Sidi Mehrez, le Caire, et la Saint Valentin



La civilisation arabo-islamique est une mosaïque dont les plus petits éléments rehaussent son éclat. Mais une mondialisation mal maîtrisée peut nous submerger, sans que l'on sache à quel saint se vouer. Valentin, ou le Sultan Mehrez qui sortira vainqueur du choc des civilisations ?!!! A moins que les stars de la télé égyptienne ne mettent tout le monde d'accord en se faisant canoniser !

Le mois de Ramadan a vraiment chez nous une saveur particulière. A une époque où les chaînes satellitaires ont tendance à laminer les particularismes régionaux, on se recentre sur soi. Il ne s'agit pas de rejeter l'altérité ni d'ériger des barrières. Un simple retour sur soi, comme un antique rite propitiatoire. Les versets coraniques rythment la ville, et on s'abreuve directement aux sources de notre histoire. On se replonge dans un passé qui imprègne toutes les fibres de notre présent. Mille et uns détails frappent l'observateur. Comme la réapparition du phénomène de la hadhra. Ainsi, dans une simple cafétéria du centre ville, à première vue sans rien de traditionnel ni de particulier, les clients écoutaient la dernière version des dhikrs religieux, remis au goût du jour par le tandem Jaziri-Agrebi. Il s'agissait, cette fois, de la version parisienne ! L'enregistrement d'un concert donné dans la Ville Lumière, où rayonne aussi notre culture. Le sultan Mehrez trône aussi à Paris ! Les pâtisseries traditionnelles, avec les mkhareqs de Béja, les maqroudhs de Kairouan, envahissent les étals de gargotes reconverties dans la confiserie. Les chéchias, avec les prémisses de l'hiver, reviennent doucement. Elles se revêtent certes de nouvelles couleurs, se féminisent, aussi, mais elles sont bien là ! Et si elles changent d'aspect, adoptent des coloris au goût du jour, c'est pour mieux séduire les femmes et les nouvelles générations. L'audience de la télévision nationale augmente en flèche, et on se presse devant le petit écran en famille pour regarder, avec plus ou moins de bonheur les dernières créations de nos artistes. Et quoiqu'on en dise, elles sont incontournables... Heureusement qu'il y a le Ramadan pour que notre culture n'aie pas à jeûner toute l'année !

D'orient et d'occident



Les cultures s'interpénètrent, se tissent, et se métissent. C'est un processus éternel et naturel. La civilisation islamique, s'est du reste largement abreuvée aux sources les plus diverses, des confins de l'Inde, jusqu'à l'Andalousie ibéro-européenne. Le problème, c'est que de nos jours, c'est le plus puissant qui a tendance à gommer les traditions, en superposant les siennes. L'exemple de la Saint-Valentin, qui s'est peu à peu implanté dans notre pays, est particulièrement frappant. Pourtant, et a priori, cette fête dédiée à un saint catholique fait figure d'intruse... Mais que dire de la chanson locale laminée par le rouleau compresseur commercial oriental ? Les consortiums des télévisions libano-égyptiennes, avec leurs nouveaux concepts d'émissions empruntés à l'Amérique contribuent largement à remodeler le visage de notre culture. Moindre mal ? Certainement. Après tout, ces « échanges » s'effectuent entre des pays qui appartiennent à une même sphère civilisationnelle arabo-islamique. Une histoire commune, faite de flux et de reflux, de courants, de modes qui affleurent ici et là, au gré des siècles et des alliances du moment. Qu'allons-nous encore reprocher à nos frères d'Orient ? N'oublions pas que c'est un Fatimide, bien de chez nous et d'origine Berbère qui fonda le Caire ! On ne va donc pas se plaindre ! Mais le problème ne se pose pas vraiment en ces termes. Notre culture arabe, au sens large, doit rester riche de ses composantes et de ses nuances. Ce sont de toutes petites pierres qui font la beauté d'une immense mosaïque. Ce serait dommage de ne conserver qu'une seule couleur, de réduire la palette de nos artistes au triste monochrome. Triste que nos mélodies, de l'Atlantique au Golfe, deviennent de simples ritournelles crachées par un synthétiseur poussif. Pour continuer de s'enrichir de nos différences, encore faut-il préserver toutes les nuances.


Oualid CHINE

(Chroniques)



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