Tunisie: 'La libéralisation excessive du commerce a nui à l'industrie' (économiste)



tap - La libéralisation excessive du commerce, couplée à la corruption et au clientélisme, ont aggravé les déséquilibres entre les catégories sociales et les disparités entre les régions en Tunisie, a affirmé M. Mohamed Mabrouk, docteur en économie et enseignant à l'Ecole supérieure de la statistique et de l'analyse de l'information.

Il a préconisé, dans un entretien avec la TAP, une réforme fiscale pour taxer les secteurs les plus rentables, appelant à une plus grande responsabilisation des grands chefs d'entreprises du pays."Le secret de la réussite de toute économie, est le degré de patriotisme des hommes d'affaires et non pas seulement la lutte contre la corruption et l'encouragement des investissements étrangers", a t-il martelé.


Répartition plus équitable des richesses


Pour M. Mabrouk "la libéralisation totale et excessive", mène au chaos, à l'endettement et à la faillite économique. Elle doit être accompagnée d'un système fiscal à même de garantir une répartition équitable des richesses et de préserver les droits des catégories sociales "perdantes".
Il s'agit de doter l'Etat de ressources fiscales à même de lui permettre de verser des indemnisations de chômage, d'améliorer les services publics, de développer les infrastructures (hôpitaux, routes, écoles..) et de booster le commerce de grande distribution, dans les régions.
Tout en convenant que" la Tunisie a tiré profit de la politique d'ouverture économique et de l'accord de partenariat, conclu avec l'Union Européenne, qui a eu pour effet, une amélioration globale du revenu per capita de 2 mille à 5 mille dollars", il a souligné que ce partenariat avec l'Europe "a engendré des charges supplémentaires pour l'Etat qui dépassent ses capacités".
Parmi les conséquences de ce partenariat, l'expert a relevé "une aggravation du déficit commercial (qui se monte à 6 935 millions de dinars, à fin Octobre 2011) et du coût de la dette (plus de 3 milliards de dinars, par an). Le pays a été confronté à une concurrence directe avec un marché de 300 millions d'habitants" (l'UE en compte plus de 500 millions, en 2011)".
D'après lui, "la libéralisation a nui à l'industrie. Beaucoup de PME ont fermé et même les grandes entreprises ont privilégié les activités à caractère commercial. Un pan de l'activité industrielle s'est converti en représentation commerciale".
"La libéralisation a imposé l'idée d'un abaissement des impôts et partant a entraîné une répartition inéquitable des richesses. Cette conception de l'économie s'est généralisée dans le monde".
Pour corriger cette tendance, l'économiste a préconisé de relever le niveau des impôts dans les secteurs rentables et de redonner une "autorité" économique à l'Etat.


Les hommes d'affaires doivent faire preuve de patriotisme


Il a, par ailleurs, évoqué "l'activisme de certains hommes d'affaires, qui cherchent à faire pression sur les partis majoritaires à la constituante, pour obtenir toujours plus d'avantages et d'aides. Il faut y ait une solidarité tunisienne et une prise de conscience des grands chefs d'entreprises, de leurs responsabilités".

D'après l'universitaire, "les hommes d'affaires tunisiens, notamment ceux qui ont profité de tout un système, pendant l'ancien régime, sont appelés, aujourd'hui, à payer les impôts et les taxes et à faire preuve de leur patriotisme".
Il a cité l'exemple des hommes d'affaires américains qui ont appelé leur gouvernement à augmenter leurs taxes, pour éviter l'aggravation de la dette des Etats-Unis. Le multimilliardaire américain, Warren Buffet, a, même, trouvé inacceptable dans une lettre ouverte publiée par le "New York Times ", "de voir les ultra-riches américains comme lui, payer un taux d'imposition relativement faible" en comparaison avec celui payé par le peuple.
L'économiste a pointé du doigt l'épineux problème des IDE nocifs (les IDE on-shore), "ces investisseurs étrangers qui ne réinvestissement pas les bénéfices en Tunisie et n'exportent pas leurs produits à partir du pays, tels que les opérateurs étrangers de téléphonie mobile...".
"Ces investisseurs ont autant d'intérêt, que les tunisiens, à voir la révolution réussir". Il s'agit, pour l'expert "de les inciter avec tact, à réinvestir leurs profits dans des industries, afin d'exporter leurs profits sous forme de marchandises, au lieu de saigner les ressources limitées du pays en devises. Ainsi, la Tunisie améliorerait en même temps, ses paiements extérieurs et l'emploi".
Pour que la révolution tunisienne ne se transforme pas en débâcle humiliante à la grecque, la Tunisie doit d'abord adopter une attitude calculée vis-à-vis des investissements directs étrangers (IDE) et des importations. Ceci ne veut pas dire repli sur soi", a-t-il ajouté.
Pour les IDE, il a recommandé d'opter, plutôt, pour les investissements destinés à l'exportation, générateurs de devises, en encourageant l'investissement dans les secteurs
porteurs, tels que, les équipements de l'énergie renouvelable, les produits pharmaceutiques, l'industrie aéronautique…
"Il est très probable, que le déficit courant de la Tunisie atteigne 5 pc, au cours des deux prochaines années, alors qu'il se situe en moyenne historique, autour de 2 pc du PIB et ce en raison des corrections à apporter à notre économie (prise en charge des régions défavorisées…), de la montée en puissance des IDE nocifs (cimenteries, téléphonie, pétrole…) et des possibles difficultés de reprise du tourisme".
Il est donc nécessaire, a dit l'économiste, "de prévoir un financement du déficit, ne soit pas trop conditionnel et pénalisant, en se tournant par exemple vers le Japon, la Chine, la Russie..".
D'après lui, la réforme fiscale doit, aussi, englober, les importations, proposant l'application d'une taxation douanière de l'ordre de 10 pc sur les importations nationales, estimées à 35 milliards de dollars par an. Une telle imposition devra être introduite avec doigté et diplomatie, pour être acceptée par les principaux partenaires commerciaux de la Tunisie.
En ce qui concerne la maîtrise des importations, il a proposé outre le relèvement des taxes sur certains produits, de freiner l'importation d'autres, notamment, les voitures (importer 20 mille voitures, au lieu d'en importer 40 mille). Un engagement a-t-il dit, que les importateurs peuvent prendre, pour aider l'économie nationale, surtout que ces importations sont financées par l'endettement...
Sur un autre plan, l'expert a mis en garde contre la convertibilité du dinar, "qui n'est pas au service de l'intérêt du pays et des équilibres généraux, étant donné qu'elle facilite la fuite des capitaux. La convertibilité courante pour certaines opérations d'importation, doit être réduite et réservée aux produits destinés à la production et l'exportation".


La libéralisation excessive du commerce a nui à l'industrie

Photo Babnet



La Tunisie doit s'adapter à la restructuration du commerce mondial


La crise financière de 2009, a abouti à une restructuration du commerce mondial, l'Amérique d'Obama a réussi à s'engager sur la voie de la réduction de son énorme déficit extérieur, en menant des négociations secrètes avec les principaux exportateurs sur le marché américain, ce qui a induit une réduction de l'excédent commercial des autres pays : Allemagne, Japon, Chine...
Le plus grand perdant de cette restructuration est la France, premier marché de la Tunisie. De fait, la crise de l'Europe ne laisse pas de grandes perspectives d'exportation vers ce marché.
D'après M. Mabrouk, la Tunisie aura tout intérêt à s'orienter outre vers les USA, mais aussi, vers les pays émergents dont la Chine, le Brésil et la Russie.
Il a appelé, surtout, à se tourner vers l'Algérie, pays qui dispose de plus de 30 milliards de dollars d'excédent courant. "Le marché algérien (30 millions de consommateurs) sera une bouffée d'oxygène pour l'économie tunisienne, notamment dans les domaines commercial et touristique, soulignant qu'une interdépendance économique serait bénéfique pour les deux pays. Il faudrait réellement, dépasser les différends politiques et s'entendre de façon pragmatique", a-t-il estimé.
"La Tunisie doit, par ailleurs, engager des réformes pour faire face aux impacts de la crise de la zone euro". L'économiste tire deux leçons de la crise grecque, à savoir premièrement "pas de renonciation inconsidérée à la souveraineté douanière ou monétaire" et deuxièmement "ne pas utiliser, autant que possible, de fonds étrangers pour des dépenses de standing (luxe)".
(Rédaction TAP)



Commentaires


7 de 7 commentaires pour l'article 41751

.....c  (Anonymous Proxy)  |Lundi 28 Novembre 2011 à 18h 25m |           
@safia
bravo safia votre commentaire c. la vérité.

Hram  (France)  |Dimanche 27 Novembre 2011 à 11h 59m |           
J'arrive de tunis:
le dinar et égale a l'euro

1 café souvent 20cl 400ml café (grand chooabi!)
1 café /////////// 1d 200 ml (chic chaaabi)
1 café/////////// 2d 300 ml (chic moyen)
et les pauvres les légumes et la viande et le poisson
mahzla ezaouali meskin


Drbmn  (Tunisia)  |Samedi 26 Novembre 2011 à 15h 55m |           
La crise économique de 2008 etnon de2009. une bonne partie des économistes tunisiens sont encore au stade de la théorie car ils étaient toujours loin de la réalité économique du pays et pire ils traitent certains sujets en se référant à leurs cours universitaires.
une nouvelle réalité économique s’est imposée avec force et a obligé les puissants pays industrialisés à se demander sur l’avenir de leurs économies. une chose est sûre à savoir le changement profond du capitalisme tel comme il est conçu actuellement
la plupart des chefs d’entreprises ou des responsables industriels basent leur politique commerciale sur les réalités qui règnent sur le marché. pour eux la situation du fait est une sorte de loi économique qu’il faut absolument la respecter car tout le monde y adhère par contrainte, par ignorance ou par dominance. leur orientation est presque la même et vise toujours les mêmes marchés en cherchant les mêmes clients et intérêts.
ces chefs d’entreprises ont le souci de l’immédiat et l’urgent. ils se focalisent essentiellement sur le court terme avec l’approche classique de la notion du temps, qui est complètement révolue et a cédé la place à une nouvelle compréhension et définition du temps où ce dernier s’est fondu dans l’espace et où dans plusieurs cas on ne peut plus faire une distinction nette, entre les deux, en terme de position. aussi ce qui empire une situation
économique de concurrence est que chacun essaye par tous les moyens de surprendre l’autre, de le laisser avec les mêmes outils utilisés par les autres. c’est une attaque sans aucun moyen de surprise. c’est un combat à visage découvert qui aura un gagnant mais il finira lui aussi en perdant car par le temps il ne se distinguera pas des autres et finira dans une position similaire. tous se déplacent sur le même terrain sans aucune distinction des
autres. ils sont des concurrents qui se ressemblent.



Safia  (Tunisia)  |Samedi 26 Novembre 2011 à 15h 52m |           
Bla bla bla
le libéralisme nuit à l'industrie...bla bla bla
quelle industrie? il y a une industrie en tunisie?
ces gens ne sont même pas foutus de construire une paire de chaussures, de quelle industrie parlez-vous?
on a importé même les boites en plastique pour les éléctions.
et même l'encre à débiles (euh pardon je voulais dire indélébile ;-))

je vais vous dire ce qui s'est passé avec le libéralisme, les boutiques tunisiennes comme mabrouk ou autres se sont mis à vendre avec les mêmes prix que les boutiques d'importation.
tu veux un pantalon, patatras! 70 dinars.
tu veux une chemise, patatras 60 dinars.
depuis quand une chemise bas de gamme jetable à la tunisienne coute 60 dinars au fabriquant?
no mossieur, ce qui est entrain de ruiner les tunisiens c l'appétit démesuré des hommes d'affaires tunisiens qui vous vendent des élctro-ménagers made- in china avec le prix du dernier produit à la mode en europe et qui empoche un bénéfice de 70% minimum quand ce n'est pas 150%.
voilà ce qui se passe en tunisie. le problème c'est les hommes daffaires tunisiens et non le libéralisme. puisque personne ne les oblige à imiter la qualité occidentale, alors ils n'ont pas
à imiter le prix occidental.
un vendeur comme ben zineb vous vend des meubles jolis comme en asie et affiche des prix qui n'ont rien à voir avec l'asie.
sans parler de ces boutiques d'importation qui nous apportent le deuxième choix et les produits avec défauts et qui les vendent ici à 80 et 90dinars la pièce alors qu'ils étaient destinés à être jetés. ce sont là des choses illégales, ils puisent en europe dans ce qui est destiné à la casse et le vendent en tunisie.

Patriote  (Algeria)  |Samedi 26 Novembre 2011 à 13h 33m |           
Bonjours monsieur

je trouve votre analyse tres justes mais le problemes es ce que le nouveau gouvernement vont suivre ce que vous pretender incha allah car comme vous dite sur l'algerie est vraiment le point forts si la tunisie veut sortire du cercle infernale je ss tunisien vive en algerie et il ya des choses a faire en algerie car lui manques beaucoups de choses et si nous les tunisiens seront plus inteligent en peux gagner avec nos freres algeriens

Financier  (Tunisia)  |Samedi 26 Novembre 2011 à 11h 31m |           
Il faut libérer les prix , mais en contre partie la force de l'etat et de la loi pour qu'elle pénalise tout les fauts déclarants d'impots, et ainsi l'etat peut aider les pauvres.

Observe Propose  (Tunisia)  |Samedi 26 Novembre 2011 à 09h 55m |           
Oui monsieur la libéralisation excessive du commerce est devenu grave pour le consommateur et quelque soit le secteur prenons par exemple la promotion immobiliere tout le monde sait maintenanat que le prix du logement (appartements etc...)et meme avant la revolution est devenu tres cher sous pretexte le cout du terrain cher et bla bla ...alors il est grand temps de mettre des experts travailler sur ce sujet a savoir la promotion immobilier
pour limiter le cout du mettre carrée couvert et non pas laisserer ces promoteurs immobiliers faire la pluie et le bon temps soit disant que la solution est les credits banquaires et faire tourner par consequent l'economie du pays au detriment du fonctionnaire ou le cadre moyen quoi (de la classe moyenne) de plus en tenant compte d'impot deduit de leurs salaires assez elevés alors que l'homme d'affaire ou ce promoteur immobilier et je ne
parle pas de la majorite n'ont pas le meme type de fiscalité que les salariers .donc sachez messieurs que le temps est arrivé pour que chaque personne soit bien controlé par un systeme economique et financier rigoureux et un control fiscal adequat pour faire redemarrer la croissance du pays.