Le nombre de lecteurs s'amenuise en Tunisie, selon une enquête



L'intérêt des Tunisiens pour la page imprimée est en baisse, et le gouvernement réfléchit aux moyens de stimuler l'envie de lire, a annoncé le ministère de la Culture le 28 janvier.
Les premiers résultats d'une récente enquête conduite par le ministère auprès d'un échantillon représentatif de 1 029 Tunisiens ont montré que 75 pour cent ne fréquentaient jamais les bibliothèques, et que 22,74 pour cent n'avaient jamais lu un seul livre. Les raisons invoquées de ce faible pourcentage sont variées, mais 18 pour cent des personnes interrogées affirment simplement ne pas aimer lire.
Les résultats de cette enquête, dévoilés par Reda Najjar, responsable au ministère à Sfax, ont incité le gouvernement à prévoir de nouvelles mesures d'incitation à la lecture. Sur la base de consultations ultérieures, le ministère mettra en place une stratégie de production et de distribution de livres, travaillera en coordination avec les bibliothèques et élaborera un plan d'action de lecture global.
"Je pense que cela tient à l'image et au statut des livres en général dans la société tunisienne", a expliqué Walid Sliman, écrivain et éditeur, à Magharebia le mercredi 3 février. "Les livres ont besoin d'une promotion institutionnelle parce qu'ils sont tenus en faible estime dans la société tunisienne."

"De plus, il y a le problème des intrus dans le monde de l'édition, qui vendent des livres qui ne répondent pas aux normes de publication en termes d'image et de contenu", a-t-il ajouté. "Un grand nombre des livres que l'on trouve sur le marché ne répondent pas à ces normes, ce qui en éloigne encore plus les Tunisiens."
Cette enquête, conduite par le biais d'un vote par téléphone mobile, d'une enquête sur le terrain et de divers sondages au niveau national, a demandé à 1 029 personnes interrogées d'indiquer leur goût pour la lecture et la relation globale qu'elles entretiennent avec le livre.
De manière peu surprenante, les maisons d'éditions et les librairies de Tunisie souffrent de la faiblesse des ventes. Malgré des tentatives répétées d'attirer les Tunisiens vers la lecture, comme la tenue d'expositions dans les cinémas et les stations de transports publics, les familles tunisiennes allouent moins de 30 dinars par an à la lecture.
Les Tunisiens ordinaires ont donné à Magharebia plusieurs raisons pour expliquer ces habitudes.
"La première raison est l'éducation en Tunisie. Nous n'avons jamais été encouragés à lire", explique Noura Khalil, un artiste. "Même les ouvrages sélectionnés pour les élèves étaient incroyablement inintéressants. De plus, contrairement aux livres étrangers, avec une bonne présentation et de haute qualité, les nôtres paraissent bon marché et de mauvaise qualité."

Cette enquête s'est également intéressée aux lieux où les Tunisiens préfèrent lire. Et comme il fallait d'y attendre, seuls 13,15 pour cent choisissent les bibliothèques publiques, tandis que 48,71 pour cent les considèrent uniquement comme des endroits où l'on travaille.
Dans de nombreux cas, cette absence de lecture ne tient pourtant pas au manque d'occasions. La Tunisie compte en effet quelque 378 bibliothèques publiques, en plus de 30 bibliothèques itinérantes.
Cette crise de la lecture n'est pas un phénomène unique à la Tunisie ; d'autres pays du Maghreb connaissent également une telle situation. Pour en discuter, les écrivains du Maroc se sont récemment réunis pour voir comment redonner aux lecteurs l'amour du livre.
L'auteur marocain Hassan Ouezzani a tracé une pâle image de la lecture dans son pays. Citant une étude du ministère de la Culture datant de 2001, il a expliqué que les Marocains ne lisent que 2,5 livres par an, et qu'un sur dix ne lisait jamais.


Commentaires


0 de 0 commentaires pour l'article 25988