La révolution tunisienne renforce les droits de l'Homme dans le monde arabe (Rapport AI)



Les soulèvements dans le monde arabe dominent le rapport annuel 2011 d'Amnesty International, publié le vendredi 13 mai. Ce rapport souligne que le succès qu'a connu la Tunisie dans le renversement d'un régime de longue date, suivie de l'Egypte, a incité les peuples du Moyen Orient et d'Afrique du Nord à exiger le changement, la justice sociale et le droit à la liberté.

Si la Tunisie post-révolutionnaire a réalisé des progrès notoires en matière de droits de l'Homme, notamment la libération des prisonniers politiques et le démantèlement de la police politique, il subsiste de nombreux obstacles, selon le directeur de la branche tunisienne d'Amnesty International, Habib Marsit.


C'est un chemin difficile, et "tous les efforts et tous les pouvoirs doivent être mobilisés pour contrer les nouvelles tentatives de non-respect des droits de l'Homme ou de blocage des libertés", a-t-il déclaré.

Il a souligné l'importance des médias sociaux dans l'élaboration de l'avenir des droits de l'Homme, dans celui de la protection de la démocratie et de la réalisation de la justice sociale.

"Les moyens de communication modernes joueront un rôle essentiel dans les années qui viennent, entre ceux qui militent en faveur de la dignité et de la liberté et ceux qui violent les droits de l'Homme et les libertés et qui exercent une répression", a-t-il ajouté. "Nous devons en être conscients et utiliser cette arme avec sagesse pour contrer nos adversaires, qui continuent de se livrer à des actes de répression."

L'ancien prisonnier politique Abdulkhaliq Ali, ancien membre du mouvement Ennahda torturé sous l'ancien régime, estime que les organisations des droits de l'Homme ne peuvent à elles seules garantir le respect des droits de l'Homme.

"Il est du devoir de chaque Tunisien de rester attentif à ce qui se produit autour de lui, de manière à maintenir un contrôle strict de ses libertés et de ses droits", a-t-il déclaré.

Un avis partagé par Laamri Louati, membre du bureau exécutif d'Amnesty International en Tunisie, qui souligne la nécessité de renforcer la conscience de la communauté en faveur de l'importance de la préservation des droits de l'Homme par le signalement des violations et des atteintes.

Concernant le statut des droits de l'Homme au Maghreb, Louati a expliqué : "A l'exception de la Tunisie, qui se trouve en meilleure position après sa révolution... de graves atteintes aux droits de l'Homme continuent d'être commises dans le reste du Maghreb."

Bien que le Maroc ait annoncé des réformes politiques et offert certaines concessions en mars, Louati considère cette initiative inadaptée, et souligne que "les droits et les libertés doivent être garantis au peuple et inscrits dans les lois et les pratiques quotidiennes".

Ce rapport demande aux Etats nord-africains de favoriser la mise en place de réformes dans un climat de changement rapide dans le domaine des droits de l'Homme.


Le secrétaire général d'Amnesty International Salil Shetty a souligné que les gouvernements doivent maintenant agir pour soutenir les réformes et ne pas tomber dans une répression politique néfaste.

Le véritable test concernant l'intégrité de ces gouvernements sera celui de la portée de leur assistance dans la reconstruction des pays qui favorisent les droits de l'Homme, a-t-il expliqué, comme cela est le cas en Libye qui traduira les auteurs de crimes odieux devant la Cour pénale internationale lorsque tous les autres moyens de justice auront échoué.

De plus, ce rapport critique la politique de l'Union européenne dans son traitement des réfugiés et des migrants, soulignant que la réponse de l'Union aux vastes flux migratoires a pris une nature répressive. Cela a conduit à l'émergence d'un modèle de violation des droits de l'Homme sous forme d'interception d'étrangers, de leur mise en détention et de leur expulsion, notamment de ceux qui ont besoin d'une protection internationale.

"Renforcer les contrôles aux frontières n'est pas la solution", souligne ce rapport. "Renvoyer les réfugiés à l'étranger sans vérifier les causes de leurs déplacements est contraire au droit international et aux droits de l'Homme."
Monia Ghanmi
(Magharebia)


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