
Le Quotidien d’Oran
Ce qui frappe le plus dans cette guerre que vient de vivre le pays du Cèdre, c’est la force de la symbolique qui reste gravée dans l’imaginaire d’une grande majorité d’Arabes. Malgré ses gigantesques moyens militaires et technologiques, l’Etat hébreu n’est pas parvenu à écraser un mouvement de guérilla, lequel avait su exploiter
à merveille le rapport du faible au fort. Les guerriers du Hezbollah ont bien assimilé toutes les idées développées dans le livre de référence «L’art de la guerre», du Chinois Sun Tzu.
Tandis qu’en Israël le navire politique tangue pour cause de crise d’après-guerre, les jours du gouvernement d’Ehud Olmert semblent comptés, tant les protestations sont encore vives sur les résultats aléatoires de cette campagne militaire .
Qu’en est-il des Arabes ? Ces derniers, comme à chaque événement majeur, ont du mal à procéder à une véritable autocritique, pour tirer toutes leçons de cette crise de grande amplitude.
En réalité, parler des Arabes, cela ne veut rien dire ! D’où l’intérêt d’écarter vite cette généralité qui fausse le débat.
Cependant, il y a bel et bien deux niveaux d’analyse qu’il faut avoir constamment présents à l’esprit.
Celui des dirigeants arabes. Lesquels sont conditionnés par des stratégies d’alliance, limitant ainsi leurs marges de manoeuvre, ou mus par la raison d’Etat. Un exemple pour illustrer cette réalité: au tout début de la guerre, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et l’Egypte avaient adopté des positions en convergence avec le point de vue américain, dénonçant l’»aventurisme» du parti de Dieu. Il n’est pas inutile de rappeler ici, comme le révélait Seymour Hersh, dans son article d’investigation, paru début août dans New Yorker, que les Etats-Unis d’Amérique avaient non
seulement béni et autorisé cette guerre, mais ils avaient fourni des armes et des renseignements aux Israéliens, afin de «pulvériser» les forces du Hezbollah.
Une répétition grandeur nature de ce qui allait se produire contre l’Iran, l’une des pièces maîtresses de l’«axe du mal», selon Bush. Mais, contre toute attente, il en alla tout autrement... La suite est connue.
L’autre niveau est celui de l’»opinion arabe». Force est de constater que celle-ci fonctionne, dans la majorité des cas, en sens contraire de ses dirigeants.
Il faut dire que depuis l’émergence, en 1996, de la chaîne satellitaire Al-Jazeera, la donne n’est plus la même.
Qu’on aime ou qu’on déteste, cette télévision incarne un leadership incontestable, et contribue non seulement à forger une opinion arabe et lui assurer un véritable corpus, mais de par ses moyens, elle informe, avec un grand professionnalisme, avec une longueur d’avance par rapport à ses concurrentes occidentales. Au point qu’aujourd’hui, on peut parler d’un regard arabe sur l’actualité du monde. Plus qu’une révolution, c’est un changement radical !
Celui qui a suivi Al-Jazeera, pendant cette guerre, aura eu un condensé des réactions de l’opinion arabe. Force est de dire que celle-ci indique une tendance lourde, une sensibilité.
En résumé, l’opinion arabe n’est pas un gouvernement; elle n’a pas non plus de moyens: elle est un moyen de pression en balbutiement - et en émergence.
Au regard des cinquante dernières années, les Arabes se contentent souvent de rhétorique, de paroles. Ils savent formuler les mots des maux, traduire en langage clair leurs sentiments.
En rester là, n’est pas suffisant. Les forces centrifuges qui traversent l’aire arabe n’ont jamais été aussi vives.
Une impression d’impuissance domine. Jusqu’où cet attentisme va-t-il être pratiqué ? Des contradictions majeures ne sont pas résolues pour agir sur le réel, qui échappe de jour en jour à tout contrôle.
Palestine, Irak, Liban – pour ne parler que du monde arabe - montrent, si besoin est, que le monde arabe, si tant est qu’il existe, est loin d’être sorti de l’auberge, comme on dit familièrement.
Des abcès de fixation gangrènent les forces vives de ces nations.
On l’a dit et répété, ici ou ailleurs, tout retard aura un coût exorbitant pour l’avenir. Il est grand temps que les Arabes se réconcilient avec eux-mêmes, et avec le réel !

Hichen B Yaiche
Le Quotidien d’Oran





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