Tunisie: Polémique sur l'engagement du gouvernement à réduire de moitié le taux de pauvreté



tap - L'engagement du gouvernement à réduire de moitié, le taux de pauvreté, dans le cadre de son programme d'action au titre de 2012, a suscité la polémique dans les milieux économiques et scientifiques.
Pour certains experts, relever ce défi est possible mais sous conditions.D'autres considèrent que la réalisation de cet objectif stratégique, en un court laps de temps, relève du chimérique.
L'expert international Hafedh Zaafran estime que cet engagement soulève plusieurs interrogations. Il s'agit d'abord de préciser si la période de réalisation de cet objectif est fixée pour fin 2012, à l'horizon 2015 ou en 2016 ? L'expert se demande aussi sur quel indicateur se baser ? les statistiques de 2005 qui fixent le taux de pauvreté à 3,6 pc ou les 11,4 pc déclarés par l'Institut national des statistiques après la révolution, alors que le ministère des affaires sociales a avancé le chiffre de 24,7 pc ( 2011).


La dernière interrogation renvoie aux mécanismes à mettre en œuvre pour promouvoir les conditions de vie des citoyens et lutter contre la pauvreté qui supposent un traitement social et un traitement développementiel. Sur cette question l'expert avoue que dans son volet développementiel « le programme du gouvernement demeure peu concluant et nécessite un examen beaucoup plus approfondi ».

L'augmentation du revenu par tête d'habitant à 9 mille dinars, à partir de 2016 et la réduction de moitié du taux de pauvreté sont invraisemblables si l'on se réfère aux taux de croissance mentionnés dans le même programme a -t-il expliqué.

D'après ces taux, le revenu par habitant qui est actuellement estimé à 6 mille dinars pourrait atteindre au maximum 7500 dinars en 2016. L'expert a relevé l'absence, dans le programme du gouvernement, de données quantitatives et concrètes sur les moyens de réduire de moitié le taux de pauvreté ce qui veut dire, selon lui, de sortir 200 mille à un million 330 mille personnes du seuil de la pauvreté ( en fonction du taux de pauvreté adopté).

De son coté, l'économiste Abderrahmane Lahga, estime que « beaucoup de flou entoure la période fixée pour réduire le taux de pauvreté. Il considère que cet engagement n'est pas plausible et pourrait avoir des incidences négatives au cas ou le gouvernement tient à le réaliser afin la fin 2012».

Si cet objectif est programmé dans le long terme, le gouvernement est appelé, dans ce cas, à réviser ses politiques sociales, à lutter contre les disparités et à réaliser sa croissance économique, en évitant les programmes « populistes » à l'instar de l'augmentation de la pension allouée aux familles démunies. L'économiste trouve que la politique de lutte contre la pauvreté doit reposer sur les programmes devant permettre à la famille démunie d'exercer des activités génératrices de sources de revenu.

La réussite de pareilles interventions dépend de la capacité de l'Etat à réaliser la croissance économique et de la répartition équitable des richesses, a-t-il conclu.

En revanche, l'universitaire spécialisé en sociologie et développement humain Belaid Ouled Abdallah a souligné que le gouvernement actuel pourrait tenir ses promesses et réduire de moitié le pourcentage de pauvreté, par la création d'un conseil supérieur de développement. Une structure qui regroupera hommes politiques et composantes de la société civile. L'universitaire a préconisé, dans la foulée, la dynamisation du rôle des comités régionaux et locaux de développement. Une démarche qui exige l'adoption d'un nouveau modèle de développement capable d'identifier les besoins locaux et régionaux et de mettre en place des stratégies basées sur le principe de la gouvernance. Il a appelé à la création de mécanismes nouveaux ou innovants comme la famille productrice ou encore le développement urbain intégré, en sollicitant des compétences tunisiennes parmi les diplômés des universités au chômage depuis plus de trois ans.

Pour le directeur des ressources humaines au ministère du développement régional, Mongi Al Ayeb, la politique adoptée par le gouvernement en matière de lutte contre la pauvreté a porté sur un traitement socio-économique du phénomène. « elle est basée sur l'identification minutieuse de la catégorie cible, ses besoins et sa localisation géographique ». Le traitement socio-économique de la pauvreté prévoit, notamment, la mise sur pied d'un programme d'intervention urgent au profit de 24 mille personnes parmi les familles nécessiteuses et les personnes capables de participer à la vie économique. Les fonds consacrés à ce programme sont estimés à 72 millions de dinars.

Le nombre des familles nécessiteuses bénéficiant d'allocations sociales sera porté à 185 mille (135 mille actuellement) et la valeur de cette pension sera élevée à 100 dinars au lieu de 70.

El Ayeb a évoqué, aussi, la possibilité d'augmenter de 50 mille les bénéficiaires de ces allocations, mettant l'accent sur l'attachement du gouvernement à maintenir les différentes interventions au profit des familles démunies, en particulier, la prise en charge sanitaire et la gratuité des soins.


Commentaires


2 de 2 commentaires pour l'article 48400

ElGafsi  (Switzerland)  |Mardi 17 Avril 2012 à 16h 44m |           
Eh freddddy...sort de ta canada cherie et reviens sur terre, j'y suis allez au sud ya pas 6 semaines dans le bassin minier!!!! viens mon petit gars et tu verra de tes propre yeux..et oui en tunisie oui oui oui la vrai pauvreté qui fait honte et qui revolte

Freddy  (Canada)  |Mardi 17 Avril 2012 à 11h 34m |           
Mon dieu! quelle cacophonie. premièrement il n’y a pas 24% de la population sous le seuil de la pauvreté, c’est impossible car on n’a pas le même barème que l’occident où la vie coûte extrêmement plus cher. deuxièmement les commentaires manquent d’imagination est sont comme d’habitude victime du paradigme de ces ultra-spécialistes qui ont tellement le nez dans leurs livres (qui viennent de l’occident) qu’ils ne peuvent pas voir plus loin que
leurs nez justement. en effet, on n’a pas besoin de plus de croissance pour atteindre l’objectif, mais une redistribution de la richesse par une meilleure fiscalité et une attaque féroce de l’évasion/fraude fiscale. l’autre point mentionné concernant une autre superstructure qui va gérer cela est superflu! comme pays du tiers-monde on est très fort là-dessus au point où l’argent va être bouffé par les fonctionnaires et différents groupes
d’interventions qui ne sont même pas élus qu’il ne restera rien pour les pauvres. il faut se débarrasser de cette mentalité de fonctionnariat. il faut à la place distribuer l’argent directement aux petites régions (même pas au niveau du gouvernorat qui bouffe tout au niveau de la ville centre) et évidemment ces régions (peut être niveau délégation) auraient des élus et non pas comme maintenant des responsables nommés. voilà une solution
innovatrice!