Raouf Ben Yaghlane "Harek Yetmanna"



L'acteur Raouf Ben Yaghlane est fier de son nouveau spectacle /Harek Yetmanna/ parce qu'il attire l'attention des décisionnaires tunisiens sur la détresse de la jeunesse du pays.

Magharebia - Après avoir terminé la représentation de son show devant le public du Festival International d'Hammamet, samedi 17 juillet, Yaghlane a déclaré : "J'ai passé quelques semaines en Italie avec des jeunes qui étaient parvenus à y entrer clandestinement".


"Je voulais savoir pourquoi ces jeunes peuvent risquer leurs vies et défier les vagues de la Méditerranée dans la seule fin d'accéder aux ville européennes", dit-il. "Et je me demande pourquoi nous n'exploitons pas ces mêmes capacités pour relever les défis d'une manière qui leur soit utile à eux comme à la société."

Harek Yetmanna reconte l'histoire d'un jeune tunisien qui rêve d'immigrer en Europe. Le public peut profiter pendant plus d'une heure et demie du comique des situations, Yaghlane faisant la démonstration de la confusion dans laquelle vivent les chômeurs - et en particulier les diplômés des universités qui restent sans emploi.

La représentation est agrémentée de clips vidéos et de photos d'immigrants clandestins en haute mer, ainsi que de chansons qui content leurs rêves et leurs souffrances.

Tarek Ben Amor, tunisien immigré légalement en Allemagne depuis plus de deux décennies, salue la réussite de ce spectacle.

"Ben Yaghlane est parvenu à peindre une image vraie de nos jeunes qui rêvent d'immigration, et de la souffrance qu'ils devront affronter s'ils réussissent à pénétrer clandestinement dans un pays européen - auquel cas, ils devront choisir entre l'exploitation de la part de certains employeurs véreux, ou le crime et le trafic de drogues", dit Amor.

Dans le public également, Faicel Touati, qui affirme que le show devrait être joué "dans les quartiers populaires, qu'on considère comme le plus grand vivier de Harragas."

D'autres sont moins convaincus de la valeur éducative du spectacle. Mehdi Ben Mabrouk, chercheur en sciences sociales et spécialiste de l'immigration clandestine, déclare que l'Art peut mettre en lumière certains problèmes, mais il ajoute :"Je ne pense pas qu'il puisse traiter de questions telles que l'immigration clandestine, qui a des aspects à la fois économiques, sociaux et culturels".

Il déclare : "Le Maroc est en avance sur nous sur ce sujet, parce qu'un grand nombre d'artistes se sont rendus dans les quartiers populaires d'où sortent les immigrants clandestins. Mais les résultats n'ont pas été suffisamment probants".


Mabrouk applaudit néanmoins le show de Yaghlane. "C'est une initiative digne d'être saluée... Mais finalement, l'artiste n'a pas cette baguette magique qui lui permettrait de changer la situation de la société, pour la rendre telle qu'il pourrait le vouloir, et quand il le désirerait".

Ben Yaghlane, quant à lui, affirme :"Je n'ai pas de solutions que je puisse présenter à travers ce spectacle pour dissuader les jeunes de monter sur les "bateaux de la mort" et de se rendre vers l'inconnu". Il ajoute : "Toutefois... Impliquer ces jeunes dans des tentatives visant à trouver des solutions, et les écouter, c'est une démarche majeure que j'aspire à concrétiser".

"Harek Yetmanna" est un nouveau pas de l'expérience de Yaghlane dans le one-man show. La scène est dotée de décorations simples, et Yaghlane y tient le rôle de personnages multiples. Son monologue fait le portrait d'un jeune homme qui décide de partir clandestinement en Italie pour échapper à la pauvreté et y trouver la fortune. Le protagoniste se trouve rapidement en Italie, en compagnie de sa petite amie italienne qui l'aide à obtenir des documents de résidence.

"Même si le spectacle auquel j'ai assisté ce soir m'a fait beaucoup rire, il a soulevé également en moi un certain nombre d'interrogations déconcertantes sur les risques pris par les jeunes, même diplômés d'université, et qui sont à la fleur de l'âge", dit Manel Salhi. "J'espère que ce show sera une sonnette d'alarme qui nous fera tous réfléchir avec attention à l'avenir de nos enfants".
Jamel Arfaoui (Magharebia)




Commentaires


1 de 1 commentaires pour l'article 29010

Ras jebelienne  (Tunisia)  |Lundi 02 Août 2010 à 19h 11m |           
Bravooooooooooooooooooooooooooooooooooo
m.raouf vous etes un vrai artiste