tap - ''Le maintien par l'agence de notation américaine "Standard&Poors" (S&P) du classement de la Tunisie dans le groupe "8", aux côtés de pays comme le Liban, l'Egypte, la Géorgie, le Nigéria et le Kazakhstan, avec un BICRA (Evaluation du risque du secteur bancaire pays) de risque économique très élevé, exprime l'état de la fragilité du secteur bancaire tunisien", a indiqué M.Moez LABIDI, Professeur universitaire et expert économique et financier.

L'expert a analysé, dans un entretien avec la TAP, l'impact de la notation du secteur bancaire de la Tunisie (BB/stable/B).
Question: comment réagissez-vous au classement de la Tunisie par S&P? Réponse: Le BICRA comprend deux grands domaines d'analyse des risques
-le risque économique et le risque du secteur
- Dans l'un comme dans l'autre, les scores de la Tunisie sont de "8".Cette confirmation dans le groupe "8" est inquiétante pour deux raisons. D'une part, ce groupe rassemble les pays dont le secteur bancaire présente un risque très élevé (très proche du groupe "10"). Et d'autre part, toutes les décisions prises dans le sens d'une réforme du secteur (recapitalisation de la STB, audit des grandes banques et de la BCT, ...) n'ont pas rassuré les experts de cette agence de rating.
Q:Quel est votre diagnostic du secteur bancaire tunisien? R: La notation de S&P puise ses racines dans deux facteurs qui continuent de fragiliser le secteur bancaire.
Primo, des facteurs exogènes au secteur bancaire, c'est surtout le « choc de la révolution » et la crise de la zone euro, qui ont impacté négativement les entreprises tunisiennes et du coup tout le secteur bancaire. Et sur le terrain politique, il ne faut pas sous-estimer le « bricolage institutionnel » caractérisant le traitement des grands dossiers (presse, justice, préparation des élections), qui assombrit l’horizon des investisseurs, grippe les canaux de transmission de la politique économique et empêche le démarrage d’une vraie dynamique de relance, qui ne permet pas au secteur bancaire de retrouver le chemin de l’assainissement.
Secondo, il s'agit des facteurs endogènes, propres au secteur bancaire, qui se manifestent à travers le retard dans l’application des normes de bonne gouvernance et de supervision bancaire, le poids des créances douteuses, la faiblesse des ressources stables (fonds propres, épargne à terme), la forte dépendance à l’égard du financement de la BCT, l’exposition des banques tunisiennes à des secteurs systémiques, tels que le tourisme et l’immobilier. Du coup, il est très difficile pour les banques tunisiennes d’améliorer rapidement leur profil de risque, avec une croissance molle.
Q: Quelles sont vos propositions de réformes pour sortir le secteur bancaire de l'ornière? R: L’application de la circulaire (2011-06 de la BCT) est déterminante pour l’ancrage aux normes de bonne gouvernance. Toutefois, beaucoup de choses restent à faire notamment en ce qui concerne la diversification des portefeuilles des banques tunisiennes.
Il est très dangereux de voir les banques tunisiennes rester trop exposées à deux secteurs systémiques : le tourisme et l’immobilier (au niveau des prêts et des garanties). Il importe aussi, d’accélérer les opérations de recapitalisation pour toutes les banques publiques.
Il s'agit, encore, d'aménager le marché financier et surtout le compartiment obligataire de ce marché pour épauler le secteur bancaire dans le financement de l’économie Il faut rechercher en outre, une alternative aux injections massives de liquidités assurées régulièrement, depuis la révolution, par la BCT.
La banque centrale doit préparer au plus vite sa stratégie de sortie (exit strategy) pour éviter le dérapage inflationniste.
Le périmètre de la régulation doit être élargi à une approche macro-prudentielle fondée sur l’exposition au risque systémique, au lieu de se limiter à une démarche micro- prudentielle centrée sur l’analyse de la fragilité bancaire.
Nous estimons que la situation du secteur bancaire reste préoccupante, tant que le diagnostic de tout le système n’aura pas été mené à terme, tant que le marché obligataire n’est pas encore très développé et tant que la reprise n’est pas de retour pour augmenter les marges opérationnelles des banques et du coup pour inverser la courbe des créances douteuses et remettre les banques tunisiennes sur le sentier de la performance.

L'expert a analysé, dans un entretien avec la TAP, l'impact de la notation du secteur bancaire de la Tunisie (BB/stable/B).
Question: comment réagissez-vous au classement de la Tunisie par S&P? Réponse: Le BICRA comprend deux grands domaines d'analyse des risques
-le risque économique et le risque du secteur
- Dans l'un comme dans l'autre, les scores de la Tunisie sont de "8".Cette confirmation dans le groupe "8" est inquiétante pour deux raisons. D'une part, ce groupe rassemble les pays dont le secteur bancaire présente un risque très élevé (très proche du groupe "10"). Et d'autre part, toutes les décisions prises dans le sens d'une réforme du secteur (recapitalisation de la STB, audit des grandes banques et de la BCT, ...) n'ont pas rassuré les experts de cette agence de rating.
Q:Quel est votre diagnostic du secteur bancaire tunisien? R: La notation de S&P puise ses racines dans deux facteurs qui continuent de fragiliser le secteur bancaire.
Primo, des facteurs exogènes au secteur bancaire, c'est surtout le « choc de la révolution » et la crise de la zone euro, qui ont impacté négativement les entreprises tunisiennes et du coup tout le secteur bancaire. Et sur le terrain politique, il ne faut pas sous-estimer le « bricolage institutionnel » caractérisant le traitement des grands dossiers (presse, justice, préparation des élections), qui assombrit l’horizon des investisseurs, grippe les canaux de transmission de la politique économique et empêche le démarrage d’une vraie dynamique de relance, qui ne permet pas au secteur bancaire de retrouver le chemin de l’assainissement.
Secondo, il s'agit des facteurs endogènes, propres au secteur bancaire, qui se manifestent à travers le retard dans l’application des normes de bonne gouvernance et de supervision bancaire, le poids des créances douteuses, la faiblesse des ressources stables (fonds propres, épargne à terme), la forte dépendance à l’égard du financement de la BCT, l’exposition des banques tunisiennes à des secteurs systémiques, tels que le tourisme et l’immobilier. Du coup, il est très difficile pour les banques tunisiennes d’améliorer rapidement leur profil de risque, avec une croissance molle.
Q: Quelles sont vos propositions de réformes pour sortir le secteur bancaire de l'ornière? R: L’application de la circulaire (2011-06 de la BCT) est déterminante pour l’ancrage aux normes de bonne gouvernance. Toutefois, beaucoup de choses restent à faire notamment en ce qui concerne la diversification des portefeuilles des banques tunisiennes.
Il est très dangereux de voir les banques tunisiennes rester trop exposées à deux secteurs systémiques : le tourisme et l’immobilier (au niveau des prêts et des garanties). Il importe aussi, d’accélérer les opérations de recapitalisation pour toutes les banques publiques.
Il s'agit, encore, d'aménager le marché financier et surtout le compartiment obligataire de ce marché pour épauler le secteur bancaire dans le financement de l’économie Il faut rechercher en outre, une alternative aux injections massives de liquidités assurées régulièrement, depuis la révolution, par la BCT.
La banque centrale doit préparer au plus vite sa stratégie de sortie (exit strategy) pour éviter le dérapage inflationniste.
Le périmètre de la régulation doit être élargi à une approche macro-prudentielle fondée sur l’exposition au risque systémique, au lieu de se limiter à une démarche micro- prudentielle centrée sur l’analyse de la fragilité bancaire.
Nous estimons que la situation du secteur bancaire reste préoccupante, tant que le diagnostic de tout le système n’aura pas été mené à terme, tant que le marché obligataire n’est pas encore très développé et tant que la reprise n’est pas de retour pour augmenter les marges opérationnelles des banques et du coup pour inverser la courbe des créances douteuses et remettre les banques tunisiennes sur le sentier de la performance.




Fairouz - سهرة حب
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