Tunisie: «L'indépendance des médias ne pourra être garantie que par la mise en place d'un cadre juridique solide» (Rapport RSF 2012)



tap - A l'occasion du premier anniversaire de la révolution tunisienne, ''Reporters Sans Frontières'' vient de publier un bilan de l'évolution du secteur médiatique en Tunisie.

Parmi les nombreux points soulevés dans ce document volumineux, RSF met l'accent sur la nécessité de mette en place un cadre juridique solide, la décentralisation de l'information et l'instauration d'une politique favorisant les médias déjà existants, outre la revalorisation indispensable de la profession et la fixation de "lignes rouges" non seulement différentes, mais également mouvantes.


L'indépendance des médias ne pouvant être garantie sans un cadre juridique solide, RSF considère dans un premier point que "le code de la presse, même s'il demeure imparfait en l'état, doit aujourd'hui constituer un standard minimum de protection dès lors qu'il consacre la liberté d'expression, principe qui devrait être clairement énoncé dans la future constitution".

Désormais, lit-on encore, "il faudra s'assurer, à l'avenir, que ce texte spécifique soit appliqué aux cas d'abus de la liberté d'expression, à l'exclusion des dispositions générales du code pénal".

Cependant, "ce texte ne pourra constituer une réelle protection de la liberté d'expression que s'il est accompagné de réformes en profondeur des systèmes administratifs et judiciaires».

Aussi, écrit RSF, "la mise en place de la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA), qui doit remplacer l'Instance nationale pour la réforme de l'information et de la communication (INRIC), est-elle urgente, tout comme la création de la commission d'octroi de la carte nationale de journaliste professionnel".

En ce qui concerne la question de l'Internet et des médias en ligne, RSF estime dans son rapport que cette question "est insuffisamment traitée dans le code de la presse et que bien qu'elle consacre le principe de la liberté d'expression, qui constituera certainement un fondement de la protection des cybercitoyens, la loi reste muette sur la spécificité de la responsabilité des médias en ligne».

Autre enjeu crucial, celui de la décentralisation de l'information. Selon ce document, il semblerait que les Tunisiens «reprochent aux médias nationaux de ne porter leur attention que sur l'actualité dans la capitale, laissant à l'information en région une partie congrue».

L'Internet, précise RSF dans son bilan, "témoigne également des inégalités de développement qui existent entre la région de Tunis et le reste du pays".

Par ailleurs, "l'apparition de nouvelles radios devrait permettre de dynamiser le développement du secteur et de désenclaver les régions", rappelant dans ce sens que la deuxième chaîne de télévision nationale, "Al Watanya 2", a été transformée en Chaîne régionale le 2 janvier 2012.

Une "meilleure couverture du territoire devrait être engagée dans le secteur audiovisuel" signale le rapport.

Contrairement aux radios, les nouvelles télévisions tunisiennes sont toutes basées à Tunis, ce qui n'a pas manqué de renforcer ainsi la concentration des médias dans la capitale.

Quant à la presse écrite, les quotidiens et hebdomadaires nationaux ne disposent pas de bureaux régionaux et reposant sur des correspondants locaux, dont l'absence de formation et le manque de professionnalisme pesaient lourdement sur la qualité des informations transmises". Partant de ce constat, RSF soulève "une revalorisation indispensable" de la profession afin de "pallier le manque de professionnalisme».

«Découvrant le dur exercice de la critique, certains journalistes manquent de professionnalisme dans leur manière d'aborder l'actualité et de traiter les sujets sensibles".

Cependant, le problème de fond réside dans "l'absence de formation universitaire de qualité". L'Institut de Presse et des Sciences de l'Information (IPSI) est le seul établissement qui propose une formation supérieure en journalisme.

L'ensemble des enseignements doit être revu afin d'offrir aux futurs bâcheliers une filière d'excellence".

De plus, "la création d'autres établissements universitaires concurrents, privés ou publics tirera indubitablement le niveau des étudiants en journalisme vers le haut", ajoute RSF. Mais cette revalorisation de la formation doit être selon RSF accompagnée d'une «revalorisation financière, afin de garantir l'indépendance des journalistes».

Parallèlement à la revalorisation du métier de journaliste et à la lutte contre le filtrage sur Internet, la sensibilisation des internautes aux questions liées à la déontologie sur le Net est essentielle.

"Diffamation, injures et atteintes à la vie privée font partie des utilisations des réseaux sociaux, jetant le discrédit sur la Toile".
Ainsi, estime RSF, des "lignes rouges" non seulement différentes, mais également mouvantes demeurent nécessaires, Ayant ouvert un bureau en Tunisie, le 12 octobre 2011, l'équipe sur place de "Reporters sans frontières" a pour vocation d'interpeller les autorités sur les atteintes à la liberté de la presse et de les accompagner dans la construction et le développement d'une presse stable, déontologique et indépendante.

Commentaires


3 de 3 commentaires pour l'article 44484

LIBERTE  (Tunisia)  |Jeudi 26 Janvier 2012 à 22h 05m |           
Le journalisme aujourd hui est entre deux feux d un cote on lui reproche son silence de l autre cote on lui demande de se taire /ils doivent defendre leur liberte et tenir bon pour ne pas trahir le peuple . les nouveaux arrivants ne font pas mieux que les anciens puisue mr zitouni critique deja la tele publique . il veut une tele nahdha quel culot

م ص ح  (Tunisia)  |Mercredi 25 Janvier 2012 à 19h 39m |           
الاعلام النزيه و الصادق و الوطني هو هدف يتحقق بعد عشرون عاما انشاء الله اي بعد ان تكونوا اجيالا شعارها الوطن قبل الخبز وقبل الحزب و قبل العرش . اما هؤلاء الصحافيين قد فات فيهم الفوت و المثل العربي يقول " ما ينفع في البايد ترقيع ".

Propos  (France)  |Mercredi 25 Janvier 2012 à 18h 08m | par             
Existe-t-il en Tunisie des journalistes d'investigation qui peuvent enquêter sur les malversations, actes de corruption qui ont déjà eu lieu après et avant le départ de Ben Ali
Ainsi, ils rendent un vrai service au peuple tunisien concret et mesurable Le peuple tunisien aura besoin des vrais journalistes et non des opportunistes