Le coût du Ramadan



Le mois sacré et la fête de l'Aïd sont des occasions pour les familles de se rassembler autour d'un repas, et les mères se surpassent pour offrir des menus riches et variés, comportant notamment des pâtisseries très élaborées. Mais ces repas somptueux ont un coût, et la nourriture n'est pas la seule chose à acheter.

Comment alors les familles du Maghreb organisent-elles leurs finances pour couvrir toutes ces dépenses ?


Pendant le Ramadan, les gens dépensent non seulement en nourriture et en vêtements, mais aussi en décorations de table. Les commerçants et les vendeurs savent bien que cela fait partie de la fête. Comment expliquer sinon que les promotions concernent plus que les simples produits alimentaires ?

"Changer à ce moment-là la décoration, prévoir une présentation de table attirante, varier le menu, c’est une façon pour moi de faire peau neuve, d’accueillir cette ambiance unique et de savourer le bien nommé esprit du Ramadan", a expliqué Fatma à Magharebia.

Pour se préparer à ce surcroît de dépenses, certains prévoient et commencent à faire leurs achats des semaines, voire des mois, à l'avance.

Najet, une fonctionnaire à la retraite, congèle certains produits pour minimiser le recours au prêt à l'emploi et aux conserves. Elle explique que "c’est plus sain et surtout, c’est moins coûteux !"

"Avec mes courses habituelles, quelques mois à l’avance quand c’est la bonne saison, je pense toujours à congeler certains aliments : légumes pour les soupes comme les petits pois écossés, tomates fraîches en coulis fait maison, etc.", explique-t-elle. "Et pour éviter de faire de longues queues dans les magasins pris d’assaut à cette époque, je mets de côté les denrées qui se conservent bien, comme le thon à l’huile, ou les pâtes ."

Mais si ces quelques mesures permettent d’économiser sur le budget de la nourriture, il reste toutes les autres dépenses liées au Ramadan, comme les vêtements pour l'Aïd.

Les soldes d'été ayant coïncidé cette année avec l'approche du Ramadan, certains ont profité des bonnes affaires et ont choisi par avance les tenues de l'Aïd pour leurs enfants.

"Heureusement que les soldes commencent à peu près un mois avant le Ramadan, nos finances ne nous auraient jamais permis d’affronter les dépenses estivales, le Ramadan, l’Aïd et la rentrée scolaire qui suit cette fête de près !", s'exclame Saida, mère de trois enfants et femme au foyer.

Et puis face à ces tentations, il y a surtout ceux qui sont pris dans une frénésie de dépenses.

"Il est impensable de recevoir du monde dans un décor terne et sans originalité", explique Farida, 32 ans, une employée de banque, à Magharebia. "Alors je change un rideau par ci, j’ajoute un tableau par là, je me fais plaisir et je fais plaisir à mes invités." Elle a aussi besoin de renouveler son linge de maison, sa vaisselle, ainsi que les éléments de décoration.




"Bien sûr, cela me coûte de l’argent, mais je ne pense pas être la seule", ajoute-t-elle. "Il n’y a qu’à voir la foule dans la rue Sidi Boumindil côté souks ou dans les magasins les plus huppés de la capitale à quelques jours du Ramadan !"

Le Ramadan, c’est aussi l’occasion de lancer de nouveaux produits sur le marché et de multiplier les campagnes publicitaires pour attirer des consommateurs, dans la mesure où les besoins des gens ont évolué.

Malheureusement, cela pousse bien souvent de nombreux consommateurs saisis par cette fièvre de dépenses "ramadanesque" à dépenser sans compter et à s’endetter.

C'est pour lutter contre ce type de comportement qu'une campagne de rationalisation de la consommation a été lancée début août.

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Avec le soutien de l'Association de défense des consommateurs et plusieurs ministères tunisiens, cette campagne propose des dossiers télévisés et des émissions à la radio destinés à lutter contre ces dépenses effrénées.

Mais quel que soit le niveau de préparation, les budgets sont souvent dépassés par les festivités qui entourent le mois sacré, notamment les nombreuses invitations à dîner, les pâtisseries et les vêtements pour l'Aïd.

Certaines familles acceptent ces coûts comme incontournables. Elles considèrent le Ramadan comme une occasion unique, qui mérite un budget important mais raisonnable pour permettre aux familles de se réunir, au lieu de mener leurs vies séparément comme durant le reste de l'année.

Pour elles, cela vaut bien ces dépenses supplémentaires.
Mona Yahia (Magharebia)
photo Mongi Saidane

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Popo  (France)  |Jeudi 26 Août 2010 à 19h 03m |           
Koul elham ya djaj