La Tunisie souhaite devenir un centre financier islamique



Dans un climat politique libéré et un marché ouvert en plein développement, la Tunisie cherche à devenir un centre de la finance islamique au Maghreb.

La banque islamique a été l'objet d'un récent forum organisé à Gammarth, où experts, banquiers et responsables politiques ont parlé des moyens de faire de la Tunisie le leader régional en matière d'opportunités économiques. Cette conférence des 15 et 16 juillet, organisée par le Conseil général des banques islamique et des institutions financières (CIBAFI), a également abordé les sujets de l'innovation et de la formation dans ce secteur émergent.


Le ministre tunisien des Finances, Jelloul Ayed, a déclaré aux participants qu'actuellement, 96 pour cent des ressources financières provenant des activités bancaires islamiques sont investis en-dehors des Etats musulmans, ce qu'il considère comme autant d'occasions manquées.

Il a également indiqué que la Tunisie pouvait faire de la finance islamique une source de financement de ses besoins immédiats, estimés entre 30 et 40 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Il a fait savoir que les prêts actuels de la Tunisie, provenant de la Banque islamique pour le développement, se montent à 500 millions de dinars répartis sur différents secteurs.

A cet égard, le ministre a annoncé que les autorités tunisiennes cherchaient à développer un cadre légal pour réguler ce secteur. Il a également parlé de projets de création d'un fonds de richesse souverain baptisé "Fonds pour les générations futures".

Au niveau du Maghreb, Ayed a souligné que les efforts des pays du Maghreb en faveur de l'intégration devaient se poursuivre et s'intensifier, pour couvrir en fin de compte l'ensemble des domaines financiers et économiques. Il a ajouté que l'intégration à laquelle aspirent les peuples du Maghreb fournirait de plus grandes opportunités de croissance pour l'ensemble de la région, qui compte près de 85 millions d'habitants et affiche un PIB approchant les 400 milliards de dollars. Certaines études estiment que ce manque d'intégration coûte au Maghreb 2 pour cent de la croissance de son PIB annuel.

"Si nous savons, par exemple, qu'un point de croissance en Tunisie peut apporter des emplois à quelque 20 000 personnes en moyenne sur l'année, alors ce pays a perdu près de 400 000 emplois au cours des dix dernières années", a indiqué le ministre. La finance islamique représente une occasion importante de contribuer aux besoins de financement du Maghreb et de l'aider à mettre en place des projets conjoints, selon Hussein Mohamed Al Meeza, vice-président de la banque Al Salam en Algérie. Il a également souligné la résilience des banques islamiques lors des chocs économiques et des crises fiinancières.

Mais la réalité de l'activité bancaire islamique ne semble pas correspondre à cette image d'Epinal, dans la mesure où elle se trouve confrontée à de nombreux défis, selon le secrétaire général du CIBAFI, le Dr Ezzedine Khoja, qui a précisé que la finance islamique doit répondre aux différentes écoles de la loi islamique, ainsi qu'à l'absence de normes internationales applicables à ce type d'institutions bancaires, comme la norme "Bâle", malgré l'existence d'une instance de comptabilité et d'audit dans ces institutions.

La plupart des banques islamiques s'attachent à la finance plutôt qu'à l'investissement direct, et 75 pour cent des avoirs des banques commerciales islamiques sont investis dans des produits à court terme, avec une proportion d'investissement direct à long terme qui ne dépasse pas 2 pour cent, selon Khoja.

La mondialisation constitue également un défi du fait d'une concurrence de plus en plus intense, alors que les banques traditonnelles arabes et étrangères font leur entrée sur le marché islamique de l'investissement, en plus des enjeux en termes de rythme soutenu grâce aux nouvelles technologies.

La faible capacité de certaines banques islamiques à innover, couplée au manque de ressources humaines suffisamment formées, entraîne d'une part une incapacité à gérer des liquidités avec l'efficacité requise, et à rassurer et à attirer les clients, de l'autre, explique Mohamed Habib Kchaou, directeur général du Centre pour l'investissement et la formation en finance islamique (CAFI) en Tunisie. Il a ajouté que le CAFI envisage de proposer un diplôme en banque islamique à compter de septembre prochain.

Mohamed El Hedef
(Magharebia)

Commentaires


11 de 11 commentaires pour l'article 37598

Adam  (Poland)  |Mercredi 27 Juillet 2011 à 22h 07m |           
@ tarek (canada) avec mes respects …
les pendules de l'économie mondiale en crise à l'heure de la finance islamique

« la finance islamique, loin de représenter un recul, ou une abdication face à la religion, est, au contraire, le signe que l'on peut, avec un peu d'imagination et de savoir-faire, marier tradition et modernité, religion et économie » a écrit hervé de charette, ancien ministre des affaires étrangères français (1).

apparu dans les années 70 à grande échelle (2), le concept de finance islamique a connu un véritable essor depuis, surfant sur la vague du boom pétrolier dans les émirats, survivant au déclin – certains diraient l'échec - de l'islam politique, et profitant du regain de religiosité mondial caractéristique des années 2000. il existe aujourd'hui environ 345 institutions de finance islamique répertoriées dans quelques 70 pays du monde.

le potentiel du marché bancaire islamique est estimé à 4200 milliards de dollars par le cabinet d'expertise standard & poor's. ces prévisions sont d'autant plus plausibles que les fonds islamiques ont prouvé leur résistance en traversant tête haute la tempête subie par la mondialisation financière. « dans des pays comme le royaume-uni, les actifs islamiques ont continué de croître malgré la sévérité de la crise des subprimes et malgré le
credit crunch qui s'en est suivi » peut-on lire dans le rapport jouini-pastré de 2009.

cela n'a pas échappé aux ténors de la finance occidentale : hsbc, le crédit suisse, abn-amro et deutsche bank ont créé dès les années 90 des branches dites de « finance islamique », visant à récupérer dans leurs filets des expatriés pieux & fortunés de londres, paris, amsterdam ou madrid, ainsi que la haute bourgeoisie des emirats et du maghreb. ce calcul s'est rapidement avéré très rentable.

contents de pouvoir proposer une voie alternative à la crise économique, les leaders occidentaux n'hésitent pas à surfer avec opportunisme sur la vague islamique. la grande bretagne a été la grande pionnière en la matière : des assouplissements fiscaux ont été mis en place afin de « promouvoir le royaume-uni comme un centre de la finance islamique » (rapport du budget 2009). début 2008, rowan williams, archevêque de canterbury et chef spirituel
des anglicans, a même choqué l'opinion en se déclarant favorable à l'application de la charia pour les affaires financières.

depuis ces mouvements outre-manche, christine lagarde a multiplié les déclarations en faveur de la finance islamique et rédigé un programme fin 2008 instaurant la neutralité fiscale des opérations dites de « murabaha » et la déductibilité de la rémunération versée par les sukuks. «nous adapterons notre environnement juridique pour que la stabilité et l'innovation de notre place financière puissent bénéficier à la finance islamique» a déclaré la
ministre des finances en juillet 2008.


(1) en préface de l'ouvrage la finance islamique à la française: un moteur pour l’économie, une alternative éthique, paru aux éditions secure

(2) la finance islamique existait déjà dans les années 60, mais sous une forme tout à fait locale. la première banque islamique a été créée en 1963 en egypte.


Tunisien  (Switzerland)  |Mercredi 27 Juillet 2011 à 20h 17m |           
Ca serait qq chose de positive, si la tunisie peut s etablire comme un pole de finance islamique. ca pourrait creer beaucoup de places de travail.
mais il faut etre concient que la finance islamique n est pas une alternative valable a la finance classique (par exemple: il n y pas un equivalant pour les "prets pour etudes").

j ai eu la chance de travailler comme dans l "engineering" d un produit de financement islamique (pret de consomation) et je peut dire que la differance entre ce produit islamique et un produit classique n est que la forme.

que l occidant se tourne vers la finance islamique, sourtout depuis la derniere crise financiere, est un mythe. comme tarek a mentionne dans son commentaire: les banques americaines et suisses ne s intressent qu aux petro-dollars

@ peace & love: les taux d'interets ne sont pas la raison d'inflation. au contraire: les taux d interes eleves, servent a reduire l inflation. la raison de l inflation actuelle en tunisie et d'une part la perte de valeur du dinar (l etat imprime du dinar sans contre valeur reel. en plus la baisse du tourisme cette annee a cause une biasse de demande de dinar) et l augmentation des prix des produits de base (les etats europeens et les usa ont
mit beaucoup de liquidite dans le systeme financier)

Tarek  (Canada)  |Mercredi 27 Juillet 2011 à 18h 56m |           
Adam, il ne faut se leurrer, si les occidentaux s’intéressent aux finances islamiques ce n’est pas parce qu’ils ont constatés qu’il s’agit de la meilleure méthode pour gérer les banques, loin de là, leur intérêt est d’avoir accès à une partie de l’argent des immenses fonds souverains des pays du golfe. il n’a jamais été question qu’ils optent à gérer leurs propre argent selon les fiances islamique, plus encore plusieurs études faites par des
financiers occidentaux prouvent l’incompatibilité de ces méthodes avec leurs systèmes financiers. les finances islamiques servent principalement à gérer les petro dollars.

Adam  (Poland)  |Mercredi 27 Juillet 2011 à 18h 25m |           
Quand l'économie mondiale se met à la finance islamique

les intellectuels du monde occidental ont martelé l'idée selon laquelle la religion musulmane ne serait pas soluble dans le capitalisme – sous-entendu, dans la modernité. pourtant, force est de constater la prolifération de mutations économiques et sociales allant dans le sens inverse de ces déclarations, via l'élaboration d'un système financier où l'islam est à la base de chaque produit.

parce que le coran interdit la pratique outrancière de l'intérêt sur des fonds monétaires (riba, qui littéralement signifie « augmentation »), les groupes bancaires ont créé des produits répondant spécifiquement aux besoins des croyants. née dans les années 60 en egypte et en malaisie sous l'impulsion d'économistes ayant constaté la méfiance de populations locales vis-à-vis du système bancaire traditionnel, les fonds islamiques pèsent à ce
jour 500 milliards de dollars, et bénéficient d'une croissance annuelle moyenne de 15%.

l'exigence de transparence des transactions, de symétrie de l'information entre les parties, de solidarité et de justice sociale que l'on retrouve dans les grands principes de la finance islamique font écho aux débats actuels sur l'absence de moralité du capitalisme.

la finance islamique draine pourtant son lot d'imperfections : ses contrats de crédit apparaissent, encore souvent, plus coûteux que les produits financiers conventionnels. certains observateurs dubitatifs dénoncent même un pur montage marketing visant à appâter le musulman pieux. l'alternative peine d'ailleurs à se mettre en place de façon gène dans le monde musulman, confirmant la grande diversité de celui-ci. pionniers de la finance
islamique, les pays du golfe et la malaisie caracolent en tête pendant que les pays du maghreb, pourtant de bons clients potentiels, n'en sont qu'à leurs balbutiements.

Zitouna  (Tunisia)  |Mercredi 27 Juillet 2011 à 17h 19m |           
A l'origine ce projet a été convoité par les "matri"

Roudy 20 mars  (France)  |Mercredi 27 Juillet 2011 à 15h 42m |           
Et le régionalisme recommence

Hannibal  (Switzerland)  |Mercredi 27 Juillet 2011 à 12h 42m |           
Oui, safia a raison. il y a un complot contre les sahéliens.

Roudy 20 mars  (France)  |Mercredi 27 Juillet 2011 à 12h 25m |           
@ safia (tunisia) :
arrêtez, svp, de nous souler des théories de complots contre les sahéliens
est-ce que c'est si difficile que ça d'accepter l'égalité des chances !!!

Harboucha  (United Kingdom)  |Mercredi 27 Juillet 2011 à 11h 41m |           
@safia (tunisia)
laissez les hommes travaillez !!!!

avant de parler de nimporte quoi .

Safia  (Tunisia)  |Mercredi 27 Juillet 2011 à 10h 37m |           
C'est vraiment bizarre, ils ont fait partir elyess jouini qui est l'auteur d'un livre sur la finance islamique dont il semble être un spécialiste pour faire venir une certaine kallel pour se consacrer à la ...finance islamique.

est ce que vous n'avez pas l'impression que le nouveau critère dans le pays est de bannir les sahéliens.
(moi je ne trouve pas jouini sympathique mais je me pose quand même la question).
le régionalisme n'est pas justifiable dans tous les cas.

Peace and Love  (Tunisia)  |Mercredi 27 Juillet 2011 à 10h 21m |           
Je suis pour les banques islamiques car il n'y aura presque plus de taux d'interet d'ou la réduction de l'inflation qu'on est en train de vivre et c'est vraiment infernal en plus on a l'exemple de la malaisie qui est devenu de plus en plus developpé suite au systeme financier islamique.
pour moi c'est une tres bonne initiative si ces banques seront nombreux chez nous tel est le cas de la banque el baraka qui existe partout et aussi en tunisie