Les vendeurs de moutons de l'aïd al-Adha attirent les clients du Maghreb



A quelques jours seulement de la fête du sacrifice, l'achat du mouton parfait est une priorité dans tout le Maghreb. Les vendeurs se tournent vers de nouvelles techniques pour attirer les clients.

Au Maroc, la dernière tendance chez les consommateurs est l'achat du mouton de l'aïd al-Adha sur l'internet. Tahiri Hamid, un cadre bancaire, fait partie de ceux qui trouvent la méthode plus efficace que le fait de parcourir les marchés traditionnels. Il explique que sur le web, les prix sont raisonnables, alors que dans les souks, ils varient fortement d'un vendeur à un autre.
"Les intermédiaires font grimper les prix", se plaint-il. "Il faut être spécialiste pour bien marchander et acheter un mouton de qualité."

Chakir Lahrizi vend des moutons en ligne depuis sa ferme de Douar Ouled Moumen. "L'idée m'est venue d'opérer via l'internet pour toucher une certaine clientèle avisée et avoir une relation directe avec les personnes écœurées par les mensonges et la malhonnêteté sur les marchés", explique-t-il à Magharebia.
Même les Marocains vivant à l'étranger achètent leurs bêtes en ligne. "Je viens de réaliser aujourd'hui une vente depuis la Belgique", explique-t-il. "C'est un ressortissant marocain qui a acheté ce mouton pour sa famille à Rabat."
"Le web commence à prendre une place importante dans les transactions au Maroc", ajoute-t-il.
Fatima Zohra Hanini achète son mouton en ligne depuis deux ans. "Au départ, l’idée m'a parue bizarre. Mais j’ai tenté ma chance, et je n’ai pas été déçue."
"C’est mieux que de déambuler sur le marché et se faire arnaquer par les intermédiaires ou d’être volée par les pickpockets", explique-t-elle.
D'autres Marocains, à l'instar d'Ahmed Bantoufi, un infirmier, préfèrent les supermarchés qui vendent au kilo. Ils expliquent trouver la bonne qualité à des prix raisonnables.
Et ils aiment voir les bêtes avant d'acheter.
"Je n’ose pas encore faire des achats en ligne car j’aime choisir mon mouton en direct", explique-t-il à Magharebia.
Si les Marocains se sont habitués aux moutons de supermarchés, le phénomène est encore nouveau en Algérie cette année.
Les parents algériens ne veulent pas décevoir leurs enfants. Ils doivent acheter le mouton avant l'aïd, pour que les enfants puissent les faire marcher et s'en occuper. Mais ils peuvent désormais acheter leurs bêtes là où ils achètent tous leurs autres produits, au supermarché.
Le centre commercial de Bab Ezzouar n'a ouvert que depuis quelques mois. Le parking devant ce centre de 50 000 mètres carrés dans la banlieue d'Alger peut recevoir 10 000 voitures.

Aujourd'hui, il regorge de moutons.
Les bêtes coûtent près de 25 000 dinars au mégamarché "Uno", et ils sont proposés avec un certificat de "bonne santé". Les prix au "Uno" peuvent être de quelque 13 000 dinars de moins que n'importe où ailleurs.
Pour tenter de limiter l'inflation des prix, le ministère de l'Agriculture a mis 30 000 moutons sur le marché à des prix raisonnables. Mais ce nombre est faible comparé à la demande annuelle estimée de 2,3 millions de bêtes.
Le cheptel national atteint cette année quelque 22,5 millions de bêtes saines, a estimé le ministère de l'Agriculture lundi 8 novembre. Un chiffre que réfute toutefois le président de l'Union générale des commerçants et des artisants algériens (UGCAA) Boulenouar Tahar, qui affirme qu'au moins 10 pour cent des moutons proposés sont en mauvaise santé.

Une partie du problème vient des vendeurs itinérants.
Mohamed Faid vend des moutons durant la période de l'aïd. "J'ai apporté une trentaine de moutons, pas plus, juste de quoi faire un bon bénéfice. Mais moi, au moins, je sais ce qu’est un mouton, pas comme ces jeunes qui croient que vendre un mouton, c’est comme vendre une chemise", a-t-il expliqué à Magharebia.
Les Algériens connaissent également un problème unique durant l'aïd. Bien plus que leurs voisins du Maghreb, ils ont une passion pour le pain.

Les Algériens consomment près de 49 millions de baguettes par jour, selon une étude publiée en août par l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO). Ils sont les plus gros consommateurs de pain au monde, et il n'est donc pas surprenant qu'ils s'inquiètent des risques de pénurie durant la fête du sacrifice.
Pour empêcher la fermeture des boulangeries, le ministère du Commerce vient d'adopter une directive nationale visant à assurer la production de pain pendant les deux jours de l'aïd.
"Tout boulanger qui ne respecterait pas le calendrier se verra retirer le registre du commerce et fermer son local", a expliqué le président de l'Union nationale des boulangers, Youcef Kalafat.
Outre cette obligation de vendre du pain, l'Algérie a également mis en place de nouvelles mesures pour réglementer le commerce des moutons et pénaliser le transport illégal.
Mais le résultat a été un essor du marché dans l'économie informelle algérienne. Partout, des garages aux bords des routes, des vendeurs occasionnels proposent des moutons à vendre. C'est un excellent moyen de gagner de l'argent. L'affaire est simple pour ces trabendistes : viser un ou deux marchés de gros dans les zones désertiques, remplir quelques camions et attendre que les profits s'engrangent.


La Tunisie a trouvé quant à elle un compromis pour les clients qui veulent à la fois des prix abordables et l'occasion de voir leurs bêtes de visu : les ventes de bêtes dans des halls d'exposition normalement utilisés pour la vente de parfums, de vêtements et de voitures.
Les moutons de l'aïd al-Adha sont aligné à l'intérieur de tentes, exactement comme des pots et des vêtements sur les rayons des magasins.
La décision prise par trois grands centres commerciaux de la capitale de proposer des bêtes sur pied suscite la colère des vendeurs traditionnels.
"Je ne comprends pourquoi les grands centres commerciaux veulent nous faire de la concurrence", se lamente Hassouna Hazami, un berger et vendeur de moutons. "L'aïd est une opportunité pour les éleveurs de réaliser des profits, notamment du fait que les marchés du mouton ont connu une forte baisse", explique-t-il à Magharebia.
Selon une récente étude nationale, 85 pour cent des Tunisiens achètent un mouton. Près de 50 pour cent des personnes interrogées ont également indiqué réduire leurs dépenses du mois pour financer cet achat.
Bachir Ben Amer a emmené ses deux fils dans les tentes du Palais des congrès pour y choisir un mouton pour la fête, mais s'est dit déçu par les prix proposés.

"Je vais tenter ma chance sur les marchés traditionnels", explique-t-il. ''Là, au moins, on peut négocier."
Salem Azizi, un vendeur de bêtes, estime que la vente de moutons dans les centres commerciaux fait perdre à l'aïd sa saveur particulière. "J'aurais l'impression d'aller acheter un téléviseur ou un climatiseur", explique-t-il.
Un avis que partage son collègue berger Tahar Mahouachi, qui reconnaît que les halls d'exposition ne sont pas un lieu où acheter les moutons sacrificiels.
"Demain, je vais aller vendre des produits alimentaires, des ustensiles de cuisine et du matériel électronique dans les abattoirs", dit-il en plaisantant.
Nazim Fethi à Alger, Siham Ali à Rabat et Jamel Arfaoui à Tunis (Magharebia)


Commentaires


2 de 2 commentaires pour l'article 30672

Tounsi_3  (Canada)  |Lundi 15 Novembre 2010 à 20h 52m |           
Il a raison ce dernier, les grandes surfaces ne devraient pas vendre n'importe quoi. leurs activités devraient être restreintes.
bonne fête quand même à tous

JENDOUBI S  (France)  |Lundi 15 Novembre 2010 à 18h 05m |           
Bonjour a tous les musulement je vous dis ridkom mabrouk