Tunisie: Eviter le rhume européen



La Tunisie continue de diversifier ses marchés afin d'éviter les pires effets de la crise de l'endettement de plus en plus grave qui touche la zone euro. En effet, après avoir contaminé toute l'Europe du Sud, cette épidémie menace maintenant de s'étendre à l'autre côté de la Méditerranée.

Rapport de l’Oxford Busines Group
publié le 30 juin 2010 :


Avant que le signal d'alarme au sujet de l'endettement massif de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne soit tiré, le Fonds monétaire international (FMI) a publié un rapport dans lequel il mettait en garde la Tunisie contre la grande dépendance de son économie à l'égard des pays de l'Union européenne (UE). Selon ce rapport publié à la mi-mai, jusqu'à 90% des recettes découlant des exportations, du tourisme, des envois de fonds de l'étranger et de l'investissement étranger direct du pays proviennent de pays membres de l'UE.

« Cette dépendance rend la Tunisie potentiellement vulnérable aux fluctuations de la croissance européenne, notamment à la récession sans précédent qui touche actuellement les économies de l'Union », peut-on lire dans le rapport.

Bien que les liens étroits qui unissent la Tunisie et l'UE aient été bénéfiques pour ce pays africain – surtout suite a l'entrée en force d'un accord d'association, qui a permis les deux signataires de lever les obstacles au commerce pour les biens industriels et d'adopter d'autres mesures de libre-échange avantageuses pour la Tunisie – le FMI a bien précisé que cette grande ouverture rendait le pays vulnérable aux réactions en chaîne déclenchées par l'Europe.

Etant donné que nombreux des partenaires commerciaux européens principaux de la Tunisie, tels que l'Espagne, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne sont de nouveau au bord de la récession ou s'engagent à renflouer les caisses des membres fortement endettés de l'Union, il est possible que cet enchaînement d'événements ralentisse le taux d'exportation tunisien.

Selon le ministre du Commerce et de l'Artisanat, Ridha Ben Mosbah, la forte exposition de la Tunisie aux risques engendrés par les fluctuations de l'économie européenne risque d'avoir également un effet sur les chiffres de la balance commerciale du pays.

Le ministre a déclaré lors d'une conférence de presse, qui a eu lieu le 25 mai dernier, d'une part, que la baisse de la valeur de l'euro nuira aux recettes d'exportations vers la zone euro et à la compétitivité des entreprises exportatrices et, d'autre part, que la hausse du dollar (due en partie à la crise d'endettement européenne) provoquera la hausse des coûts des importations de céréales, d'huiles végétales et de matières premières, telles que le pétrole et l'acier.

Cependant, une partie de ces effets néfastes peut être amortie par la baisse des coûts des importations libellées en euros et la hausse des recettes d'exportations payées en dollars a ajouté M. Ben Mosbah. Il a également énoncé la possibilité de voir les importations de l'UE augmenter si l'euro continuait de s'affaiblir.

Bien que la Tunisie peut tirer profit de l'affaiblissement de l'euro, il serait plus profitable pour la republique d'élargir ses horizons commerciaux d'outremer. L'étude du FMI parvenait entre autres à la conclusion que la Tunisie pourrait devenir plus résistante à son environnement extérieur incertain en consolidant ses liens régionaux, notamment en continuant d'attirer davantage de touristes algériens et libyens pour compenser la baisse du nombre de touristes européens. Selon le Fonds, cette intégration régionale pourrait être un élément clé qui permettrait à la Tunisie de surmonter la crise économique mondiale.

« Globalement, la Tunisie a prospéré grâce à une intégration commerciale croissante, qui continue de lui être bénéfique. Cette intégration devrait également permettre à son économie de profiter plus pleinement de la reprise d'activités prévue pour ses pays partenaires à moyen terme », souligne-t-on dans l'étude.

Cependant, si la Tunisie intéresse de plus en plus les touristes des pays voisins, il lui faudra attendre encore quelque temps avant de profiter pleinement d'une intégration quelle qu'elle soit, a nuancé le Premier ministre Mohamed Ghannouchi le 10 mai dernier.

Il a en effet expliqué aux délégués assistant à un forum d'entreprises du Maghreb que, malgré les efforts du gouvernement visant à réduire les obstacles auxquels doivent faire face les entrepreneurs, à faciliter les procédures bureaucratiques et à réduire les droits de douane, les échanges commerciaux entre les pays de la région restent très limités.



« Le volume des échanges entre les pays du Maghreb ne dépasse pas 3% du volume de leurs échanges internationaux, un chiffre négligeable si on le compare à la part de l'UE qui s'élève à 70% et aux 21% des pays de l'Asie de l'Est », a expliqué M. Ghannouchi.

Pour ce qui est de la Tunisie, la valeur des échanges bilatéraux avec les membres de l'Union du Maghreb arabe (UMA) s'élevait à peine à 1.7 milliard d'euros. Dans la mesure où quelque 1.1 milliard d'euros des échanges de Tunis avec les membres de l'UMA sont réalisés avec la Libye, les liens commerciaux de la Tunisie avec ses voisins sont loin d'égaler ou même d'approcher les 16.6 milliards d'euros d'échanges bilatéraux effectués avec l'UE l'année dernière.

Bien que la Tunisie souhaite lever les obstacles au commerce avec les pays maghrébins, cet enthousiasme n'a connu qu'un succès partiel et lorsqu'il a eu lieu, il s'est limité à l'échelle bilatérale et ne s'est pas étendu à toute l'UMA. Ainsi, jusqu'à ce qu'elle conclue des accords de haut niveau qui faciliteront les échanges dans la région, il sera difficile pour l'économie tunisienne de réduire sa dépendance à l'égard de l'UE, une dépendance qui engendre à la fois des avantages et des risques.

---------------------
L’Oxford Business Group (OBG) est un cabinet d’intelligence dont la mission est de fournir aux investisseurs étrangers les informations et les indications les plus complètes sur les possibilités d’investissement dans 25 pays émergents.

L’équipe d’Oxford Business Group, composée d'analystes internationaux a débuté ses recherches en Tunisie en 2002. Ses études sont désormais indispensables à la communauté d’affaires internationale dans un contexte de compétition toujours plus ardue entre les pays émergents.


Commentaires


2 de 2 commentaires pour l'article 28626

Tunisien  (Tunisia)  |Jeudi 01 Juillet 2010 à 10h 22m |           
Bien dit, la tunisie doit s'interesser beaucoup plus à des partenaires autres que les europeens qui sont plus exigeants et trop complexés et se croient les maitres du monde or c'est faux, car la crise qui a touché l'europe va encore duré et faire beaucoup du mal à cette europe.

Oxford  (United Arab Emirates)  |Jeudi 01 Juillet 2010 à 07h 46m |           
Les tunisiens devraient commencer par arrêter de croire a la france, l'italie ou l'allemagne sont des pays indispensables à son économie, il y a d'autres régions du monde bien plus dynamique que cette vielle europe, en plus de cela les hommes d'affaires ont la possibilités d'entrer sans visas dans cerrtains pays d'asie et d'amérique; alors que pas un seul pays européen ne laisse entrer un tunisien sans visa...