Les émeutes des banlieues de Paris et couverture médiatique



En France, les émeutes de Clichy-sous-Bois qui ont commencé le soir du 27 octobre 2005 à Clichy et se sont depuis étendues à d'autres villes et régions ont été évoquées avec des mots tels qu'« incidents », « mouvements de rue » et « violences urbaines » termes critiqués pour être trop voilés, semblant minimiser les évènements. Au contraire, les presses étrangères, telle les presses anglophones du Québec à l'Australie en passant par l'Angleterre et la Russie, parlent clairement de véritables problèmes d'intégration, voire ethniques, et mettant clairement en cause la France et sa politique incapable de gérer la situation de crise récurrente. Le terme « riot » (« émeute ») y est préféré. Cette vision étrangère, notamment anglosaxone, a parfois tendance à interpréter ces évènements par et pour un regard anglo-saxon.

La France est l'un des rares pays d'Europe à connaître des émeutes de cette ampleur. Le Royaume-Uni connaît également ce phénomène depuis au moins la fin des années 1970 mais sous une autre forme, plus à caractère inter-ethnique (Jamaïcains, Pakistanais, Indiens) ou encore, sous forme d'émeutes raciales (le « Paki-Bashing » c'est-à-dire la « Chasse aux Pakistanais », par exemple), comme les émeutes raciales de Brixton et de Bristol au début des années 1980, en plein mouvement skinhead.

Certains n'hésitent pas à qualifier les cités françaises de « ghettos urbains à caractère ethnique ». Ces cités, issues de l'urbanisation à marche forcée des années 1950 et 1960, n'existent pas ou peu à la différence de la France, en Allemagne, dans le Benelux et en Suisse par exemple, alors que ces pays sont également d'importants centres d'immigration. En effet, cette énième « exception culturelle française » peut s'expliquer du fait que la France a été fortement influencée à l'époque par la politique du logement soviétique et l'architecture réaliste-socialiste. Au Portugal, en Espagne, en Italie, en Grèce, ainsi que dans les pays scandinaves et en Finlande, le phénomène de l'immigration est encore trop récent ou débute seulement pour en connaître les effets mais les zones « ghettoisées » sont encore assez rares pour l'instant. Cependant, il existe de véritables « bidonvilles » en Italie (Roms, Tsiganes, Chinois, Sud-Américains) comme à Bologne et à Rome par exemple. Au Portugal, Lisbonne commence à voir apparaître ce genre de phénomène. Dans le sud de l'Espagne (notamment en Andalousie), ce sont les clandestins qui s’entassent dans des camps misérables, souvent sans eau courante et électricité. En Allemagne, si il y a moins de ghettos ethniques comme en France, cela n'empêche pas la discrimination des Allemands d'origine turque, nombreux dans ce pays. Tandis qu'en Suède, où aujourd'hui 1 habitant sur 10 est né à l'étranger (bien que le phénomène de l'immigration est très récent dans ce pays), les immigrés sont surtout concentrés dans les seules villes de Stockholm et Göteborg.




Les émeutes vues de l'étranger…


La presse mondiale a relaté ces événements qui s'éternisent en banlieue parisienne et s'étendent même à d'autres régions comme la Haute-Normandie et les Bouches-du-Rhône ;


Royaume-Uni :

Outre-Manche, l'explosion de violence dans les banlieues est l'occasion de s'interroger sur le modèle d'intégration français, opposé à celui du communautarisme typiquement anglo-saxon, qui a également montré ses limites ces derniers mois.

Le sujet est ainsi largement traité par BBC News, le site de référence en Angleterre. Outre les sujets factuels, il estime que cette explosion de violence provient du sentiment d'exclusion des jeunes musulmans et de la ghettoïsation des banlieues. L'intellectuel Nadir Dendoune, qui a grandi dans une cité de Seine-et-Denis, explique qu'à son époque, « tout le monde était pauvre. Mais il y avait des Français, des Européens du Sud et de l'Est, des Noirs et des Maghrébins. Sur mes photos de classe, plus de la moitié des élèves étaient blancs. Aujourd'hui, il y en a à peine deux. » ;

The Times (conservateur), ajoute que ces émeutes « obligent tout simplement le gouvernement à admettre son échec à intégrer une large partie de la communauté immigrée ». « La politique d'immigration a eu pour effet des créer des ghettos, principalement pour des minorités africaines qui souffrent de discrimination pour le logement, l'éducation et l'emploi » analyse pour sa part The Guardian (gauche) avant de conclure : même si elles vont à l'encontre du principe républicain où tout citoyen est égal, « la France devra un jour ou l'autre en venir à des mesures comme la discrimination positive" ».


Espagne :
Le quotidien de centre-gauche El Paes rappelle les événements de ces derniers jours : « Alors qu'à Clichy, le scénario était celui d'un quartier sur le pied de guerre, les épisodes de mardi ressemblaient plus à des escarmouches de groupes de "guérilleros" peu nombreux, qui évitaient l'affrontement avec les forces de l'ordre mais qui les provoquaient en incendiant voitures et poubelles. »

Le journal analyse également le débat au niveau politique : « Principal pénalisé par cette crise, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, président du parti gouvernemental et principal ennemi politique du Premier ministre, dont la consigne de "tolérance zéro" semble être à l'origine de cette guerre. » El Pais précise que Villepin et Sarkozy ont chacun annulé leurs obligations pour « tenter d'arrêter la spirale d'une rébellion dans les "banlieues" »


Pour le quotidien libéral El Mundo , « …les inégalités et le manque d'intégration… » favorisent la violence, mais « …un État ne peut tolérer les attaques de vandalisme de ces groupes (…) organisés comme une guérilla urbaine ».


Etats-Unis :

Le sujet est abordé depuis plusieurs jours sur la page d'accueil du site de CNN et a même fait la "Une" du site web après l'intervention de Chirac au Conseil des ministres.

Après l'avoir traité par des brèves, le New York Times aborde pour la première fois le sujet dans son édition de jeudi en se concentrant sur l'intervention de Chirac. Idem avec le Washington Post. Les deux journaux tentent d'expliquer la situation à leurs lecteurs de manière sommaire en dressant un tableau très négatif des banlieues : chômage, misère sociale, criminalité, échec de l'intégration des enfants d'immigrés.

Le Washington Times (ultra-conservateur) parle quant à lui de « musulmans qui défient la police » et s'inquiètent de ses ressortissants américains, les appelant à éviter Paris, la Seine-Saint-Denis et la région parisienne dans son ensemble mais également la Normandie et Marseille.


Italie :

Le Corriere della Sera fait remarquer que ces émeutes se produisent à quelques kilomètres du Stade de France, lieu emblématique de la victoire au Mondial de 1998 et symbole de la France « black-blanc-beur ». Il souligne que ce symbole d'une intégration multi-ethnique est désormais révolu avec les affrontements entre « enfants d'immigrés, prénommés Zyad ou Banou, et des pelotons de CRS ». Comme d'autres journaux européens, il remet aussi en perspective la bataille entre Nicolas Sarkozy et sa politique de « tolérance zéro » face à l'approche plus pédagogique défendue par d'autres membres du gouvernement.

Le journal économique Il Sole-24 Ore compare la situation française avec celle de Los Angeles où « la réhabilitation des ghettos reste une promesse », et celle de Londres où « …après beaucoup de tensions, l'intégration est en voie d'amélioration ».


Belgique :

Outre les éléments factuels, La Libre Belgique s'intéresse surtout au traitement politique des émeutes : « Face à cette flambée, Nicolas Sarkozy, pris en flagrant délit d'impuissance, a un peu baissé le ton. Le ministre de l'Intérieur promet toujours de châtier les émeutiers mais il se garde désormais de tout dérapage verbal qui pourrait à nouveau faire passer sa politique de fermeté pour une stratégie délibérée de la tension. ».


Allemagne :

Dans un éditorial titré « Jeunes, pauvres, chômeurs et musulmans », le quotidien berlinois Der Tagesspiegel estime que ces troubles « sont des signes dramatiques de problèmes non résolus » pour « des immigrés d'Afrique noire et des États du Maghreb (qui) vivent dans des quartiers isolés et dégradés ».

Le journal de Munich Süddeutsche Zeitung (centre-gauche) s'en prend à Nicolas Sarkozy, « devenu un visage de haine pour tous ceux qui sont sans espoir dans les banlieues ». « Sarkozy a jeté de l'huile sur le feu » en déclarant qu'il fallait « nettoyer » les banlieues et lorsqu'il a insulté les jeunes en les traitant de « racaille », estime-t-il.


Chine :

L'un des quotidiens les plus populaires de Pékin, le Beijing News, se demande s'il est raisonnable pour les touristes chinois de se rendre à Paris.


Canada :

Radio-Canada parle de « violences urbaines » et de « fureur populaire » en banlieue de Paris. LCN (Le Canal Nouvelle) fait un constat semblable.


Sénégal :

Le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, actuellement en visite privée à Paris, a réagit aux émeutes en banlieue parisienne en déclarant que la France devait « …casser les ghettos et intégrer les Africains qui demandent à être intégrés… » ; « …le problème de l'émigration des Africains en Europe pourrait être résolu si nous entamions réellement le développement de l'Afrique pour que chez nous nos enfants trouvent les moyens de vivre de façon décente… », a indiqué le président sénégalais.



Pays-Bas :

Pour le quotidien néerlandais Het Financieele Dagblad, les banlieues françaises sont « des volcans qui entrent en éruption à peu près tous les dix ans ».


Suisse :

Le quotidien genevois francophone Le Temps note, lui, que cette situation « est le fruit d'un long pourrissement dans lequel tous les gouvernements, de gauche comme de droite, ont une part de responsabilité » en France.

Ces émeutes ont en outre "caillassé" autant les ambitions de Nicolas Sarkozy, candidat déclaré à l'élection présidentielle de 2007, que celles du Premier ministre Dominique de Villepin, selon le journal suisse.


Suède :

« Le gouvernement français a raison de dire que la ligne dure n'est pas suffisante », commente un éditorial du quotidien de référence suédois Dagens Nyheter. Mais « …malheureusement le gouvernement français (…) a du mal à voir que la solution à long terme est une économie plus libre qui peut donner plus de croissance et donc plus d'emploi ».


Finlande :

Pour le quotidien finlandais Hufvudstadsbladet, ces troubles ne sont pas le fait « de jeunes isolés » mais un « cri d'alerte de toute une génération d'enfants de l'immigration que la société française n'a pas intégrés ». « Quelle aubaine pour le terrorisme ! », conclut l'éditorial du journal, qui titre: « Une vie sans avenir conduit aux troubles ».


République tchèque :

Le quotidien tchèque Dnes estime que ces événements « s'inscrivent sans nul doute dans le grand thème 'Où les musulmans de l'Europe se dirigent-ils ?', qui ne cesse de fasciner et d'inquiéter » ; « …les conséquences (des violences) risquent d'être catastrophiques pour la France car chacun de ces jours de guerre jette de l'huile sur le feu des relations déjà tendues avec la société majoritaire », relève Dnes.




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