Ils vivent parmi nous, mais nous les voyons rarement en public, peut-être parce qu''ils doivent faire face au regard des autres lorsqu''ils sortent. Acheter des vêtements est un problème, utiliser les transports en commun est difficile, et se marier est un rêve improbable.
Ils ne sont pas défigurés. Ce sont simplement des nains. Mais en Tunisie, les "petites personnes" n''étant pas considérées comme des "handicapés", ils ne bénéficient d''aucune aide de l''Etat. Ils n''ont d''autre choix que de se battre pour eux-mêmes.
Soumaya Salmi, 37 ans, n''est pas mariée. Un prétendant lui a un jour dit que les choses auraient été différentes si elle avait été d''une taille normale.
"Même ma mère préfère mes frères et soeurs de taille normale", a-t-elle expliqué à Magharebia.
Mais ce qui la blesse le plus, c''est son incapacité à trouver du travail. Elle possède un diplôme en informatique et est bonne en langues, mais cela fait douze ans qu''elle ne réussit pas à trouver un emploi.
Personne n''a souhaité embaucher une naine.
Les personnes de petite taille n''occupent jamais des postes importants, se lamente-t-elle. On les associe toujours à de petits emplois, comme portier, vendeurs des rues ou mendiants. Elle demande que soient lancées des campagnes de sensibilisation pour mieux informer les Tunisiens sur le nanisme, et que des associations soient créées pour les aider dans leurs besoins sociaux, psychologiques et de santé.
"Une grande ou une petite taille, c''est un don de Dieu, qu''il accorde à qui Il l''entend, mais chacun de nous a un esprit pour penser", explique Salmi.
Une association privée serait en effet utile pour la population naine, explique Achour Aouadi, secrétaire général de l''Association tunisienne des affaires sociales. Il reconnaît que les nains sont marginalisés et souffrent d''un manque d''intégration et de soutien.
"Ils sont capables de succès, notamment au cinéma et au théâtre", souligne-t-il.
Ils devraient pouvoir trouver des emplois dans des secteurs autres que le cirque, suggèrent les responsables. Selon Ahmad Balaazi, haut responsable au ministère des Affaires sociales, il n''existe aucune discrimination entre les personnes grandes et petites dans l''attribution d''emplois publics, ajoutant que les emplois sont ouverts au public et que les chances sont accordées de manière égale.
"L''important est que ces personnes travaillent comme le reste de la communauté et subviennent à leurs besoins journaliers", a-t-il déclaré à Magharebia.
La législation tunisienne définit une personne handicapée comme quiconque souffrant d''un "manque permanent de capacités physiques, mentales ou sensorielles et de qualifications… qui limite sa capacité à suivre une ou plusieurs activités journalières personnelles et sociales, et réduit ses chances de réintégration dans la communauté".
Les nains font valoir que leur intégration sociale est en fait sérieusement "réduite". Mais le gouvernement voit les choses différemment.
"Ils sont capables de s''occuper d''eux-mêmes et de mener une vie normale, et leur taille ne constitue pas un obstacle pour leur travail ou pour d''autres activités", a ajouté ce responsable du ministère.
Les personnes qui s''estiment incapables de veiller sur elles-mêmes, ajoute Balaazi, devraient contacter les bureaux du ministère des Affaires sociales, que l''on trouve dans chaque province.
Mais les choses ne se sont pas déroulées comme l''explique Balaazi pour Mohamed Barhoumi, un nain de 46 ans. Il a contacté de nombreux bureaux pour demander des aides et des exemptions pour les personnes souffrant de handicaps, mais ses tentatives n''ont donné aucun résultat.
"Mon travail exige que je me déplace beaucoup, mais ma taille est un obstacle à l''utilisation des transports publics", a-t-il expliqué à Magharebia. "Je suis obligé de me déplacer en taxi, mais souvent, ils m''ignorent."
"Les chauffeurs pensent que je suis un enfant", explique-t-il.
Il connaît d''autres nains qui souffrent de la pauvreté et de l''isolement. Le stress psychologique peut également venir de choses que les personnes de taille normale considèrent comme acquises.
Les gens devraient penser aux nains, explique Barhoumi, quand ils construisent des escaliers, des trottoirs, ainsi que quand ils vendent des vêtements et des chaussures.
"C''est embarrassant et triste de devoir aller dans des magasins pour enfants", confie-t-il à Magharebia.
Belgacem Briki a 59 ans. Son éducation s''est
achevée en primaire, parce que ses camarades le mettaient à l''écart du fait de sa taille. "Tu n''es pas comme nous, donc tu n''es pas l''un de nous".
L''embarras dont il souffre depuis l''enfance, renforcé par les traitements cruels de la part de ses camarades de classe, ont mis un terme précoce à son éducation. Et la pauvreté de sa famille l''a ensuite poussé à trouver un emploi.
"Il n''y a pas moyen d''échapper à la rue et à ceux qui l''occupent, et je dois en affronter les conséquences", explique-t-il.
Il s''est rapidement aperçu qu''il n''était pas facile de trouver un travail. Tout le monde le regardait avec cynisme. A cause de son handicap physique, explique-t-il, il était perçu comme une personne incapable de rendre des services utiles.
"Malheureusement, la société tunisienne lie encore la petite taille à des limites et des faiblesses", se plaint Briki.
Mais les rejets dont il a été l''objet de la part d''employés potentiels ne l''ont rendu que plus déterminé encore. Et la chance lui a finalement souri. Il a trouvé un emploi dans un hôtel de Tunis.
Il considère son travail comme une occasion de compter sur lui-même, de briser les stéréotypes négatifs dont souffrent les nains, et de démontrer sa valeur en tant que membre à part entière de la communauté.
Une vie de rejet douloureux et d''intolérance pourrait même l''avoir rendu encore meilleur dans son travail. L''un de ses responsables, Mehrez Rajhi, l''a décrit comme "très attentionné".
"Il sait comment traiter les clients, avec respect et affection, ce qui le fait réussir dans son travail et prouve qu''il en est largement capable", explique Rajhi.
Briki a su faire de son handicap un atout. Il ne se sent plus incapable ou inférieur, notamment après s''être marié et avoir eu le bonheur d''avoir des enfants.
"Pour moi, la petite taille ne constitue pas un obstacle, mais plutôt une incitation à y résister, parce que sans persévérance, nous ne pouvons atteindre nos buts, quelles que soient les différences de taille ou de forme".
Monia Ghanmi ( Magharebia)
Photos: Monia Ghanmi
Ils ne sont pas défigurés. Ce sont simplement des nains. Mais en Tunisie, les "petites personnes" n''étant pas considérées comme des "handicapés", ils ne bénéficient d''aucune aide de l''Etat. Ils n''ont d''autre choix que de se battre pour eux-mêmes.
Soumaya Salmi, 37 ans, n''est pas mariée. Un prétendant lui a un jour dit que les choses auraient été différentes si elle avait été d''une taille normale.
"Même ma mère préfère mes frères et soeurs de taille normale", a-t-elle expliqué à Magharebia.
Mais ce qui la blesse le plus, c''est son incapacité à trouver du travail. Elle possède un diplôme en informatique et est bonne en langues, mais cela fait douze ans qu''elle ne réussit pas à trouver un emploi.
Personne n''a souhaité embaucher une naine.
Les personnes de petite taille n''occupent jamais des postes importants, se lamente-t-elle. On les associe toujours à de petits emplois, comme portier, vendeurs des rues ou mendiants. Elle demande que soient lancées des campagnes de sensibilisation pour mieux informer les Tunisiens sur le nanisme, et que des associations soient créées pour les aider dans leurs besoins sociaux, psychologiques et de santé.
"Une grande ou une petite taille, c''est un don de Dieu, qu''il accorde à qui Il l''entend, mais chacun de nous a un esprit pour penser", explique Salmi.
Une association privée serait en effet utile pour la population naine, explique Achour Aouadi, secrétaire général de l''Association tunisienne des affaires sociales. Il reconnaît que les nains sont marginalisés et souffrent d''un manque d''intégration et de soutien.
"Ils sont capables de succès, notamment au cinéma et au théâtre", souligne-t-il.
Ils devraient pouvoir trouver des emplois dans des secteurs autres que le cirque, suggèrent les responsables. Selon Ahmad Balaazi, haut responsable au ministère des Affaires sociales, il n''existe aucune discrimination entre les personnes grandes et petites dans l''attribution d''emplois publics, ajoutant que les emplois sont ouverts au public et que les chances sont accordées de manière égale.
"L''important est que ces personnes travaillent comme le reste de la communauté et subviennent à leurs besoins journaliers", a-t-il déclaré à Magharebia.
La législation tunisienne définit une personne handicapée comme quiconque souffrant d''un "manque permanent de capacités physiques, mentales ou sensorielles et de qualifications… qui limite sa capacité à suivre une ou plusieurs activités journalières personnelles et sociales, et réduit ses chances de réintégration dans la communauté".
Les nains font valoir que leur intégration sociale est en fait sérieusement "réduite". Mais le gouvernement voit les choses différemment.
"Ils sont capables de s''occuper d''eux-mêmes et de mener une vie normale, et leur taille ne constitue pas un obstacle pour leur travail ou pour d''autres activités", a ajouté ce responsable du ministère.
Les personnes qui s''estiment incapables de veiller sur elles-mêmes, ajoute Balaazi, devraient contacter les bureaux du ministère des Affaires sociales, que l''on trouve dans chaque province.
Mais les choses ne se sont pas déroulées comme l''explique Balaazi pour Mohamed Barhoumi, un nain de 46 ans. Il a contacté de nombreux bureaux pour demander des aides et des exemptions pour les personnes souffrant de handicaps, mais ses tentatives n''ont donné aucun résultat.

"Mon travail exige que je me déplace beaucoup, mais ma taille est un obstacle à l''utilisation des transports publics", a-t-il expliqué à Magharebia. "Je suis obligé de me déplacer en taxi, mais souvent, ils m''ignorent."
"Les chauffeurs pensent que je suis un enfant", explique-t-il.
Il connaît d''autres nains qui souffrent de la pauvreté et de l''isolement. Le stress psychologique peut également venir de choses que les personnes de taille normale considèrent comme acquises.
Les gens devraient penser aux nains, explique Barhoumi, quand ils construisent des escaliers, des trottoirs, ainsi que quand ils vendent des vêtements et des chaussures.
"C''est embarrassant et triste de devoir aller dans des magasins pour enfants", confie-t-il à Magharebia.
Belgacem Briki a 59 ans. Son éducation s''est
achevée en primaire, parce que ses camarades le mettaient à l''écart du fait de sa taille. "Tu n''es pas comme nous, donc tu n''es pas l''un de nous".L''embarras dont il souffre depuis l''enfance, renforcé par les traitements cruels de la part de ses camarades de classe, ont mis un terme précoce à son éducation. Et la pauvreté de sa famille l''a ensuite poussé à trouver un emploi.
"Il n''y a pas moyen d''échapper à la rue et à ceux qui l''occupent, et je dois en affronter les conséquences", explique-t-il.
Il s''est rapidement aperçu qu''il n''était pas facile de trouver un travail. Tout le monde le regardait avec cynisme. A cause de son handicap physique, explique-t-il, il était perçu comme une personne incapable de rendre des services utiles.
"Malheureusement, la société tunisienne lie encore la petite taille à des limites et des faiblesses", se plaint Briki.
Mais les rejets dont il a été l''objet de la part d''employés potentiels ne l''ont rendu que plus déterminé encore. Et la chance lui a finalement souri. Il a trouvé un emploi dans un hôtel de Tunis.
Il considère son travail comme une occasion de compter sur lui-même, de briser les stéréotypes négatifs dont souffrent les nains, et de démontrer sa valeur en tant que membre à part entière de la communauté.
Une vie de rejet douloureux et d''intolérance pourrait même l''avoir rendu encore meilleur dans son travail. L''un de ses responsables, Mehrez Rajhi, l''a décrit comme "très attentionné".
"Il sait comment traiter les clients, avec respect et affection, ce qui le fait réussir dans son travail et prouve qu''il en est largement capable", explique Rajhi.
Briki a su faire de son handicap un atout. Il ne se sent plus incapable ou inférieur, notamment après s''être marié et avoir eu le bonheur d''avoir des enfants.
"Pour moi, la petite taille ne constitue pas un obstacle, mais plutôt une incitation à y résister, parce que sans persévérance, nous ne pouvons atteindre nos buts, quelles que soient les différences de taille ou de forme".
Monia Ghanmi ( Magharebia)
Photos: Monia Ghanmi





Chiyoukh Trab - قلبي ليك ميال
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